mercredi 2 novembre 2016

Jean-Yves Chauve, médecin du Vendée Globe : "Perte de vigilance et c'est la porte ouverte aux accidents"

Les IMOCA sont aujourd'hui devenus des machines de course ultra sollicitantes pour les marins. Outre la casse, le risque de blessure demeure l'ennemi n°1 sur un tour du monde en solitaire. Cette année, le médecin de la course, Jean-Yves Chauve, ne cache pas un stress supplémentaire dû aux bateaux à foils et à leurs mouvements violents et particulièrement durs à vivre. ITW.


Crédit : V Curutchet / DPPI / VG

Quels risques encourent les skippers sur un Vendée Globe ?
« Les bateaux sont devenus extrêmement bruyants et très brutaux. Le premier élément, c'est le problème de la récupération. Dormir dans ces conditions, c'est compliqué. Faire abstraction de cet environnement agressif, c'est difficile. Et là est tout le problème : si on ne récupère pas bien, on tombe dans une perte de vigilance, et c'est la porte ouverte aux accidents. Il y a un accident parce qu'on a mal anticipé un mouvement du bateau, on a raté une prise, le risque est d'être projeté à l'intérieur ou dans le cockpit du bateau. 

Une décélération brutale peut engendrer une fracture, comme Yann Eliès en 2008. On peut aussi avoir des contusions internes qui peuvent mener à un œdème, une hémorragie, ou un coma, je suis obligé de penser aux choses graves. Malheureusement, le casque ne fait pas grand-chose, il faudrait des airbags ! Ce sont presque des traumatismes d'accidents de la route. Plus un bateau va vite, plus le risque de décélération brutale est important. »


Du point de vue médical, les solitaires sont-ils bien préparés à se soigner ?
« La formation médicale est fondamentale. Comment se soigner soi-même ? C'est compliqué ! On est dans une situation où sur un plan médical on est limité. On en discute avec les marins. On sait que sur un bateau, ce sont souvent des réactions en chaîne. Un problème engendre un deuxième, puis le danger est là. 

On ne peut rien anticiper. La trousse à pharmacie du bord est cependant hyper complète, cela va de la morphine à la colle cutanée. Il y a un code sur les médicaments ce qui permet de donner la prescription clairement. En mer, les marins peuvent appeler le médecin de leur choix, mais ce dernier doit m'informer du diagnostic et du traitement. A moi de voir si c'est ok et de valider. »


Cette édition, avec ces nouveaux bateaux à foils plus rapides et plus durs, engendre-t-elle un stress pour vous en tant que médecin de la course ?
« Je vais être en stand-by, je vais attendre anxieusement les appels… Je suis évidemment plus tendu cette année, parce que ces bateaux vont très vite. Il y a quatre ans, il ne s'est rien passé de grave, mais c'est vrai que l'on met la barre de plus en plus haut. Cette course se déroule autour du monde, il faut qu'elle soit perçue comme une épreuve sportive raisonnable. L'interface entre la machine et l'homme doit être équilibrée. »

par la rédaction
Source : Mer & Media

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