Yoann Richomme est arrivé à Fort-de-France, Corentin Horeau prend la barre de l'ancien Paprec Arkéa, "il y a de l’émotion à lâcher ce bateau"

Le binôme de Paprec Arkéa a bouclé sa transatlantique en double ce dimanche, à l’issue de 14 jours et 13 heures de course, durant lesquels Yoann Richomme et Corentin Horeau ont su se remobiliser et faire honneur à leurs couleurs, alors qu’une avarie les avait obligés à revenir au Havre quelques heures après le départ. En une nuit, l’équipe technique réussissait le tour de force de tout réparer. Depuis leur nouveau départ, les deux skippers se sont donnés sans compter pour revenir et se hisser dans le « Top 10 » en fin de course. C’est donc avec un état d’esprit irréprochable, jusqu’au bout, que Yoann conclut la fin de son aventure avec l’IMOCA Paprec Arkéa.

Crédit : Paprec Arkéa sailing



Il faut s’employer pour garder le même niveau d’engagement sans flancher. Attaquer, tout donner sans relâche, repousser ses limites : quand les circonstances de course perturbent la mission, tout devient plus complexe. Yoann et Corentin l’ont vécu durant cette transatlantique, mais cela ne les a pas empêchés de batailler de bout en bout. Au départ au Havre, les deux marins s’étaient présentés avec ambition. La préparation du bateau avait été optimum et le duo avait renforcé ses automatismes tout au long de la saison pendant des courses en équipage, notamment The Ocean Race Europe, terminée à la 2e place cet été.

Une mobilisation collective et un nouveau départ

Le 26 octobre, Yoann et Corentin s’élancent donc avec sérieux et envie au départ de cette Transat Café L’Or. Mais dès les premiers milles, ils entrent en collision avec une bouée qui endommage le foil et l’outrigger tribord. Une autre course commence alors. Les deux skippers reviennent au Havre et l’équipe à terre se mobilise sans tarder et sans compter pour réparer. Après une nuit de travail aux allures de tour de force technique et logistique, ils sont déjà de retour en course.

L’investissement de cette équipe s’est révélé être une véritable motivation pour ce nouveau départ. Celle qui a permis à Corentin et Yoann d’être dans les meilleures dispositions techniques et psychologiques pour mettre le pied sur l’accélérateur. C’est aussi à cette capacité d’adaptation, à cette faculté à se relancer qu’on reconnaît les grands champions. Alors, Yoann et Corentin donnent tout pour recoller au peloton. Mais ils doivent d’abord patienter, le temps d’un dégolfage particulièrement lent, avant d’avoir à contourner une forte dépression au large du Portugal et résister à des conditions virulentes. Ils tiennent bon et débutent alors leur longue remontée. 17e après sept jours de course, 13e deux jours plus tard, le duo réussit son passage des Canaries avant de bifurquer vers les Antilles.

Le « Top 10 » sur le fil

Depuis lundi dernier, les deux marins progressent enfin dans les alizés à des vitesses dépassant régulièrement les 25 nœuds de moyenne. Un sacré rythme qui leur permet de poursuivre leur « remontada ». Après avoir dépassé l’ensemble des bateaux à dérives droites, Yoann et Corentin parviennent à doubler un foiler, Fortinet-Best Western (Romain Attanasio et Maxime Sorel). Ils réussissent donc à intégrer le « Top 10 », une sacrée performance au regard des péripéties qu’ils ont traversées.

L’équipage de Paprec Arkéa peut donc être fier de n’avoir jamais relâché la pression malgré le manque de compétition et de régate au contact. Yoann et Corentin ont fait preuve d’un caractère de battant qui compte tant en course au large, et une certaine manière d’être à la hauteur de l’engagement de leurs partenaires Paprec et Crédit Mutuel Arkéa, de toute l’équipe technique et du soutien constant de leurs supporters.

LEURS RÉACTIONS À CHAUD

Yoann Richomme : « On s’est donné à fond depuis qu’on est reparti du Havre. Même si la météo ne nous a pas permis de revenir sur la tête de course, on s’est arraché, on a tout donné. Forcément, c’était un peu long mais on est arrivé à se hisser dans le ‘top 10’. L’équipe nous a donné de la niaque en faisant un travail exceptionnel pour nous permettre de repartir et je crois qu’on est encore meilleur qu’au départ. Bien sûr, il y a de l’émotion à lâcher ce bateau. Depuis trois ans, on y a mis beaucoup d’énergie et il nous l’a bien rendu. C’est un bateau qui a été assez précurseur dans son style de design et son type de performance. J’aurais aimé terminer différemment mais je suis quand même très satisfait qu’on soit allé au bout et qu’on n’ait pas abandonné. Et ce que je retiens surtout, c’est le fait que ces jours de navigation nous ont beaucoup apporté tous les deux ! »

Corentin Horeau : « C’était important de repartir à fond et de faire honneur à la dream team qui avait réussi à réparer le bateau en moins de 24 heures. Je me souviens m’être réveillé lundi matin et constater que tout était réparé et qu’on pouvait prendre ce nouveau départ. Il n’y a pas beaucoup d’équipes qui sont capables de faire ça, il faut les féliciter ! De mon côté, j’ai appris plein de choses. On a été jusqu’à 50 nœuds au près et c’est un acquis précieux si je rencontre à nouveau ce genre de conditions. Même si ce n’est pas le résultat qu’on est venu chercher, je ressors grandi de cette expérience. Je tiens à remercier Yoann chaleureusement pour cette transatlantique et tous les moments sympas que nous avons vécu à bord. »

Source : I Delaune