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Les Voiles de Saint-Tropez en partage, "la structure du bateau est mise à rude épreuve !"

 

Mercredi, c’est le « mitan » des Voiles, comme la pliure centrale du beau livre qui s’écrit chaque année à Saint-Tropez. Modernes et Traditions ont continué leurs régates en validant dans chaque catégorie une manche dans des conditions soutenues alors que les Maxis étaient au repos. Seuls deux d’entre eux étaient de sortie, Tilakkhana II (Wally Cento de 35 mètres) venu défier Balthasar (Maxi GP de 22 mètres) pour la traditionnelle Club 55 Maxis Yacht cup. Un défi amical, tout comme celui que s’étaient lancés les trois Classe J, dans l’esprit corinthien insufflé par Patrice de Colmont, le créateur de la Nioulargue disparu l’an passé, et dont l’ombre plane sur cette 28ème édition des Voiles de Saint-Tropez.

Crédit : G Martin Raget

Modernes : Première hiérarchie

Après trois manches courues, on commence à se faire une petite idée de la hiérarchie chez les IRC. Quoique chaque départ très disputé peut être source d’erreur et de chamboulement au classement. A l’image de Knutte et Albator 3 qui mordaient ce matin et ont écopé de cinq points de pénalité sans espoir de pouvoir réparer ce qui est interdit par les Instructions de Course : « C’est normalement assez dissuasif car on ne peut pas se permettre d’avoir des concurrents qui reviennent passer la ligne ou de multiplier les départs vu le nombre de catégories chaque matin » précise Georges Korhel le Principal Race Officer.
En IRC 0, Spirit of Lorina remporte la manche aujourd’hui devant Daguet 5, premier sur la ligne mais qui ne sauve pas son rating (3 minutes par heure de couse entre les deux bateaux). C’est la première saison de l’équipage emmené par Jean-Pierre Barjon et Marcelo Pica sur ce TP52 assez ancien puisqu’il s’agit d’un plan Botin de 2012, et ils ont manifestement trouvé les manettes pour être toujours aux avant-postes. Spirit of Lorina est actuellement à la lutte au général après trois manches avec l’équipe allemande de Knutte pour décrocher le Trophée BMW.
En IRC1, le Farr 45 Favorit gagne aujourd’hui mais le match pour le podium se précise entre un quatuor composé de Lisa R, Pretexte 2, Zappys et Searcher 2. En IRC2, J Wow continue son parcours presque parfait dans des conditions de vent qui conviennent bien au puissant plan Johnstone. En IRC 3, c’est bingo pour Pride, le Swan 44 de la famille Jayson, tenant du titre et qui remporte sa première manche dans cette édition. EN IRC 4 enfin, Iskareen retrouve sa vitesse de lundi et il faudra compter avec ce Swan 391 pour la victoire finale.
Dans les classes IRC 1 à 4, les conditions plus soutenues qui ont prévalu mardi et aujourd’hui permettent globalement aux bateaux typés croisière de mieux tirer leur épingle du jeu. C’est relâche pour tout le monde demain, jour des Défis, avant le retour en régate pour deux nouvelles manches vendredi et samedi.

Tradition : Les anciens avec panache

Comme hier, la palme du plus beau départ revenait aujourd’hui aux « Big » regroupés avec les Grand Tradition. Ces onze unités majestueuses de 22 à 56 mètres appartiennent toutes à l’âge d’or du yachting. Elles en sont les porte-drapeaux à l’image de l’inaltérable Tuiga, absent l’an passé et barré cette année par Jimmy Spithill, toujours inspiré comme aujourd’hui où il termine deuxième. Elena Of London et Viveka tiraient leur épingle du jeu comme hier, et c’est prudemment qu’Atlantic, ses 65 mètres hors tout et ses 300 tonnes, partait en retrait de la flotte. Les flèches ne faisaient pas partie de la garde-robe du jour et plusieurs Marconi avaient pris des ris ou des tours de rouleaux pour étaler une bonne brise d’Est qui dépassait 15 nœuds dans les rafales à la mi-journée. « Hier, nous sommes partis sous génois léger car il y avait moins de vent dans la baie mais après, il a fallu tenir, c’était un peu sport et la structure du bateau est mise à rude épreuve ! » confirmait ce matin Guillaume Wattinne, le propriétaire de Svanevit. Ce 8 m JI de 1939 est sorti de la table à dessin de Tore Holm, l’architecte suédois qui avait dessiné deux ans plus tôt Svea. Guillaume s’apprêtait à visiter justement l’équipage du Classe J pour leur remettre la biographie de l’architecte, homme de l’art typique de son époque qui non content de dessiner, construisait ses bateaux dans le chantier familial et les menait brillamment en régate. Svanevit est l’un des trois 8 mJI engagés en Classique Marconi, une catégorie menée par le Q class Leonore (plan Anker) devant un autre 8 mJI Carron 2, plusieurs fois champion du monde de la série.

Chez les P Class, la belle empoignade d’hier s’est soldée par la victoire de Chips de 7 petites secondes d’écart en compensé sur Joyant. L’engagement des équipages aux bouées en dit long sur l’envie de chacun de décrocher le prestigieux Trophée Rolex et Olympian n’a plus droit à l’erreur suite à sa disqualification d’hier, alors qu’il menait la manche. Tout reste néanmoins possible pour le P Class vert qui l’a emporté brillamment aujourd’hui, avec une bonne combinaison de voilure dès le départ, grand-voile haute et J2, quand d’autres P prenaient un ris dans la grand-voile et se retrouvaient à la peine dans le vent mollissant de l’arrivée.

Un mot enfin des IOR où Il Moro di Venezia, impérial en 2025 mais un peu esseulé, va avoir fort à faire cette année face aux One tonner engagés, deux fois plus petits et à qui il doit … 15 minutes par heure de course. Dans cette classe qui compte cette année sept unités, le plus petit rating est celui du charmant Tarantella, en polyester avec liston bois, le premier course-croisière du chantier Nautor. Ce plan Sparkman et Stephens de 11 mètres a lancé en1966 la saga des Swan, construits en Finlande, au bord d’une mer qui gèle quatre mois par an. L’entreprise n’a pourtant jamais bougé de Pietarsaari, malgré l’exigence des températures pour les constructions en carbone, et un coût de main d’œuvre parmi les plus élevés du monde !

Club 55 Maxi Yachts Cup

C’est TilakkanaII, le Wallycento mené par Pascale Decaux qui a remporté la première des Club 55 cup, disputée aujourd’hui contre le Maxi GP Balthazar. Une rencontre amicale qui s’est courue en temps réel, sans calcul savant de rating, exactement comme l’avait voulu Patrice de Colmont en créant la Nioulargue en 1981. La régate est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux régatiers, s’était probablement dit le patron du fameux Club 55. Car Patrice n’était pas un compétiteur - il préférait les bivouacs dans les îles à bord de Cocotte, le petit dériveur en acajou construit par Matonnat sur lequel il naviguait enfant - mais il aimait la mer, les jolis bateaux et ceux qui vont dessus. Roi de l’improvisation mais fin gestionnaire, conteur hors pair mais homme d’écoute, hôte des stars mais ami de Pierre Rabhi et grand défenseur de l’agriculture paysane qu’il pratiquait lui-même pour alimenter les cuisines du Club 55, l’inclassable Patrice de Colmont a su garder cette part de légèreté et d’audace qui lui a permis d’orchestrer et de faire grandir une semaine de régate festive, unique au monde. Retiré de l’organisation de l’événement en 1995, il conservait proximité et bienveillance pour les Voiles de Saint-Tropez qui s’attachent à être les dignes héritières de la Nioulargue. Et il continuait à recevoir, lui qui se qualifiait « d’aubergiste paysan », les équipages des yachts se défiant le mercredi et le jeudi, dans la tradition initiée par le Swan 44 Pride et le 12 m JI Ikra en 1981. Patrice de Colmont est décédé des suites d’une courte et cruelle maladie le 11 octobre 2025. La 28ème édition des Voiles de Saint-Tropez est donc la première « sans Patrice ». Mais elle ne déroge pas à la tradition des Défis dans lesquels « la réclamation est interdite ou associée d’une caution en liquide (de préférence du rosé frais) » dixit les Instructions de course qui n’ont pas bougé d’une virgule depuis 1981.

Source : M Turcat