jeudi 30 octobre 2014

Route du Rhum / 25 noeuds, façon machine à laver, on embarque à bord de Safran

Pour mieux comprendre la vie à bord d’un monocoque Imoca, rien de tel que de monter à bord. Récit d'une journée (musclée) à bord de Safran de Marc Guillemot. Port-la-Forêt, dernier entraînement avant la Route du Rhum. 25 nœuds, mer courte d’ouest, embruns façon machine à laver… De quoi s’immerger totalement dans ce que vivent les marins du large sur un bolide de 18 mètres. Un avant-goût de Rhum !


La Route du Rhum en Imoca, loin d'être une sinécure !
Credit : F.Van Malleghem/Safran

« T’as pris ton ciré et tes bottes ? » me demande Marc Guillemot à peine descendu du camion. Je ne comprendrais la raison de sa question qu’une fois en mer, alors que Safran cavale à la vitesse de 24 nœuds, complètement trempée. Encapuchonnée, une main sur la filière*, l’autre sur le balcon arrière, j’observe tout en baissant la tête régulièrement pour parer les paquets de mer qui s’effondrent brutalement sur le pont… et ma tête.


Des paquets de mer
Pour cet entraînement en solitaire (Ludovic et Alex du Safran Sailing Team sont présents en cas de problème), un parcours entre l’archipel des Glénan et l’île de Groix est organisé par le Pôle Finistère Course au large. Ligne de départ, régate au coude à coude, les concurrents (Safran, Macif, PRB et Maître Coq) se jaugent, affinent les réglages des voiles, de la quille, des ballasts. A bord de Safran, Marc se donne à 200%, un coup à la barre, un autre au moulin à café, puis au winch pour choquer un peu de grand-voile.

« J’envoie le génois ! » annonce-t-il. Le voilà sur le pont qui manœuvre les 60 kilos d’une voile trempée, jusqu’à l’étrave. Il disparaît subitement sous les embruns sans ciller. L’homme aux trente ans d’expérience se balade littéralement sur le pont pour revenir hisser les 150 m2 de voile d’avant.


Une énergie folle
Marc souffle de temps en temps, avale quelques sucres lents, prend une gorgée d’eau, et y retourne. Imaginez que Safran porte au totale 650 m2 de toile, et que la moindre manœuvre de virement de bord ou d’empannage demande 20 minutes d’efforts intenses à chaque fois : transporter à la force des bras 250 kg de matériel d’un bord à l’autre du bateau, s’occuper des voiles et de la quille basculante… Imaginez également que pendant ce temps-là, le bateau continue de foncer sur la mer tout en jouant à saute-moutons.


A quatre pattes
La machine de course trace sa route, encaisse les vagues, vibre, le gréement siffle… Je mesure toute la puissance de Safran. Je me déplace quasiment à quatre pattes veillant à me tenir dès que je le peux. Le cœur bien accroché, je me faufile à l’intérieur… Le bateau cogne, le carbone fait résonner au centuple le moindre bruit.

Le temps de revenir à La Trinité-sur-Mer, en mode convoyage après ces heures de régate intense, Marc partage avec moi que la vie un bord d’un Imoca n’a rien d’une promenade de santé. « Personne ne se rend vraiment compte à quel point le métier de marin sur un tel bateau est d’une exigence de tous les instants… mais pour un bonheur immense. »


* La filière, ou « ligne de vie », est un câble ceinturant le pont du bateau pour empêcher la chute d’une personne par-dessus bord.

Vous conseille : A J-3, comment appréhender le départ ? Marc Guillemot répond en conférence de presse (Vidéo)

http://scanvoile.tumblr.com/post/101410691548/video-comment-apprehender-le-depart-marc


Par la rédaction
Source : Safran

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