lundi 17 novembre 2014

Récit / L'histoire d'une victoire ... la Route du Rhum par Loick Peyron !

En 7 jours, 15 heures, 8 minutes et 32 secondes, Loïck Peyron a triomphé avec panache sur la Route du Rhum 2014. Savant cocktail de pragmatisme et de professionnalisme technique. Reste la part d'inconnu. Retour sur les dessous d'un succès par son skipper himself.





Une étonnante sérénité au départ
« Le départ a été un moment étonnant à ressentir. Il y avait une vraie sérénité. J'ai toujours été un peu fébrile la veille de mes transats, et cette fois, tout en connaissant parfaitement les conditions qui nous attendaient, j'étais très confiant dans le dessin stratégique. Tout était écrit avec précision. J'avais la force tranquille, et c'était très agréable, sans velléité de partir comme un fou, simplement concentré sur le résultat. » 


"On est parti comme en figaro, à fond"
Commençait ensuite la mise en application d'un plan de route méticuleusement dessiné à terre avec Armel Le Cléac'h et Marcel van Triest. Un mot d'ordre : attaquer là où les adversaires, aux potentiels si différents, entre les MOD 70 à l'aise dans le temps médium, et les puissants Maxi avides d'allonger la foulée dans le gros temps, seraient enclins à la prudence. « On est parti comme en figaro, à fond, avec un premier virement de bord à terre très important qui me permet de reprendre Thomas Coville à la côte. Puis, comme prévu, je me retrouve en tête en sortie de Manche. Toute la gestion suivante s'est bien passée. 

Il fallait faire le trou dans la brise. On a eu des conditions dantesques parce qu'on allait vite, mais gérables. C'était le moment de faire le trou, en attaquant dans le coup de vent. Si cela mollissait, les « petits » revenaient, si cela forcissait, cela faisait le jeu de Spindrift 2 notamment… J'étais dans l'obligation d'exploiter dès le début tout le potentiel du bateau… »


"On pouvait rester bloqué. Et c'est passé"
Une course contre la montre s'engage. Loïck Peyron vise un trou de souris décelé avec la complicité de son équipe à terre. « Le schéma était décidé, mais pour mieux adapter en permanence le plan de voilure, on a fait une manoeuvre de plus que prévu. Arrivé dans l'ouest de Madère, alors que je n'avais qu'une soixantaine de milles d'avance sur Spindrift 2, j'ai largué un ris bien avant Yann Guichard. J'ai navigué durant 48 heures avec le petit gennaker, le fameux "Blaster", plus "pointu" que le grand, et qui nous a permis de faire le trou quand le vent a molli. 

On pouvait rester bloqué, et il se trouve que c'est passé. J'ai pu ensuite renvoyer le grand « gennak » avec un maximum de puissance derrière pour enfoncer le clou pendant que la flotte venait buter dans les petits airs. Cela peut-être pénalisant, car on perd beaucoup de temps à chaque envoi ou affalage de voiles, en divisant la vitesse du bateau par deux ou par trois. Mais c’était la condition pour être au maximum du potentiel du bateau. Ainsi dans le Golfe de Gascogne, j'ai pris et renvoyé des ris à plusieurs reprises durant ces premières 24 heures. »


"J'ai cru y perdre tous mes plombages"

Durant ces deux premiers jours de course, sanctionnés par deux passages de front, c'est naturellement la crainte de la casse qui habite le marin : « J'ai eu plus mal pour le bateau que pour moi, bien que je me sente aujourd’hui comme après un combat de boxe, et cela est vrai pour tous les marins ; on essaie de l'accompagner à chaque saut, mais c'est lui qui a mal à la réception. On se contracte à chaque vague, et on craint le pire à chaque « atterrissage ». J'ai cru y perdre tous mes plombages.  »


"Un peu trop ambitieux"
« Je me suis mis dans le rouge le dernier jour, dans les grains, avec beaucoup de bateaux tout autour. Cette arrivée est peut-être la partie la moins réussie, la moins aboutie de notre parcours. J'aurais voulu mieux décomposer cette arrivée, en prenant mon temps. On a été un peu trop ambitieux. On aurait dû être plus conservateur… »


Avarie : "C'était impressionnant"
Point d'avarie à proprement parler de toute la traversée. Une petite inquiétude cependant : « Arrivé au niveau de Madère, je suis allé devant pour déjà préparer le « Blaster », et j'ai vu des tissus arrachés au niveau des carénages de bras, à l'avant du bateau, avec des zones de fentes dans les UD. J'ai eu un choc visuel mais c'était plus impressionnant que grave. Le comportement du bateau étant inchangé, cela ne pouvait pas être important. C'était impressionnant, mais purement cosmétique. J'ai fait des photos que j'ai envoyées à l'équipe technique, et ce n'était en définitive qu'un problème de strates sur les UD. Je suis malgré tout allé en spéléo à l'intérieur, dans les bras, pour m'assurer qu'il n'y avait rien de structurel. »


Les leçons de l'exploit : "On a fait un joli boulot, très propre"
« Cette course s'est passée assez merveilleusement. Ce qui est étonnant, c'est la vitesse à laquelle tout cela est arrivé. Depuis 12 ans, je ne rêvais plus de gagner cette course en multi, et en 3 mois, je me retrouve ici, en vainqueur. 

Douter est un début de confiance. Il faut être en situation de doute permanent. La certitude, c'est le début des ennuis. Mais j'avais une totale confiance en ce bateau et en mes possibilités, ainsi que dans ma capacité à gérer et à être en phase avec lui…

La collaboration avec Armel et Marcel était vraiment efficace. On a fait un joli boulot, très propre, bien déroulé, avec juste une erreur sur la fin, sans conséquence.

Tout a été mené très proprement. Je suis très ému de recevoir 300 ou 400 SMS provenant de partout, notamment Ari Vataanen, et de beaucoup de légendes de la Coupe de l’America qui sont impressionnés par ce qu'on fait sur l'eau. On n'est pas beaucoup de navigateurs solitaires à être dans l'action de la Coupe… c'est ma petite satisfaction égoïste. »

Credit : N.Derne

Par la rédaction
Source : Mille et une Vagues

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