lundi 20 octobre 2014

Route du Rhum / Loick Peyron et Banque Populaire : "Je me mets en condition mentale exceptionnelle" ITW

Le 22 août dernier, Loïck Peyron recevait l'appel téléphonique du Directeur du Team Banque Populaire, Ronan Lucas, lui offrant de reprendre au pied levé la barre du maxi Banque Populaire VII, en lieu et place d'Armel le Cléac'h, blessé à la main. Moins de deux mois plus tard, et à seulement treize jours de la Route du Rhum, le skipper est à l'heure dans sa préparation accélérée. 


Loick Peyron à l'assaut de la Route du Rhum avec Banque Populaire VII
Credit : Th.Martinez/BPCE

Parfaitement en confiance avec la machine, en phase avec l'équipe technique du bateau, Loïck Peyron refait ses gamme. Petit rapport d'étape en mode espiègle d'un marin visiblement très à l'aise dans ses docksides.


Plus de 6 000 milles au compteur
« Ma première navigation à bord du Maxi Trimaran Solo Banque Populaire VII date du 3 septembre dernier. En un mois, on a couvert, qualification comprise, pas loin de 6 000 milles, dont 1 000 en vrai solo, et le reste en équipage réduit. Ce n'est jamais suffisant, mais c'est mieux que rien. Je ne relève aucun soucis technique car l'équipe a parfaitement travaillé. Il ne reste vraiment qu'un peu de bricoles à faire. »


Gérer la très haute vitesse
« Le "ré-apprentissage" accéléré du multi en solo est ce qui me prend le plus de temps ; naviguer en trimaran, en solo, et à grande vitesse est un exercice de haut vol qu'on a tendance à oublier. On n'oublie pas la vitesse mais on oublie comment se gérer à haute vitesse dans la durée, notamment en ce qui concerne le sommeil. Il me faut réapprendre à dormir en faisant confiance aux pilotes. J'ai pris le bateau en main malgré sa taille un tantinet rebutante. Ca, c'est fait! »


Un jeune homme de 55 ans
« Je ne suis pas le perdreau de l'année, mais je suis encore en forme. Certaines manœuvres sont plus pénibles qu'il y a 20 ans, et je les accomplirai moins vite qu'un petit jeune, mais avec l'anticipation et l'expérience, cela devrait passer. »


"Dans l'idéal, il faudrait que j'embarque un cycliste avec moi"
« Le vélo embarqué s'avère très intéressant. Cet effort singulier avec les jambes s'avère positif pour certaines manœuvres, les plus constantes en terme de charge, comme pour hisser la GV, ou gérer les foïls et les dérives… l'alternance entre bras et jambes est une excellente formule… mais dans l'idéal, il faudrait que j'embarque un cycliste avec moi… »


Une cellule météo à terre de luxe !
« Je n'ai simplement pas le temps de refaire un stage météo chez Bernot ou Lasnier… donc je fais grande confiance en ce que je suis sensé connaitre, et en Marcel (van Triest) et Armel (Le Cléac'h). J'ai une confiance absolue en eux… un vrai luxe! A "mon époque", il n'y avait pas routage, c'est donc une nouvelle expérience pour moi et j'en suis ravi. C'est indispensable pour un bateau de cette taille. »


Un maxi rassurant
« Le Maxi Banque Populaire VII est très rassurant. La même proposition de mener en solo sur la Route du Rhum un trimaran plus petit, y compris un MOD 70, ne m'aurait pas intéressé. Le bateau est physique parce que large, mais c'est cette même largeur qui le rend rassurant et moins stressant. Son couple de redressement est incomparable. Ce bateau est étonnant ; il n'a pas été conçu pour le solitaire, et à l'arrivée, il s'avère être exactement à la bonne taille. Il y a 8 ans, c'était une réflexion inenvisageable, mais aujourd'hui, il est parfaitement adapté au solitaire. »


 "Sodebo semble constituer le duo le mieux adapté"
« Je regarde un peu la concurrence. Nous avons navigué récemment face aux MOD, et j'ai été rassuré du peu d'écart entre nous dans un régime de vent qui leur était favorable. Sodebo et Thomas Coville semblent constituer le duo le mieux adapté à l'exercice. »


Petites mises au point
« On affine les réglages des pilotes… Je suis rassuré sur ce point, car ils sont primordiaux en solo. On leur demande beaucoup depuis quelques années, et leur comportement exige des réglages très fin. On affine aussi le matériel de rechange bien que le paradoxe sur ce bateau géant est que la taille des pièces interdit pratiquement toute grosse réparation en solo et en mer. Il n'est donc pas nécessaire d'embarquer trop de "spare". »


Logique de confiance
« Je suis totalement dans une logique de confiance… Nos dernières sorties dans des conditions météos plus musclées se sont montrées intéressantes. Je travaille sur ma confiance en visualisant nuit et jour mes manœuvres, et les scenarii probables. Je revis tous les départs, les ennuis à venir… j'ai toujours agi comme cela… je ne me remets pas en cause, mais je vis une situation exceptionnelle. 

Je vis un rêve, je réalise un rêve comme lors de ma première Mini, de mon premier "Rhum", de mon premier Vendée ou la Coupe de l'America. J'ai accepté le challenge, et je suis comme un ancien pilote de F1 qui se retrouve sur un engin encore plus rapide. Je me replonge dans des structures mentales que je n'ai plus connues depuis 2002. Je retrouve un mode de navigation exceptionnel, pour lequel je me mets en condition mentale exceptionnelle. »

Par la rédaction
Source : Mille et Une Vagues

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