jeudi 19 novembre 2015

ITW / Marcel Van Trieste, routeur du Jules Verne avec Francis Joyon : "Je me sens un peu comme à bord"

Le Hollandais Marcel Van Triest sera le routeur à terre d’IDEC SPORT. Il l’était déjà pour Banque Populaire V, l’équipe tenante du record. Rivé jour et nuit à ses ordinateurs dans son antre des Baléares, le septième homme préfère dessiner les situations météo. Il aura évidemment un rôle majeur pour conseiller Francis Joyon. ITW.



Credit : Idec

Francis Joyon part avec un équipage réduit : 6 hommes à bord. Cela change-t-il quelque chose par rapport à un équipage beaucoup plus nombreux ?
« Oui. On ne route pas de la même façon un solitaire et un équipage. Là, c’est un peu entre les deux. Ce sera un des grands axes de ma réflexion : tu n'envoies un équipage réduit dans des situations scabreuses. Ca dépend aussi de leur état de forme, sachant qu’ils seront très sollicités. Il faudra choisir les bons moments pour tenter des choses en trois manœuvres. »


Comment allez-vous travailler avec Francis ?
« On va s’adapter l’un à l’autre, car c’est la première fois (NDLR : Jean-Yves Bernot était habituellement le routeur de Francis Joyon). Personnellement, je ne suis pas adepte du téléphone. Je fonctionne beaucoup plus avec des dessins annotés. La base, c’est deux fois par jour, plus à la demande. On échange par mail. Dans le Pot au Noir, c’est sans cesse et parfois il n’y a rien à dire. Sur le dernier Jules Verne, je n’ai passé que deux coups de fil au bateau en 45 jours. »


Combien de temps peut-on gagner sur les 45 jours et demi à battre ? La barre des 40 jours est-elle atteignable ?
« Atteignable, oui. Du domaine du possible, je veux dire. Avec de la réussite, une fenêtre plus ou moins parfaite, un bon chrono à Bonne Espérance, pas trop de glaces, pas de pépin technique et un Pacifique où tu peux plonger pour raccourcir la route… sachant qu’après, tu peux perdre tout devant les Malouines ! 

Il faut avoir beaucoup de réussite partout en fait, mais il y a une marge sur le Jules Verne. Et je rappelle qu’il ne faut pas battre le record de 5 jours, une heure suffit ! Il y a plus de chances de battre celui-ci que le record de l’Atlantique où tu peux rester 10 ans en stand-by à New York sans avoir une fenêtre météo pour gratter les 3 ou 4 heures d’amélioration possible. Maintenant, 40 jours c’est vraiment difficile….»


On imagine le routeur dormant à côté de ses ordinateurs et de son téléphone satellite. Est-ce le cas ?
« Définitivement : oui ! Il y a autant de stress qu’à bord, à part que je peux prendre ma douche quand je veux et manger des trucs un peu meilleurs. Il faut que ce soit très stable pour que je dorme trois heures d’affilée. Je me réveille au moins une fois par heure pour contrôler. Côté rythme, c’est presque comme si j’étais à bord. Ceci-dit c’est un petit peu moins extrême sur un Jules Verne que sur une tentative en solitaire, où tu as la responsabilité de la vie d’un marin seul à bord. »


Qu’est-ce qui vous motive dans ce métier de routeur ?
« C’est toi, la terre et une feuille blanche… Un gigantesque jeu d’échecs. Réfléchir à toutes les possibilités est passionnant et quand tu vois tes idées se concrétiser, c’est une grande satisfaction. Tu pars de grandes lignes, tu affines, tu construis peu à peu ta trajectoire. 

Souvent dans ce genre de tentative, il y a deux ou trois moments-clés. Les identifier à temps et les gérer décident de la réussite. J’adore la météo à cette échelle-là. Et comme j’ai fait cinq tours du monde en course, j’imagine bien la situation. Je me sens un peu comme à bord

par la rédaction
Source : Idec

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