mardi 17 janvier 2017

ITW / Paul Meilhat revient sur son Vendée Globe : "La déception va me ronger assez longtemps"

En plein milieu du Pacifique, Paul Meilhat avait dû abandonner le Vendée Globe. Il occupait alors une superbe 3e place sur SMA, premier non foiler. Le skipper, bizuth du tour du monde, est maintenant de retour en France. L'occasion pour lui de se livrer sur cette première. ITW.


Credit : V.Curutchet/DPPI/VG

Comment expliqueriez-vous ce qu’est le Vendée Globe, désormais ?
Paul Meilhat : « Je dirais qu’il y a deux Vendée Globe qui cohabitent. Pour moi qui étais venu faire une course, le Vendée Globe est une aventure humaine, pour le côté mental et physique. Je n’ai en revanche pas trop vécu l’aspect ‘découverte’ de l’aventure. Il n’y a vraiment que lorsque j’ai vu Tahiti sortir de l’horizon. 

L’aventure que j’ai vécue, c’est une course super dure, extrême, qui te pousse loin dans tes retranchements, physiquement. La majeure partie du temps, on est dans une bulle de concentration. L’histoire que je peux raconter, c’est l’histoire qui me lie à mon bateau. C’est essentiellement l’histoire d’une relation forte entre ton bateau et toi. Et c’est une relation incroyable. SMA est comme mon corps : tu sais où sont tes grains de beauté. Le bateau, c’est toi. S’il se passe quelque chose, tu répares comme s’il s’agissait de toi.


Vous êtes-vous découvert ?
P. M. : Non, je me connaissais déjà. Je m’étais préparé, je savais déjà l’énergie que je peux mettre dans les choses. La plus grande qualité d’un marin de course au large, c’est de ne jamais dépasser ses limites, de ne jamais se mettre en danger. En tout cas, quand il s’agit de faire des résultats. 


Comment l’avez-vous vécu, ce sud ?
P. M. : C’est cool ! Si tu es concentré, ça se passe bien, rien ne peut arriver… Jusqu’au moment où ça arrive. Mais ce sud a été génial, c’était un grand moment. Il y a eu des passages super durs, mais j’étais fermé dans mon « truc », investi dans ma bulle. J’étais dans ce que j’avais à faire, tout le temps. 


Vous semblez avoir vécu quelque chose d’aisé, finalement…
P. M. : Je ne me suis jamais demandé ce que je faisais là. L’équipe avait très bien travaillé sur le bateau, et je le connaissais. Mis à part le vérin, il n’y a pas eu de panne. J’ai le sentiment qu’on avait très bien préparé ce Vendée Globe – ce qui rend la déception encore plus forte. Et, quand je repense à la course, je me souviens qu’il y a eu des moments durs, mais je n’ai pas connu un seul moment de souffrance. Je m’étais préparé aux moments difficiles.


Avez-vous été surpris de courir pour la 3e ou 4e place ?
P. M. : Ce qui m’a surpris, c’est que je pensais que les foilers iraient plus vite et casseraient plus. Ils ont choisi d’aller plus vite juste sur de petites périodes qui leur ont permis de se placer à l’avant. Au final, il y aura eu moins de casse sur les bateaux à foils que sur les dérives, si le bilan reste en l’état. On se rend compte que les avaries n’ont rien à voir avec la présence de foils ou pas. Quant au fait d’être 3e ou 4e, cela n’a pas été une pression supplémentaire. J’ai bien senti que ça avait changé quelque chose à terre, mais quand tu es en course, tu t’en fiches. 


Les foils ont permis d’exploiter quelques coups à fond ?
P. M. : Ils ont permis de gagner le Vendée Globe. Tout simplement. On peut refaire le match avec Vincent (Riou) et moi en course jusqu’au bout : on aurait pu ambitionner la 3e place, mais pas mieux. Nous n’aurions pas gagné le Vendée Globe.


Quel parallèle établissez-vous avec votre accident, sur la transat Saint-Barth – Port-la-Forêt, il y a un an ?
P.M. : Là, je vis une déception sportive, ce qui n’était pas le cas il y a un an. Ça sera beaucoup plus difficile à digérer que mon accident. L’an dernier, j’étais cassé, il suffisait que j’aille au centre de rééducation de Kerpape pour passer à autre chose. C’était facile. Mon abandon dans le Vendée Globe, en revanche, je pense que je vais le traîner pendant quatre ans – si je peux le refaire, plus si ça ne se fait pas tout de suite. La déception sportive est lourde, elle va me ronger assez longtemps.


Vous suivez la course, tout de même ?
P. M. : Je n’ai pas regardé une seule fois la cartographie du Vendée Globe, c’est trop dur de s’y projeter. Mais je serai à l’arrivée, parce que je ne peux pas ne pas y être. Ça n’a pas de sens et ça ne serait pas respectueux pour les autres concurrents. On se doit tous d’être à l’arrivée, même si ça fait mal.


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Par la rédaction
Source : Agence Blanco Negro