mercredi 27 décembre 2017

ITW / Francis Joyon contre l'asservissement des foils sur le Rhum : "Il faut respecter les bateaux existants"

Vainqueur en titre du Trophée Jules Verne à bord d'IDEC SPORT, Francis Joyon, longtemps solitaire le plus rapide de la planète, revient sur le chrono incroyable de François Gabart. L'occasion également de se projeter sur l'événement phare de 2018 : la Route du Rhum. Entretien.


Credit : JM Liot

Comment jugez-vous la récente performance de François Gabart, nouveau détenteur du record autour du monde en solitaire ?
« On prend un coup au moral quand François, avec un bateau plus récent, se rapproche sérieusement de notre record absolu en équipage (rires). Si nous n'avions pas conquis le Trophée Jules Verne sur IDEC SPORT en début d'année, François aurait réalisé le meilleur temps de l'histoire, équipages compris ! 

C'est exceptionnel, d'autant plus pour une première tentative. J'avais bien imaginé que François battrait le record de Thomas Coville, mais pas avec une telle avance. 

Cette année j'ai régaté contre François sur The Bridge (entre Saint-Nazaire et New York) et j'ai pu constater tout le potentiel de son trimaran qui a l'air magique. Pour son record autour du monde, François a adopté une approche intelligente, sans se mettre de pression. Et il a parfaitement navigué. »


Vous avez été longtemps et par deux fois détenteur de ce record (en 2004-2005 puis de 2008 à 2016, en 57 jours et 13 heures). Comment analysez-vous cette évolution actuelle ?
« Elle est logique. Les bateaux progressent énormément. Entre mon ancien trimaran IDEC et le Sodebo Ultim de Thomas Coville, le différentiel de vitesse est d'environ 20 %. La performance de Thomas l'an dernier ne m'a donc pas étonné. 

Sur le Macif de François Gabart, le potentiel augmente encore et le record s'améliore. Et bientôt les bateaux volants s'y attaqueront. Les performances vont encore grimper. La connaissance météo évolue aussi et le niveau des marins est excellent. Tout pousse à croire que les records seront à nouveau battus dans les années à venir. »


Comment envisagez-vous la Route du Rhum, l'événement majeur en 2018 ?
« Je souhaite prendre le départ avec un bateau rapide, léger et fiable. Le plateau sera impressionnant, avec notamment les nouveaux bateaux volants. Cela m'intéresse énormément de me confronter à eux. Ce ne sera pas simple mais je compte bien tirer mon épingle du jeu grâce à des options météo, et peut-être un peu plus de fiabilité que les autres. Le solo a tendance à réduire les différences de potentiel entre les bateaux. »


La question se pose pour le Rhum d'autoriser ou non l'asservissement des foils. Quel est votre point de vue ?
« Certains teams demandent un système d'asservissement des foils, qui permettrait de les régler automatiquement. Je suis contre pour des raisons d'équité sportive et j'ai écrit à la Fédération Française de Voile pour donner mon avis. Autoriser l'asservissement à moins d'un an de la Route du Rhum serait une profonde injustice. Il faut respecter la flotte des bateaux existants, ne pas privilégier certains teams par rapport à d'autres qui n'ont pas eu le temps de développer cette technologie. 

A terme, je ne suis pas fondamentalement contre le principe de l'asservissement. Mais il faut mener une vraie réflexion et l'énergie nécessaire ne doit en aucun cas être fournie par des moteurs diesel qui tourneraient probablement en permanence. Nous devrons privilégier les énergies renouvelables : éoliennes, panneaux solaires, hydrogénérateurs. 

Notre force est de nous déplacer à la voile. Un jour, il n'y aura plus de pétrole alors autant anticiper. Continuer à faire tourner des moteurs thermiques ne va pas dans le sens de l'évolution du monde. »

Par la rédaction
Source : Mer et Media