mardi 28 février 2017

ITW / Jérémie Beyou : "Ce Vendée Globe m’a changé. J’ai grandi !"

Jérémie Beyou, qui a déjà repris l’entraînement en Figaro en vue de La Solitaire Urgo, revient sur sa belle troisième place du Vendée Globe. « Effacer les traces d’un tour du monde en solitaire n’est pas simple. Si tu y mets de l’intensité, tu en sors exténué. » Interview.


Crédit : François Van Malleghem / DPPI / Maître CoQ

Vous êtes arrivé troisième du Vendée Globe le 23 janvier dernier. Quels sentiments prédominent aujourd'hui ?
JB : « Il se passe un phénomène assez étrange, qui explique que j’ai du mal à partager mes sentiments et mes émotions : j’ai l’impression de ne pas avoir fait le Vendée Globe. Je pense que j’ai vécu des choses extrêmement intenses, mais je n’ai pas vraiment de souvenirs… ou alors ils sont encore enfouis dans mon inconscient.

Ma mémoire ne fonctionne pas comme le disque dur d’un ordinateur. Je la vois plutôt comme une matière mouvante qui ne retient pas tout, je dois peut-être lui laisser un peu de temps, qu’elle cherche à donner du sens à ce que j’ai vécu, pour que l’ensemble corresponde plus à ce qui s’est passé. J’ai vécu deux mois durs, puissants et riches en émotions, je sais que ça va revenir et que je vais retrouver des images : le cerveau construit son souvenir en gardant les bons moments. »


Premier Tour du Monde bouclé, vous sentez-vous changé ?
JB : « Le Vendée Globe se mérite ; cette course ne se donne pas comme cela, il faut aller la chercher ! J’ai découvert un truc de fou où, chaque jour, il y a des challenges à relever en prenant sur soi car rien n’est gratuit. C’est démentiel. Ce Vendée Globe m’a changé, c’est sûr. J’ai grandi ! »


Beaucoup de problèmes techniques sur ce Vendée Gobe, une difficulté supplémentaire ?
JB : « J’ai été contraint de mettre la course entre parenthèses à cause de mes problèmes techniques, en quelque sorte, et je ne m’étais pas préparé mentalement à ça. J’avais des clés pour anticiper certaines situations. Je n’avais pas préparé le cas de figure que j’ai vécu, à savoir l’impossibilité de me concentrer pendant deux mois et demi sur la course, pour me focaliser sur la technique. J’ai été un peu pris au dépourvu, il m’a fallu gérer et ça n’a pas été facile. »


Sur le podium, la place est belle ?
JB : « Je suis très satisfait d’avoir su tirer mon épingle du jeu et je suis très heureux de ma troisième place. Et puis j’ai fait corps avec mon bateau, au point de ne faire qu’un avec lui. Mais j’ai couru en étant partagé entre le fait de ne pas prendre de risques, ce qui est rassurant, et le constat que ce n’est pas comme ça qu’on gagne des places. Je choisissais des routes statistiques avec des pourcentages de risque très réduits. Du coup, il manque quelque chose, qui tient au sel de la course. »


Troisième du Vendée Globe, en mai dernier vainqueur de la transat New York-Vendée. Quelle année !
JB : « Cette année efface les saisons blanches. Je vais prendre du recul, mais je pense que j’ai gagné énormément. Il va falloir un peu en profiter. »


De la baie de Morlaix à un Vendée Globe en IMOCA60, quel regard portez-vous sur votre parcours ?
JB : « C’est toujours difficile de regarder le chemin que tu as tracé, mais c’est intéressant de regarder celui des autres, notamment celui d’Armel (Le Cléac'h). J’ai quarante ans, il en a 39, on a commencé tous les deux en Optimist, on devait avoir 8 et 9 ans dans la baie de Morlaix. 

On se retrouvait un coup à Carantec, un coup à Saint-Pol ou à Roscoff, on faisait les entraînements en commun, puis on arpentait les plans d’eau le dimanche pour des compétitions départementales et régionales d’abord, nationales ensuite. 

Armel a gagné deux Solitaire du Figaro, la Transat anglaise (the bakerly Transat) et il vient de gagner le Vendée Globe (il rit). C’est une trajectoire de fou ! Armel, moi et quelques autres sommes des privilégiés. J’essaie de goûter ces privilèges dans leur pleine mesure aujourd’hui. »

par la rédaction
Source : I Delaune