Les 44 jours de mer de Clarisse Crémer, la skipper Banque Populaire : "Je me sens plus protégée et plus solidaire de cet objet…"

 

Alors qu’elle a passé la longitude de la Tasmanie depuis trois jours, Clarisse Crémer continue sa progression à un bon rythme et conforte sa place aux portes du ‘top 10’ (12e). Désormais, Banque Populaire X avance dans l’océan Pacifique, l’occasion de faire le point 44 jours après son départ.

 

Crédit : BPCE

Ma traversée de l’océan Indien 

« J’ai eu tous les types de conditions. Lorsque j’ai passé le cap de Bonne-Espérance (jeudi 3 décembre NDLR), il y a eu plusieurs jours à passer derrière un front où les conditions étaient musclées. Mais globalement, j’ai été préservée par rapport à d’autres skippers de la flotte. Les conditions étaient d’ailleurs très agréables avant d’arriver sur le plateau de la zone des glaces australiennes. Je garde un bon souvenir de cette traversée de l’océan Indien. »
 

La perspective du Pacifique 

« Forcément, je suis un peu stressée (c’est la première fois qu’elle le traverse). Bien entendu, il n’y avait pas de passage à niveau entre les deux océans. J’étais devant un front pour sortir de ‘l’Indien’ et j’étais devant le même en arrivant dans le Pacifique. Les conditions sont quasi-similaires mais ce qui change, ce sont les dépressions qui viennent du nord de la Nouvelle-Zélande qui vont créer pas mal d’incertitudes pour les jours à venir. »
 

Banque Populaire X, « proche des 100% » 

« Mon bateau est en bon état et à ce stade d’un tour du monde, c’est une chance. Malgré quelques petits bobos sans gravité, il n’est pas loin d’être à 100% de ses capacités ! J’ai pu faire un dernier check-up la semaine dernière en profitant de conditions plus favorables. Au fil de la course, j’ai l’impression que mon bateau est un peu plus vivant. Je me sens plus protégée et plus solidaire de cet objet… Ce n’est pas une relation à sens unique : toute l’énergie qu’on met dedans, c’est de l’énergie qu’il va nous rendre ensuite. C’est fascinant ! » 

Les conditions du moment 

« Là, c'est agréable, ça s’est beaucoup calmé, il y a même un rayon de soleil, et pas beaucoup de mer. Les conditions vont être comme ça encore 24 heures et ensuite je dois chercher à savoir si j’attaque la dépression par l’arrière ou si j’attends de me faire rattraper par le vent d’après. Je vais virer de bord dans la nuit, faire du Nord et, si je m’arrête, j’aurai alors les moyens d’attaquer. La dépression annonce 5 mètres de houle. Je suis prête à passer sous 3 ris dans la grand-voile et petite voile d’avant. C’est désagréable d’avoir à s’arrêter alors qu’on a bien avancé, mais c’est encore plus désagréable d’abîmer le bateau.
 

Mon duel avec Romain Attanasio 

« Je lui ai repris un peu de terrain à la fin de l’océan Indien ! On va se rapprocher un peu dans les prochaines heures et notre duel sera encore un peu plus serré demain. C’est agréable de pouvoir lutter contre quelqu’un en permanence. Certes, on ne discute pas de nos choix stratégiques mais on se sent moins seul face aux scénarios ‘météo’. Et il y a un côté rassurant d’avoir un bateau à proximité pour des raisons évidentes de sécurité. »
 

Mon adaptation au décalage horaire 

« Je ne pensais pas que ça allait être un sujet majeur. En bateau, on a l’habitude de dormir à n’importe quelle heure, n’importe quand et c’est assez perturbant. Le problème n’est pas lié au fait qu’il fasse jour à minuit mais que l’heure change tous les jours d’environ une demi-heure. Il n’y a donc pas beaucoup de nuit, pas beaucoup de repères, ce qui a l’avantage de laisser plus de temps pour manœuvrer. J’essaie au maximum de suivre le soleil pour m’endormir et ça a entraîné le fait de moins manger et donc d’être très fatiguée ces derniers jours. Finalement, on s’habitue à ne pas avoir de rythme. »
 

Mes 44 jours de mer 

« La première semaine était particulièrement intense avec des conditions difficiles, d’autant que c’est là où j’ai eu des petits soucis. Heureusement qu’il y a eu ensuite une accalmie dans les alizés pour pouvoir temporiser, me reposer… Et puis il y a tant d’images qui restent, de sensations fortes qui ne sont pas forcément évidentes à décrire : la grosse mer dans l’océan Indien, les passages à proximité des îles qui donne l’impression d’être dans un film de science-fiction, les albatros qui accompagnent le sillage du bateau. Il y a aussi des moments de répit qui offrent un sentiment de plénitude, une sensation d’être marquée par la beauté et la grâce des alentours et une impression tenace, que tout ce que j’ai déjà fait dans ma vie n’avait qu’un seul but : être là et faire ce tour du monde. »
 

Mon « Vendée Globe est déjà réussi » 

« Je suis super-contente de mon parcours jusqu’à aujourd’hui. Pour moi, le Vendée Globe est déjà réussi d’une certaine façon. D’avoir passé le cap de Bonne Espérance, le cap Leeuwin. C’est une super réussite. Il y a des bateaux à dérives devant, loin devant. Mais depuis le début, je savais que je ne pourrai pas suivre ce rythme-là, que je ne voulais pas prendre trop de risques par rapport à mon bateau. Je suis contente de mon parcours et en plus j’arrive à en profiter. »
 
Source : D Gallais