Yann Guichard, skipper de Sails of Change : "c’est l’intégrité du bateau qui était en jeu"

 

L’équipage mené par Yann Guichard a effectué sa seconde navigation de l’année entre mardi et mercredi. Tous ont rapidement retrouvé leur marque à bord en tutoyant les 35 nœuds. La sortie en mer a néanmoins dû être écourtée, la faute à la présence de centaines de poutres et de planches de bois tombées d’un cargo quelques semaines plus tôt. Face au risque d’endommager Sails of Change, le Team a préféré rentrer à la base.

 



Crédit : Sails Of Change

Pour la deuxième semaine consécutive, l’équipage de Sails of Change a largué les amarres. Une façon d’entrer de plain-pied dans cette nouvelle saison avec une nouvelle tentative de record sur le Trophée Jules Verne (record du tour du monde à la voile) en fin d’année et une autre, à partir de mi-avril, pour battre le record de la Route de la Découverte (de Cadix en Espagne à San Salvador aux Bahamas). « Ces perspectives ne font que renforcer notre motivation », confie Yann Guichard.

 

Retrouver le « mode course » 

Près de trois mois après avoir renoncé à s’élancer pour le Trophée Jules Verne, « l’ensemble des personnes impliquées dans le projet et travaillant pour Spindrift Racing, à terre et en mer, est pleinement remobilisé », affirme le skipper. 
 
Après une première sortie en mer de 18 heures vers Arcachon la semaine dernière, l’équipage de Sails of Change a embarqué ce mardi. Objectif affiché : accumuler des milles, passer deux jours au large et retrouver le « mode course ». L’occasion de renforcer la cohésion d’équipe alors que trois nouveaux navigants – deux au poste de n°1, chargés des manœuvres sur les voiles avant et un régleur-barreur – l’ont intégré afin de se tester en conditions réelles.
 

« C’est l’intégrité du bateau qui était en jeu » 

À bord, chacun a rapidement retrouvé ses marques et goûté aux sensations uniques offertes par le maxi-trimaran. « Il y avait de l’air, près de 25 nœuds au portant, et on progressait à plus de 35 nœuds », raconte Yann Guichard. Mais en fin de journée, à la tombée de la nuit, ils détectent la présence de billes de bois qui flottent à la surface. Des poutres de 6 mètres de long, des planches par centaines, au cœur de l’océan, obligeant à un sacré numéro d’équilibriste.
 
D’abord, il faut convoquer les réflexes et sécuriser le bateau. « Avant de partir, nous étions au courant de la présence de ce bois flottant. Nous avons ralenti, réduit la voilure et veillé à ce qu’il n’y ait aucun choc avec des appendices ». Les billes de bois étant bien trop nombreuses, « c’est l’intégrité du bateau qui était en jeu ». La décision de rebrousser chemin par le sud s’imposait pour écourter la navigation et préserver le maxi-trimaran.

 

De la nécessité « d’éveiller les consciences » 

Certes, il y a la frustration de ne pas avoir suivi la feuille de route en raccourcissant la navigation. Mais le sentiment laisse vite la place à un triste constat : « même s’il ne s’agit que de bois, on ne peut qu’être désolé de voir la mer dans un tel état ». Ces billes de bois, rejetées en abondance sur les plages bretonnes, dérivent au large après être tombées d’un cargo trois semaines plus tôt. « C’est une nouvelle illustration du besoin urgent de protéger les océans, d’arrêter d’y déverser nos déchets, d’éveiller les consciences et de s’assurer que l’impunité en la matière ne soit jamais de mise ».
 
Chez Spindrift, cette nécessité-là fait partie du projet à plus d’un titre, à l’image du soutien à l’appel « 30×30 » visible sur les flotteurs du multicoque. Cette stratégie, élaborée par la Convention sur la diversité biologique de l’ONU, vise à convertir 30% de la planète (océans et terres) en zones protégées à l’horizon 2030. « Ce message, que l’on souhaite transmettre au plus grand nombre, résonne avec ce que nous venons de voir », abonde Yann Guichard. 
 
Source : Spindrift Racing