Pour sa première course à la barre de Groupe REEL, Alexis Loison n’a pas manqué son entrée. Ce vendredi, le Normand et Pierrick Letouzé ont remporté la 40’ Malouine – La Trinquette au terme de 167 milles et d’un peu plus de 23 heures en Manche, avec 1 minute et 54 petites secondes d’avance sur Quentin Le Nabour et Thierry Chabagny, revenus leur mettre la pression jusque dans les derniers milles. Une première victoire qui récompense autant la copie rendue par les deux hommes que le chemin parcouru depuis la mise à l’eau de leur Class40, le 1er juillet dernier. Dans le petit temps comme lorsque les vitesses se sont envolées, Alexis a commencé à trouver les clés d’un bateau qu’il découvre encore et dont il a déjà su exploiter le potentiel face à la concurrence. Vainqueur de la Solitaire du Figaro en 2025, le Cherbourgeois ouvre ainsi de la meilleure des manières ce nouveau chapitre de son parcours. À moins de deux mois de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, il reste énormément à apprendre, à tester et à fiabiliser avant de se retrouver seul face à l’Atlantique. Mais une chose est sûre : les premiers enseignements ont de quoi réjouir.
Du premier coup
1er juillet : mise à l’eau. 4 septembre : première victoire. Entre les deux, à peine plus de deux mois pour découvrir Groupe REEL, commencer à en comprendre le fonctionnement et transformer les premières sensations en repères suffisamment solides pour aller se mesurer aux autres. Le calendrier dit quelque chose de la vitesse à laquelle le projet avance. Il masque en revanche tout ce qu’il a fallu accomplir pour en arriver là : les mois de conception et de construction, puis les premières navigations, les réglages, les ajustements et cette longue liste de détails que seul un bateau neuf impose à son équipe. C’est aussi pour cela que le résultat malouin a une saveur particulière. Alexis venait surtout voir où il se situait, avec son nouveau bateau, face à une flotte déjà bien rodée. Il repart avec une victoire et, plus important encore à ce stade, la confirmation que le travail engagé commence à porter ses fruits. « Je ne dis pas qu’on en attendait autant, mais on prend, franchement ! C’est une belle récompense de tous ces mois de travail sur le bateau. Et puis ça permet de montrer qu’on est présents. À moins de deux mois de la Route du Rhum, c’est de bon augure, même si ce sera évidemment un exercice très différent. » La satisfaction tient autant au résultat qu’à la manière. Pendant un peu plus de 23 heures, le duo de Groupe REEL a dû composer avec des situations qui n’avaient pas grand-chose en commun. Il a fallu commencer par débusquer la moindre respiration dans une baie de Saint-Malo presque privée de vent, accepter de voir les écarts se creuser puis disparaître et patienter lorsque le scénario semblait échapper à toute logique. « La pétole a été bien copieuse ! À un moment, on s’est dit que ça y était, qu’on était tirés d’affaire. On avait réussi à revenir sur le groupe de tête et on a vu des bateaux disparaître à l’horizon. Puis ils sont tombés dans une molle très douloureuse. Ça aurait pu nous arriver aussi. Je ne vais pas prétendre qu’on a tout compris ! On a trouvé quelques petits raccourcis et, surtout, le bateau allait vraiment vite. » C’est précisément cette dernière vitesse qu’Alexis voulait éprouver au contact. Depuis juillet, les navigations permettent d’affiner les réglages et les sensations. La compétition, elle, leur donne une autre valeur. Un réglage se mesure immédiatement à celui du voisin, une mauvaise manœuvre se paie comptant et chaque différence de vitesse devient visible. De ce point de vue, ces 167 milles ont apporté au projet bien davantage que quelques lignes sur un palmarès. « On a encore appris plein de choses. Il n’y a rien de mieux que d’avoir les autres autour pour comprendre où on en est. On commence à trouver le mode d’emploi, même s’il reste encore énormément de choses à découvrir. »Comme un parfum de Figaro
La dernière partie de la course a offert à Alexis un autre type de repère. Un beaucoup plus ancien, celui-là. À mesure que la brise s’est installée, Groupe REEL a augmenté le rythme jusqu’à dépasser les 20 nœuds. Et dans le sillage du bateau d’Alexis se trouvait notamment un certain Thierry Chabagny. Le décor avait changé, les bateaux avaient pris quelques pieds et deux marins avaient rejoint l’histoire, mais les vieux réflexes n’étaient jamais très loin. « Ça m’a rappelé mes années Figaro, quand je me bagarrais contre lui. Il ne lâchait jamais rien et moi non plus ! Là, on s’est retrouvés dans le rush final. Avec Quentin (Le Nabour), ils sont revenus très fort. Avec Pierrick, on ne s’est pas démobilisés, on a réussi à trouver le réglage qui allait bien et à les contenir, mais ils nous ont vraiment mis sous pression. » La ligne a finalement figé l’écart à moins de deux minutes. Une poignée de secondes à l’échelle d’une journée passée en mer et, surtout, la confirmation que le nouveau Groupe REEL est déjà capable de défendre sa place lorsque le tempo monte. Alexis retient notamment la vitesse affichée dans les derniers milles, mais aussi la facilité avec laquelle le travail s’est organisé avec Pierrick. « On s’est hyper bien entendus, comme si on avait fait ça toute notre vie. » Et puisque l’histoire se déroule à Saint-Malo, difficile de résister au clin d’œil régional. Pour la deuxième année consécutive, la victoire de l’offshore de la 40’ Malouine – La Trinquette repart en Normandie : Guillaume Pirouelle et Cédric Château avaient ouvert la voie en 2025. Alexis Loison et Pierrick Letouzé prolongent donc la série, au grand désespoir amusé de Quentin Le Nabour, qui estimait à l’arrivée qu’il serait préférable que cela ne devienne pas « une habitude à Saint-Malo ». Pour Alexis, Normand revendiqué et marin façonné par les eaux de la Manche, commencer l’histoire sportive de son nouveau bateau par un succès devant la cité corsaire ne manque évidemment pas de saveur.Maintenant, apprendre à faire seul
La victoire est acquise. Les certitudes, elles, seraient prématurées. Le navigateur est le premier à le rappeler : entre un offshore de 23 heures disputé en double et plusieurs milliers de milles à parcourir seul jusqu’à Pointe-à-Pitre, le changement d’échelle sera immense. C’est même là que commence la prochaine phase du travail. Tout ce qui s’est construit à deux pendant ces 167 milles doit progressivement devenir naturel pour un seul homme. Les manœuvres, les réglages, l’enchaînement des tâches, la gestion de l’énergie, mais aussi cette capacité à maintenir le bateau à son potentiel lorsque la fatigue s’installe. « Je suis très content de mon bateau. Il reste du travail, ça, c’est clair. Sur la Route du Rhum, je n’aurai pas Pierrick avec moi, donc il faut maintenant que j’aille bosser tout seul ! Mais ça commence vraiment bien. » Pour Alexis, le résultat de Saint-Malo ajoute néanmoins une pièce intéressante au puzzle. Il ne dit rien de ce que sera la hiérarchie au milieu de l’Atlantique. Il ne transforme pas davantage deux mois de navigation en expérience longue durée. Mais il valide une direction et nourrit une dynamique. Le bateau répond. Son skipper commence à savoir comment lui en demander davantage. Et la première confrontation s’est terminée avec le nez devant. Alexis mesure aussi ce que cela peut produire au-delà de son propre bord. « Ça donne de la confiance et ça marque peut-être quelques points dans la tête des autres. » À quelques semaines du départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, le Normand n’avait sans doute pas besoin d’une victoire supplémentaire pour être identifié parmi les concurrents à surveiller. Son succès sur la Solitaire du Figaro 2025 avait déjà suffisamment parlé pour lui. Mais réussir ainsi son entrée en Class40 avec Groupe REEL ajoute forcément un élément au dossier. Avant de se retrouver seul, il reste toutefois du temps pour continuer à découvrir le bateau à plusieurs. Dès demain, le décor reste Saint-Malo mais le fonctionnement change complètement avec le Trophée LodiGroup et ses régates en équipage. Yoann Richomme et Yvon Larnicol rejoindront notamment Alexis à bord. Place à un jeu beaucoup plus collectif, fait de départs, de placements et de décisions prises à plusieurs voix. « Ce ne sera pas du tout le même exercice, mais on aura les mêmes envies de résultat. Le but reste de se faire plaisir et de continuer à apprendre sur ce chouette bateau. » Groupe REEL a désormais sa première victoire. Et pour Alexis Loison, peut-être plus précieux encore : les premières pages d’un mode d’emploi qu’il lui reste maintenant à écrire en solitaire.Source : L Lunven
