jeudi 19 janvier 2017

ITW / Armel Le Cléac'h grand vainqueur du Vendée Globe : "Je n'ai rien lâché, même pas un mètre"

"Ce n'est qu'hier à Ouessant, où j'ai vraiment réalisé ce qui m'arrivait. Depuis le départ je n'ai pas eu une minute de répit, je n'ai pas vu le temps passer. Je n'ai rien lâché, même pas un mètre." Armel Le Cléac'h, le grand vainqueur de la 8ème édition du Vendée Globe, revient sur son troisième tour du monde. Le bon. ITW. 


Armel Le Cléac'h grand vainqueur du Vendée Globe
Credit : V.Curutchet/DPPI/VG

Après 74 jours de course, comment allez-vous ?
Armel Le Cléac’h : « Je suis quand même bien fatigué car les derniers jours et les dernières heures n’ont pas été de tout repos. Et il fait très froid depuis cette nuit et ce matin. Mais la pression commence à redescendre depuis quelques heures, et ça fait du bien. On profite de ces derniers instants et on voit la fin du tunnel. C’est génial. »


Vous vous attendiez à ce que Alex Thomson vous mène la vie aussi dure lors des derniers jours de course ?
ALC : « Ce n’est pas tant le retour d’Alex qui m’a le plus embêté, mais le fait que depuis le cap Horn, la météo a été contre moi. Je n’ai pas eu du tout de réussite. Ça a commencé avec l’anticyclone qui m’a barré la route dans l’atlantique Sud, ça a continué avec le Pot-au-Noir qui m’a été défavorable, puis enfin la zone de transition avec cette dépression au large des Canaries qui a mis un joli bazar. À chaque fois, c’était tout pour lui et rien pour moi… 

Nerveusement, c’est ça qui a été le plus dur à vivre, car je subissais les éléments. Franchement, je ne pensais pas avoir ce scénario jusqu’à la fin, en ayant passé le cap Horn avec presque 800 milles d’avance. Je ne pensais pas du tout devoir vivre quasiment un mois avec cette pression au quotidien. »


Quels problèmes techniques avez-vous rencontré ?
« Il y a des problèmes, on en a tous eu. Je m'en souviens très bien, j'avais un rendez-vous téléphonique, les conditions étaient parfaites, j'allais me mettre à la table à carte et j'entends un grand bruit. Et là je vois ma voile J1 par terre. Le hook qui tient la voile était cassé en tête de mat. Cette voile-là, je n'ai pas pu l'utiliser du 13 décembre à la fin. C'était une voile qui fonctionne bien au près, donc c'était un petit peu compliqué. 

Deux jours après, l'équipe m'envoie un message pour me dire qu'il y avait un risque pour que les autres hooks lâchent également. J'ai vécu avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Au final ça a tenu, merci, je touche du bois. Ça a été le point le plus compliqué pour nous. Le reste a été parfait. C'est sûr que s'il n'y avait pas eu ce problème-là, j'aurais été un petit peu plus vite, mais on ne va pas refaire le match. J'ai gagné ! »


Quel retour pouvez-vous faire des foils ?
« Les foils, c'est la réussite d'un pari lancé avec des architectes il y a trois ans. Au départ on était sceptiques, puis on y a cru. Avec Banque Populaire on a été les premiers à tenter. Au final on a prouvé que cela marchait, le podium va être fait de foilers, donc c'était le choix qu'il fallait faire. Je suis content, on est allé au bout de la démarche. 

Moi j'ai géré à ma façon, je n'ai pas tout le temps mis le foil parce que, soit la mer n'était pas bonne, soit ça allait trop vite. On ne le met pas à 100% du parcours. Quand il fallait mettre un petit coup d'accélérateur au bon moment je le mettais. Quand Alex a battu le record de vitesse sur 24h, j'avais mis mon foil, j'étais à fond dessus et c'est passé. Au final je n'ai pas battu les 24h mais je n'ai pas perdu trop de milles, donc ça s'est plutôt bien passé. »


C’est la troisième fois que vous embouquez le chenal des Sables. Il y a un peu d’appréhension ?
ALC : « J’essaye de ne pas trop y penser. Ce n'est qu'hier à Ouessant, où j'ai vraiment réalisé ce qui m'arrivait. Depuis le départ je n'ai pas eu une minute de répit, je n'ai pas vu le temps passer. Je n'ai rien lâché, même pas un mètre. Je sais que ça va être très très fort. C’est génial de rentrer dans le chenal le premier. 

Avec Banque Populaire, on a travaillé dur depuis beaucoup d’années pour vivre ça. On va profiter, car ça va être un grand moment ! Même si j’ai déjà eu la chance de remonter le chenal deux fois il y a quatre et huit ans, je sais que cela va être très différent, et je vais partager ce grand privilège avec les gens qui m’ont aidé, m’ont soutenu, m’ont encouragé. Ça va être super. »


De quoi avez-vous le plus envie tout de suite ?
ALC : (rires) « Tout de suite, je ne sais pas ! J’ai un peu tout qui se mélange dans ma tête, mais c’est de serrer ma femme et mes enfants dans les bras ! Ça va être fort. »


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http://www.scanvoile.com/2017/01/images-74-jours-3-heures-35-minutes-43.html#.WID_IfnJzIU


Par la rédaction
Sources : Mille et Une Vagues - Mer et Media