Nicolas Lunven et Tom Goron en vainqueurs, Arthur Meurisse et Arno Biston montent sur le Podium, "une course très complète" dixit Chloé Le Bars

 

Quatre jours et demi à tirer sur la machine, à enchaîner les manœuvres, à encaisser sans vraiment souffler. Ce jeudi 23 avril, peu après 3 heures, les premiers duos ont coupé la ligne d’arrivée du Trophée Banque Populaire Grand Ouest. Les derniers ont suivi aux environs de 9 heures, tous avec le même sentiment : celui d’avoir traversé une épreuve hors normes. Sur le papier, 880 milles entre les îles du Ponant. En réalité, près de 1000 milles parcourus dans une succession de situations exigeantes, techniques, parfois rudes. Navigation millimétrée dans les courants, passages engagés au ras des cailloux, grains, longues phases au large… et surtout un moment qui a concentré toutes les tensions : ce long bord de reaching entre les Glénan et le waypoint Banque Populaire Grand Ouest situé à l’est d’Arcachon. Un tronçon à part, qui a profondément redistribué les cartes.

Crédit : E Allaire

D’entrée, une course sans filtre

Au départ de Concarneau, la flotte a d’abord pris son rythme avant de remonter vers la Bretagne Nord, où le jeu s’est vite corsé. Dans cette zone particulièrement technique, il a fallu composer avec le courant, se faufiler au plus près des cailloux et enchaîner les manœuvres sans relâche. Une phase particulièrement usante : Martin Le Pape (Paprec) confiait en être sorti « presque plus fatigué qu’à l’arrivée ». Dans ce contexte, la hiérarchie est restée instable. Les écarts ont évolué en permanence, au gré des trajectoires et des placements. Hugo Cardon (Sarth’Atlantique) parlait d’une course « très joueuse, où l’on gagnait et perdait des places en permanence ». Une entame dense, déjà révélatrice du niveau d’engagement requis.

Le moment de bascule

Puis est venu ce bord que tous évoquent encore. Entre les Glénan et le waypoint Banque Populaire Grand Ouest, la flotte s’est engagée dans une longue descente au “reaching” (travers au vent), rapide, physique, et surtout difficile à maîtriser dans la durée. C’est là que la course s’est durcie. Fallait-il continuer à pousser pour rester au contact, ou lever le pied pour préserver le matériel ? Beaucoup ont navigué sur cette ligne de crête. Édouard Golbery (Seastemik) parlait d’un véritable « exercice de gestion du risque », conscient qu’une casse pouvait compromettre non seulement la suite de la course, mais aussi le reste de la saison, à l’approche de la Solitaire du Figaro. Sur l’eau, les conditions ont laissé peu de répit. « On a passé des heures trempés, à subir », racontait Pierrick Evenou (Decathlon – la Fresque du Climat), évoquant un moment « presque trop » à encaisser, tant il fallait rester en permanence à la limite. Même ressenti chez Paul Loiseau, qui parlait d’un bord où il avait fallu « tenir dans le dur », sans jamais vraiment pouvoir relâcher, au cœur d’une séquence aussi exigeante que formatrice. À la sortie, les écarts étaient nets : certains avaient creusé, d’autres y avaient laissé des plumes. La hiérarchie s’était, en grande partie, dessinée.

Une tension qui a tenu jusqu’à la ligne

Pour autant, la course ne s’est jamais figée. La suite du parcours a continué d’imposer des choix et de maintenir la pression. Chloé Le Bars (Skipper MACIF) insistait sur « une course très complète, avec des conditions très variées », quand Tiphaine Ragueneau (ORCOM) rappelait qu’il n’y avait « quasiment jamais de répit ». Une combinaison qui a entretenu la tension jusqu’au bout. Dans ce contexte, la bagarre s’est poursuivie à tous les étages de la flotte. Les positions ont continué d’évoluer, parfois jusqu’aux derniers milles. Certains ont même arraché une place juste avant la ligne, preuve que rien n’était jamais acquis.

Un podium solide, une relève en vue

Au terme de cette édition (sous réserve du jury), le podium récompense des duos qui ont su tenir dans la durée : Nicolas Lunven et Tom Goron (PRB) s’imposent, devant Paul Cousin et Alexis Loison (Région Normandie), puis Arthur Meurisse et Arno Biston (Kiloutou). Derrière, la relève s’est également affirmée. Federico Waksman et Carlos Manera Pascual (Repremar Shipping) terminent premiers bizuths (18e au général), au terme d’une course construite progressivement. L’Espagnol, deuxième de la Mini Transat 2023 en Proto, reconnaissait d’ailleurs qu’ils n’avaient « pas encore toutes les manettes » en début d’épreuve, le temps de trouver leur fonctionnement et la bonne vitesse du bateau. « On a un peu galéré au départ, mais une fois qu’on a trouvé le bon rythme, on a réussi à revenir », expliquait-il, satisfait de cette montée en puissance au fil des milles.

Une course qui fait grandir

Au-delà des classements, cette édition a surtout servi de révélateur. Un terrain d’expression complet, où chacun a pu mesurer ses forces, ses limites, et ses axes de progression. Beaucoup ont insisté sur la richesse des enseignements tirés de ces quatre jours et demi de mer. Une course longue, variée, parfois rude, mais profondément formatrice. Au moment de refermer cette troisième édition, une évidence s’impose : le Trophée Banque Populaire Grand Ouest a franchi un cap. Plus long, plus exigeant, plus complet, il s’est affirmé comme un rendez-vous majeur du circuit Figaro Beneteau. Une course où il faut tenir, s’adapter, décider, sans jamais décrocher. Une course dense, engagée, qui laisse une empreinte durable.

Ordre d'arrivées

1 - PRB (Nicolas Lunven-Tom Goron) le 23 avril 2026 à 3h 04 min 59 sec
Temps de course : 4 jours 12 heures 04 minutes et 59 secondes
2 - Région Normandie (Paul Cousin-Alexis Loison) le 23 avril 2026 à 3h 27 min 15 sec
Temps de course : 4 jours 12 heures 27 minutes et 15 secondes
3 - Kiloutou (Arthur Meurisse-Arno Biston) le 23 avril 2026 à 4h 19 min 06 sec
Temps de course : 4 jours 13 heures 19 minutes 06 secondes

Source : J Cornille