Un départ sous tension pour les figaristes du Trophée Banque Populaire Grand Ouest, rendez-vous demain 15H au large de Concarneau

Demain à 15 heures, il n’y aura pas de montée en régime. À peine sortis de la baie de la Forêt, les 35 duos du Trophée Banque Populaire Grand Ouest entreront directement dans le vif du sujet. 870 milles autour des îles du Ponant, dans un vent modéré en apparence… mais sur un plan d’eau exigeant. Car les paramètres vont vite s’empiler : forts coefficients de marée, courants puissants, effets de côte, vent tournant. Très vite, il faudra composer, enchaîner, ajuster. Le début de course se jouera majoritairement au près, dans un rythme soutenu, entre manœuvres et placements, avec des écarts qui ne cesseront de se faire et de se défaire. Une course qui ne s’installera jamais vraiment. Ouverte, difficile à figer, parfois lisible, souvent moins. Une course où rien ne tiendra longtemps, et où il faudra être juste tout de suite… puis recommencer.


Crédit : A Courcoux

Un départ sous tension, un début de course structurant

Pas de round d’observation. Dès les premières heures, il faudra être dans le rythme. « On n’aura pas trop le temps de s’amariner », prévient Laure Galley (Hauterive). Le ton est donné. Le vent tournera en même temps que les bateaux dans leur progression autour de la Bretagne, imposant une trentaine d’heures de navigation au près. Ambrogio Beccaria (Almond for Pure Ocean) résume avec justesse la physionomie attendue : « Ça va ressembler à un grand gymkhana dans les cailloux. On va tirer des bords en permanence, avec énormément de virements à enchaîner. » Une quarantaine, peut-être plus. Et dans ce jeu de précision, un facteur dominera : le courant. « Avec un coefficient de 104, il va influencer énormément la vitesse, les angles, les choix. Ce sera probablement le paramètre principal à gérer. » Pierre Leboucher (ORCOM) enfonce le clou : « Dès les premières heures, aux abords de la tourelle de La Plate (Raz de Sein, ndlr), ça risque de vite devenir très piégeux. Il va falloir négocier des passages clés avec du courant contraire et peu de vent. » Une entrée en matière stratégique, où il faudra lire juste, décider vite, et surtout… ne pas subir.

Un terrain de jeu dense et technique

La navigation promet d’être engagée, parfois millimétrée. « C’est un parcours très dense, notamment toute la partie nord », souligne Laure Galley. « Avec les gros coefficients du moment, il va y avoir énormément de courant. Il faudra vraiment bien anticiper. » Dans ces zones complexes, les trajectoires vont naturellement diverger. François Jambou (Yuman) l’annonce sans détour : « Ce ne sera assurément pas une course de petits chevaux. » Chaque île, chaque renverse deviendra une opportunité… ou un piège. La première nuit s’annonce déjà charnière. « Il y aura des passages à niveau très tôt dans la course », rappelle Pierre Leboucher. « Si on n’est pas du bon côté, on risque de le payer cher. » Dans cet environnement, la vigilance sera permanente. Et au milieu de ce labyrinthe, il faudra aussi savoir oser. « Ce sera l’occasion de faire l’inventaire des rochers du littoral… et de vérifier que les cartes disent bien la vérité ! », confirme avec humour Ambrogio Beccaria, presque enthousiaste. « Ça va être un peu chaud, mais ça va être magnifique. » Magnifique, oui. Mais rarement indulgent.

Un scénario évolutif jusqu’au bout

Passé ce premier acte très tactique, la course changera progressivement de registre. En s’éloignant des côtes, les duos devraient retrouver des allures plus portantes, avec davantage de vitesse et, possiblement, plus de pression. « Il y aura une deuxième partie plus au large, plus ouverte », explique Laure Galley. « Et sans doute un peu plus sportive. » Mais cette évolution n’apportera pas pour autant de certitudes. Les options pourraient se multiplier, avec des trajectoires qui se recroiseront et des positions susceptibles d’évoluer jusqu’aux dernières heures. Dans ce contexte, la capacité à s’adapter fera la différence. « Il faudra être capable de réajuster la stratégie en permanence », insiste Ambrogio Beccaria. « Et prendre des décisions même sans toutes les informations météo. » Une navigation où l’instinct comptera autant que l’analyse.

Un jeu ouvert, des cartes à rebattre

« Il faudra être dedans tout de suite et le rester jusqu’au bout », insiste Maël Garnier (Yuman). Une exigence de constance, dans une course où rien ne sera définitivement acquis. Les écarts pourront se creuser, se réduire, puis se recomposer au fil du parcours. Dans ce contexte, chaque option comptera, chaque choix pèsera. Et au milieu de cette dynamique, une certitude : la course ne se dessinera jamais d’un seul trait. Elle se construira par séquences, par ajustements successifs, au gré des conditions et des décisions. Pas une course en file indienne, mais une régate vivante, en mouvement permanent. Une course de marins. Dans ce qu’elle a de plus brut. Avec tout ce que cela implique de panache, d’audace… et d’engagement total.

Source : J Cornille