A moins d’un mois du départ de la Trin’40, nouvelle course au départ de la Trinité-sur-Mer, les futurs concurrents – 30 inscrits à ce jour – commencent doucement à se remettre dans le (grand) bain. Entre deux préparatifs pour cette ambitieuse boucle de 1200 milles en solitaire, ils nous ont raconté leur attachement à cette classe si particulière, et leurs ambitions pour cette première course de l’année.
C’est une véritable mosaïque humaine et sportive qui s’apprête à débarquer dans le charmant port de La Trinité-sur-Mer, dans le Morbihan. Car remettons l’église au milieu du village — ou plutôt le mât au milieu de la coque : la Class40 n’est pas une classe comme les autres ! Créée voilà vingt ans, cette catégorie de monocoque de 40 pieds – 12,19 mètres, soyons précis – est devenue au fil des ans la classe la plus dynamique de la course au large, et, de très loin, la plus représentée sur les départs des grandes courses transatlantiques.
« Un esprit qu’on ne retrouve pas partout »
« C’est une classe super dynamique, avec un niveau sportif extrêmement relevé, et des bateaux vraiment faits pour régater. Mais surtout, il y a un esprit qu’on ne retrouve pas partout, une ambiance très familiale et solidaire », résume Fabien Delahaye, skipper de Legallais, qui fera partie des sérieux prétendants à la victoire sur la Trin’40.Deuxième du championnat Class40 en 2025, le marin normand se montre toutefois prudent quant à ses objectifs : « Naviguer seul reste une étape clé. Il s’agit de reprendre des repères, de penser différemment les manœuvres, l’énergie, le matériel. Sur la première course de l’année, on a toujours du mal à placer le curseur et savoir si on y va pour gagner ou pour apprendre. Mais l’envie, c’est clairement d’aller se mesurer aux autres, et même si on sait que ça va être dur, on a hâte d’y retourner ! ».
Et c’est peu dire que la bataille risque d’être féroce, avec des redoutables concurrents comme Guillaume Pirouelle (Sogestran-Seafrigo), récent vainqueur de la Transat Café L’Or et nouveau détenteur du Trophée Jules Verne avec l’équipage de Sodebo Ultim 3. Ce dernier se battra d’ailleurs contre un autre de ses compères de tour du monde, puisque le Nantais Pierre Leboucher fera aussi sur la Trin’40 ses débuts à la barre d’un Class40, avec pour ambition d’aller chatouiller les cadors de la classe, comme Corentin Douguet (SNSM, faites un don), Axel Tréhin, sur un bateau tout juste mis à l’eau, William Mathelin-Moreaux (Patapain – Les Invincibles), mais aussi les locaux de l’étape, les Trinitains Quentin Le Nabour (Bleu Blanc Planète Location) et Guillaume L’Hostis (Alternative Sailing – Constructions du Belon).
« Une classe tremplin »
Mais derrière ces profils de chasseurs de podiums, la Trin’40 représente aussi pour beaucoup autre chose qu’un classement : un objectif de dépassement. La Class40 conserve en effet ce qui fait sa singularité : une école de la course au large, faite aussi pour permettre d’engranger des milles nautiques et de l’expérience hauturière. « C’est une classe tremplin, une passerelle parfaite entre le monde amateur et l’univers professionnel, se réjouit la Belge Djemila Tassin, 30 ans. C’est aussi une classe qui s’ouvre à plus d’inclusion, des profils plus divers, plus riches d’autres parcours. C’est précieux et j’espère que ça va s’amplifier dans les années à venir ! »Mais ce n’est pas parce qu’elle ne vise pas la victoire sur la Trin’40 que la navigatrice de Magenta ne cherchera pas à repousser ses limites sur cette nouvelle course qui mènera les marins vers le raz de Sein puis le long des côtes anglaises, avant de plonger vers le Cap Finisterre et de rentrer vers la Trinité !
Détentrice depuis l’hiver du record du monde de distance en Class40 sur 24 heures, avec un total de 459,57 milles parcourus, la jeune femme veut « continuer à progresser sur ces bateaux incroyables, maniables en solo, robustes et rapides, avec des budgets raisonnables ». Son objectif ? « Apprendre, apprendre, apprendre… et finir premier pointu bien sûr », en référence à ces Class40 d’ancienne génération dont l’étrave est moins arrondie que les derniers-nés de la flotte, les redoutables « scows » au design si déroutant !
« Le niveau est élevé, mais l’esprit est tout sauf élitiste »
C’est d’ailleurs dans cette idée de progresser au large que le jeune Matéo Le Calvic, 25 ans, a pris son ticket dans cette Class40 « dont il osait à peine rêver ». « Ce que j’aime particulièrement c’est que la Class40 propose un peu tous les types de format : du solitaire, du double, de l’équipage, le tout sur un genre de 4x4 des mers très physique mais techniquement accessible, résume le jeune homme qui portera les couleurs de l’entreprise de travaux publics FPFP-TP. J’ai plein de choses à apprendre et surtout l’envie d’aller voir du pays, alors je vise autant ensuite le Tour d’Irlande que la Middle Sea Race en Méditerranée, et plus tard la Globe40, le tour du monde en double avec escales ».Un même bateau, qui sert différents rêves, même quand on est loin de vouloir en faire carrière ! « C’est une classe sympathique, où les amateurs ont encore un petit bout de place, abonde Emmanuel Hamez, 62 ans, skipper passionné engagé depuis 2014 sur le circuit Class40. Ça se professionnalise, mais on se sent toujours bienvenus. Le niveau est élevé, mais l’esprit est tout sauf élitiste. Les gens échangent, se conseillent. Rien n’est caché. Sur les pontons, on discute avec tout le monde. »
Et ce n’est pas rien quand le voisin de ponton en question s’appelle Vincent Riou ! Car le vainqueur du Vendée Globe 2004 s’est lancé depuis 2024 avec un bateau neuf, aux couleurs de Pierreval – Fondation Good Planet. Pour le Finistérien de 54 ans, la Class40 représentait « un parfait compromis » pour étancher son inextinguible soif de large, et de compétition !
« C’est une série vraiment intéressante, sur des prototypes qui obligent à être à l’affut des innovations, mais en même temps avec une jauge bien faite qui les rend toujours relativement simples d’usage, souligne le « Terrible », qui a signé cet hiver sa huitième Transat Café L’Or. Aujourd’hui, on y retrouve un mélange sympa entre amateurs avec des parcours de vie différents, et des marins aux palmarès impressionnants, qui montent en puissance. Ça reste aussi des projets plus simples à monter et à gérer. Forcément, pour quelqu’un qui commence à avoir un peu d’âge comme moi, c’est plus facile à gérer. Ce mélange me permet de trouver ce que j’aime dans la voile, c’est-à-dire faire de la compétition et du haut niveau, être souvent dans la difficulté, tout en prenant beaucoup de plaisir. Car c’est vraiment la finalité ! »
« On est contents de naviguer parce qu’on est concurrents sur l’eau, mais aussi parce qu’à terre c’est convivial, résume le skipper de Legallais, Fabien Delahaye. Il y a de la solidarité parce que les projets restent à taille humaine, et si vous venez sur les pontons nous rendre visite, vous pourrez discuter avec des skippers et des préparateurs. Ça reste très accessible par rapport à d’autres classes. Et nos bateaux sont beaux, en toute objectivité bien sûr ! » Rendez-vous à partir du 20 avril sur les pontons trinitains, pour un départ de course le 24 avril, à 14 heures tapantes !
Source : F Pouder
