Après plus de 24 heures piégés dans une molle tenace, les concurrents de la 1000 Race ont retrouvé du vent hier soir, avec l’installation d’un flux de nord-est. Fini le calme relatif : les IMOCA ont basculé dans une navigation plus engagée, plus froide et humide. C’est dans ce nouveau décor qu’ils ont débordé ce mardi le Fastnet Rock. En tête, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) a franchi le rocher aux alentours de 13h30, s’adjugeant au passage le Trophée Tout Commence en Finistère. Un moment toujours à part, négocié cette fois de jour, mais dans des conditions encore instables sous l’influence des côtes irlandaises. Relancée et toujours très compacte, la flotte met désormais le cap sur le waypoint Guy Cotten, avec un long bord rapide en perspective… avant de nouvelles incertitudes météo.
Une nuit pour tout changer
Il aura suffi de l’espace de quelques instants pour transformer la physionomie de la course. Hier encore, les IMOCA évoluaient sur une mer lisse, incapables d’exprimer leur potentiel, contraints de composer avec un vent capricieux, instable, parfois à peine perceptible. « Quand le bateau n’accroche pas, c’est vraiment dur », a relaté Elodie Bonafous (Association Petits Princes - Quéguiner). « Tu restes concentrée, tu cherches des solutions… mais parfois, tu ne peux pas faire grand-chose. Et tu n’arrives même pas à aller dormir. » Une fatigue d’autant plus marquée que ces conditions exigent une attention permanente. Même constat du côté de Violette Dorange (Initiatives Cœur) : « Le vent changeait toutes les dix à quinze minutes. Il fallait être très réactive sur les réglages. Au final, j’ai très peu dormi. » Une course à l’usure, où la moindre risée devient stratégique. Puis, en début de nuit, le flux de nord-est s’est installé, mettant un terme à plus de 24 heures d’immobilisme. « Une vraie délivrance », a résumé Corentin Horeau (MACSF). En quelques milles, les IMOCA ont retrouvé leur cadence, leurs équilibres… et leur raison d’être.Du “lac” à l’Irlande
Avec le vent est revenue la vitesse, mais aussi une ambiance radicalement différente. « Hier, c’était presque des conditions méditerranéennes, du plat, du chaud… et là, aux abords de l’Irlande, on compose avec du froid et beaucoup d’humidité », a raconté Nico d'Estais (Café Joyeux). Même ressenti chez Sam Goodchild : « On évolue désormais dans un flux de nord, donc forcément il fait froid et ça pique un peu. » Une bascule nette, mais finalement bienvenue après une longue séquence d’attente. Dans ce nouveau décor, l’approche du Fastnet n’avait rien d’évident. Si le passage s’est effectué de jour (un privilège presque rare), les conditions sont restées techniques, perturbées par les dévents de la côte irlandaise. Un moment toujours à part, même pour des marins aguerris. « C’est un rocher vraiment mythique », a rappelé Violette Dorange, heureuse de le retrouver, elle qui l’a franchi 38 minutes après le navigateur franco-britannique au cœur d’une flotte toujours aussi resserrée. « J’avais peur de me retrouver décroché… mais finalement je suis toujours dans le match », a d’ailleurs ajouté Nico d’Estais, seul skipper engagé avec un bateau à dérives, illustrant parfaitement l’intensité de la régate.Un bord pour en profiter… avant la suite
Désormais, les IMOCA filent vers le waypoint Guy Cotten, légèrement remonté vers le nord-est par la direction de course afin de raccourcir le parcours. Une décision bien accueillie, tant la suite reste incertaine. « Les modèles évoluent énormément d’un jour sur l’autre », rappelle Christian Dumard, consultant météo de l’épreuve. Une instabilité qui incite à avancer sans trop se projeter. Dans l’immédiat, le programme s’annonce plus engageant : un long reaching à 120-130° du vent, dans une mer relativement maniable. « Ça va être un super bord, vraiment sympa », a anticipé Elodie Bonafous. Même tonalité chez la skipper d’Initiatives Cœur, qui évoquait « une belle opportunité de vitesse », malgré quelques changements de voiles à prévoir. La tête de flotte est attendue sur cette marque virtuelle demain matin, entre 4 et 6 heures. D’ici là, les marins vont pouvoir appuyer sur l’accélérateur, comme après un long embouteillage qui se dissipe enfin. Mais tous le savent : la molle n’est jamais bien loin. Mercredi, et surtout jeudi, pourraient encore rebattre les cartes. En attendant, une seule consigne semble s’imposer, parfaitement résumée par Sam Goodchild : « Il faut prendre tout ce qu’il y a à prendre. »Source : M Honoré
