Direction Larmor-Plage pour l'ultime étape de ralliement, rester lucide jusqu'au bout pour les figaristes du Tour Voile

 

C'est au large du sémaphore de la pointe du Toulinguet, après avoir quitté Camaret-sur-Mer, que les neuf Figaro Beneteau 3 du Tour Voile se sont élancés, au ralenti, peu après 11 heures ce jeudi pour la quatrième et dernière étape de ralliement de cette 47e édition. Direction Larmor-Plage au terme d'un parcours de 168 milles via La Plate, Belle-Île, la bouée ODAS puis Groix. Un ultime grand morceau, un coefficient 3 au classement général et, surtout, un scénario où personne ne devrait pouvoir souffler très longtemps. Une fois encore, il ne suffira pas d'être rapide. Il faudra rester lucide. Car le parcours ressemble moins à une longue course de vitesse qu'à une succession de pièges qu'il faudra franchir les uns après les autres sans jamais perdre le fil. Des Tas de Pois aux derniers milles devant Groix, chaque transition pourra rebattre les cartes. Chaque bascule de vent, chaque effet thermique, chaque petit nuage aura le pouvoir de redistribuer la donne. Dans un tel contexte, impossible de considérer un avantage comme acquis.

Crédit : JM Liot



Une course qui refuse de choisir son vent

Le schéma météo ressemble à un puzzle dont les pièces ne cessent de bouger. Les modèles peinent à s'accorder, tandis que le vent, lui, devrait passer son temps à changer de visage. Flux synoptique, brises thermiques, effets de côte, possibles cellules orageuses… Les concurrents vont devoir composer avec plusieurs couches de météo qui pourraient parfois se superposer, parfois s'opposer. Premier rendez-vous dans la baie d'Audierne, fidèle candidate au titre de juge de paix de cette étape. C'est là que la première transition importante est attendue dans le courant de l'après-midi, lorsque certains réussiront peut-être à accrocher le renforcement thermique pendant que d'autres resteront prisonniers d'une zone plus molle. Les premiers effets d'accordéon pourraient alors apparaître au sein de la flotte. Mais il ne faudra surtout pas tirer de conclusions trop vite. Un nouveau changement de régime est attendu dans la nuit en direction de la bouée ODAS, avant un ultime casse-tête aux abords de Groix. Là encore, plusieurs hypothèses restent ouvertes et les dernières heures de course demeurent particulièrement difficiles à lire. Autrement dit, il faudra rester dans le match jusqu'au bout.

Une bataille à tous les étages

Ce contexte ouvre forcément le champ des possibles. À l'avant, Région Bretagne – CMB Espoir devra défendre une position de leader acquise au fil de la semaine. Derrière, la lutte pour la deuxième place entre Dunkerque – Kiloutou et PAPREC by Normandy Inshore Program promet de monopoliser une bonne partie de l'attention. « On n'a que quelques points de retard. Cette étape vaut cher et la bataille dure depuis plusieurs jours. On va forcément regarder où ils passent et essayer de finir devant », prévient Pierrick Letouzé. Mais personne ne semble croire à une course verrouillée. « Le pire serait de croire que c'est gagné... ou de penser que c'est perdu », a poursuivi le skipper normand. « Jusqu'à Groix, tout pourra encore bouger. » Même discours chez William Hill (APCC Centre de Formation), qui s'attend à une course en perpétuel mouvement. « Il y aura des occasions de partir devant… mais aussi de revenir. On espère simplement être du bon côté de l'élastique lorsqu'il se tendra. » Une analyse partagée par Valentin Belles (LGC Sailing – Bretagne Plaisance), convaincu que cette dernière étape ne livrera aucun verdict avant la ligne d'arrivée. « La baie d'Audierne sera un premier gros morceau, mais ce ne sera jamais fini. À l’approche de la rade de Lorient aussi, il pourra encore se passer énormément de choses. Rien ne sera joué avant l'arrivée. »

Le droit de tout tenter

Ce caractère imprévisible donne aussi des idées aux équipes qui espèrent terminer le Tour Voile sur une bonne note. L'équipage de digiLab x RORC a d'ailleurs connu une première frayeur avant même le départ. Quelques minutes avant le coup d'envoi, un téléphone a pris feu à bord. L'incident, rapidement maîtrisé, a contraint les Britanniques à s'élancer avec un léger retard sur leurs concurrents. Un contretemps sans conséquence qui n'a en rien entamé la détermination de Joss Creswell. « Nous avons énormément progressé depuis le début de l'épreuve. Cette étape va nous permettre de mesurer le chemin parcouru. La météo est très difficile à lire et les modèles ne racontent pas tous la même histoire. À partir d'un certain moment, il faudra arrêter de regarder les fichiers et simplement naviguer avec ce que l'on verra sur l'eau. » Voilà peut-être la meilleure définition de cette ultime étape de ralliement dont le dénouement est attendu demain dans le courant de l'après-midi. Un concentré de tout ce que la Bretagne sait offrir aux marins : des paysages grandioses, des transitions météo, des pièges invisibles et des occasions permanentes de renverser le scénario. Un dernier offshore où personne ne pourra véritablement contrôler la course. Et où il faudra accepter de naviguer sans jamais être certain d'avoir trouvé la sortie.

Cartographie : ICI


Source : J Cornille