Direction Plérin pour le Tour Voile, "Deux grandes options semblent se dessiner"

Sur le Tour Voile, on ne repart jamais vraiment de zéro. Chaque départ emporte avec lui la fatigue de la veille, les réparations menées dans l'urgence, les heures passées à décortiquer la météo, les rotations d'équipage et les enseignements glanés sur l'eau. Rien ne s'efface. Tout s'accumule. Ce mercredi, après un parcours construit remporté par Région Bretagne – CMB Espoir, les concurrents ont quitté Saint-Malo pour mettre le cap sur Plérin. Au programme : un parcours de 180 milles qui s'annonce comme l'un des plus complets de cette première semaine de compétition. Entre les îles anglo-normandes, les renverses de marée, les effets de côte, les passages resserrés et les longues portions plus ouvertes jusqu'aux Héaux de Bréhat, les occasions de créer des écarts devraient être nombreuses. Là où la première étape avait surtout récompensé la vitesse et la précision dans les placements, celle-ci ne devrait pas se jouer sur un seul coup tactique, mais sur une succession de situations qu'il faudra savoir saisir sans jamais relâcher l’attention.


Crédit : JM Liot

Une course qui continue même à terre

Sur le Tour Voile, tout s'enchaîne à une cadence peu commune. À peine les bateaux revenus au ponton qu'il faut déjà éplucher les fichiers, préparer l'étape suivante, inspecter le matériel, réparer les éventuelles avaries et recomposer les équipages avant de grappiller quelques heures de sommeil. Dans un programme où les équipages passent régulièrement plus de douze heures sur l'eau, préserver la fraîcheur des régatiers devient presque aussi important que faire avancer le bateau. Chacun s'organise donc selon ses priorités. Les Suisses ont ainsi abordé cette journée avec un quatuor entièrement renouvelé. Chez Région Bretagne – CMB Espoir, le choix s'est porté sur Charlotte Yven et Paul Loiseau qui avaient été ménagés la veille afin de préparer cette navigation vers Plérin. Une organisation assumée, motivée autant par la volonté d'aborder cette étape avec un regard neuf que par l'envie d'effacer la frustration du premier ralliement, remporté par PAPREC by Normandy Inshore Program grâce à un coup tactique que les Bretons avaient vu mais n'avaient pas exploité.

Quatre cerveaux pour un même bateau

Paul Loiseau résume peut-être mieux que personne l'un des grands atouts du Tour Voile : « A bord, il y a plusieurs cerveaux qui réfléchissent. » À quatre, on ne partage pas seulement les manœuvres et les efforts. On met aussi les idées en commun. Les intuitions se confrontent, les analyses se complètent et les décisions se construisent collectivement. Un avantage loin d'être anodin sur un tracé où les occasions de faire basculer la course devraient se succéder. « Cette fois, il y aura beaucoup plus de choses à jouer. Même quand on pensera avoir fait le plus dur, il pourra encore se passer énormément de choses », a détaillé le leader au classement général après 14 manches courues depuis Cherbourg-en-Cotentin. Ce dernier sait déjà que plusieurs décisions pourraient s'avérer déterminantes, notamment sur le long bord entre Videcoq et le Taureau. « Deux grandes options semblent se dessiner. Soit aller raser les cailloux, soit rester plus au sud et plus au large. Pour le moment, personne n'est capable d'affirmer laquelle sera la bonne. Une fois le choix effectué, en revanche, il faudra l'assumer jusqu'au bout. » Sur une étape où les scénarios pourront évoluer jusqu'aux derniers milles, multiplier les regards ne sera sans doute pas un luxe.

Réparer, récupérer... puis repartir

Cette quête de performance ne concerne pas seulement les équipages. Les bateaux aussi sont mis à rude épreuve par le rythme infernal du Tour Voile. L'équipage d'APCC Centre de Formation en a fait l'expérience après la longue journée de mardi. Une déchirure de grand-voile au niveau d'un gousset de latte a déclenché une véritable course contre la montre. Entre 21 heures et 8 heures, il a fallu trouver un voilier disponible, réparer et remettre le bateau en conformité avant de pouvoir reprendre la mer. « Trouver quelqu'un capable de faire ce travail dans un délai aussi court, ce n'était pas gagné », a raconté William Hill. « Mais on y est arrivé. Maintenant, il faut tourner la page. On repart avec une GV plus solide et on va essayer de tout donner malgré la fatigue qui commence à s'accumuler. » Le skipper résume parfaitement le quotidien du Tour : « Hier, on est partis sur l'eau à 8h45 et on est revenus au ponton à 21 heures après quatre parcours construits et un long côtier. Ici, on ne se repose jamais vraiment. Avec les contraintes des écluses, la Direction de Course exploite le moindre créneau disponible pour maximiser le temps passé sur l'eau. Les journées sont longues, mais c'est aussi tout l'esprit du Tour Voile. » Un enchaînement où chaque heure compte, où la journée suivante est déjà en préparation avant même que la précédente ne soit terminée.

Mille après mille

Sportivement, cette deuxième étape de ralliement via Sercq et Le Fournet au large de Granville, promet un tout autre schéma que la première. Les occasions de faire la différence ne devraient pas se concentrer sur un seul moment clé mais se succéder du début à la fin. Les transitions, les passages entre les îles, les manœuvres et les multiples lectures du plan d'eau offriront autant de possibilités de rebattre les cartes. Les Normands de PAPREC by Normandy Inshore Program, auteurs du coup tactique gagnant lors du premier offshore, savent qu'il faudra une nouvelle fois faire preuve d'à-propos. « On va utiliser énormément de voiles différentes, les angles vont évoluer sans arrêt et je ne suis pas certain que toute la flotte reste groupée comme lors de l’étape 1 », a expliqué Noa Goeffroy. « Il pourrait y avoir plusieurs paquets avec des trajectoires très différentes. »
Dans cette partie de la Manche, les grands écarts naissent souvent de toutes petites choses. Choisir le bon trou de souris, accepter de perdre quelques mètres pour en gagner beaucoup plus loin, oser une trajectoire différente ou simplement attendre quelques minutes avant de changer de voile : autant de détails qui, mis bout à bout, finissent souvent par faire la différence. Plus encore que lors du premier ralliement, cette manche (dotée d’un coefficient 3) devrait récompenser les équipages capables de rester lucides malgré l'accumulation des heures. Sur le Tour Voile, les grandes victoires naissent rarement d'un seul instant. Elles se construisent, bien plus souvent, mille après mille.

Le programme du jeudi 2 juillet 2026

Arrivée de l’étape de ralliement SAINT MALO - PLÉRIN
20h05 Sas d’entrée des bateaux
20h30 Pot d’accueil de Saint Brieuc Armor Agglomération (SBAA) - Hangar à Bois

Source : J Cornille