Les Ocean Fifty, des bolides de 15 mètres, qui affolent les compteurs en repoussant constamment les limites et en tutoyant les 40 nœuds. L’attention se doit d’être permanente, encore plus quand les conditions sont chaotiques, ce qui est régulièrement le cas à la Route du Rhum - Destination Guadeloupe à cause des dépressions automnales qui traversent le parcours.
Les skippers de la classe ont bien conscience de la difficulté à tirer le meilleur de leur Ocean Fifty tout en veillant à ne pas chavirer. Cette conscience permanente du danger et la gestion du risque qui en découle participent à la singularité d’une classe où le niveau n’a jamais été aussi élevé. « À bord, on monte rapidement autour des 30 nœuds, tout en maîtrise, rappelle Luke Berry (Le Rire Médecin Lamotte). Ces bateaux, ce sont d’incroyables vecteurs d’émotions. Moi, je les appelle des machines à sourire ! »
Des performances comparables pour tous
Les onze Ocean Fifty seront tous sur la ligne de départ à Saint-Malo le 1er novembre prochain. À l’exception d’un bateau, tous ont été conçus par deux cabinets d’architecture, Romaric Neyhousser et VPLP. Afin de limiter l’impact carbone de la classe et de permettre que les concurrents évoluent au même niveau, aucune nouvelle construction additionnelle d’Ocean Fifty n’est autorisée. Cette jauge a contribué au fil des années à renforcer la classe malgré les différences de générations. Pour y entrer, il convient donc d’acquérir déjà un bateau existant. C’est ce qu’a réalisé l’an dernier Sodebo, détenteur du Trophée Jules Verne depuis janvier, en reprenant un bateau construit en 2009 pour son jeune skipper Léonard Legrand.Cette stratégie, appelée « numerus clausus », permet d’homogénéiser la flotte… Et de renforcer le suspense. Il y a un an, lors de la Transat Café L’Or, les trois premiers étaient d’ailleurs tous à bord de bateaux d’anciennes générations : Viabilis Océans mis à l’eau en 2017, Wewise en 2018, Le Rire Médecin Lamotte en 2009. De plus, les Grands Prix disputés cette année n’ont établi aucune hiérarchie claire : il y a eu cinq vainqueurs différents lors des deux premiers actes et seulement quatre points séparent le 1er (Elvest 24 pts) du 3e (Edenred, 20 pts). « La densité de la flotte est impressionnante, le niveau très homogène et on est nombreux à vouloir jouer devant », confie Baptiste Hulin (Viabilis Océans). Si le vainqueur de la Transat Café L’Or reconnaît « avoir quelques points de confiance dans son sac », il sait « que ça peut être ultra serré à l’arrivée et qu’on souhaite tous monter sur le podium ».
Un renouvellement très conséquent
Côté skippers, la classe s’est fortement renouvelée ces dernières années. « Nous avons la chance d’avoir un plateau fabuleux avec des jeunes, des expérimentés, des fougueux et surtout de très bons skippers, résume Thibault Vauchel-Camus (Solidaires en Peloton). Il y a une diversité de profils et ces dernières saisons, nous avons eu la chance d’apprendre à connaître nos bateaux sur le bout des doigts. » Concrètement, il reste les skippers historiques de la classe : Erwan Le Roux (51 ans, Plastic Odyssey Fifty), vainqueur de la Route du Rhum en 2014 puis en 2022, Thibault Vauchel-Camus (47 ans, Solidaires en Peloton), victorieux de la Transat Jacques-Vabre en 2023, ou encore Laurent Bourguès (45 ans). Plus récemment, Luke Berry (39 ans, Le Rire Médecin) en 2023 et Matthieu Perraut (35 ans, Inter Invest) en 2024 ont rejoint la classe.Face à eux, de nombreux jeunes skippers, aussi talentueux que prometteurs : Basile Bourgnon (24 ans, Edenred) qui s’est distingué en Mini et en Figaro (2e de la Solitaire du Figaro en 2023) et a remporté la Dhream Cup en juillet, Erwan Le Draoulec (29 ans, Lazare), vainqueur de la Mini-Transat en 2017, Baptiste Hulin (29 ans, Viabilis), 2e sur la Route des Terres Neuvas, ou encore Pierre Quiroga (32 ans, Wewise), vainqueur de la Solitaire du Figaro en 2021, et Léonard Legrand (32 ans, Sodebo). Par ailleurs, Anne-Claire Le Berre (Upwind by MerConcept) s’apprête à marquer l’histoire en devenant la première fois à disputer la Route du Rhum - Destination Guadeloupe à bord d’un Ocean Fifty.
La Route du Rhum - Destination Guadeloupe sera d’ailleurs une découverte pour la majorité d’entre eux. Thibault Vauchel-Camus et Erwan Le Roux sont les seuls à l’avoir déjà disputé en Ocean Fifty. Matthieu Perraut et Luke Berry y ont participé en 2022 mais en Class40. En somme, sept skippers vont découvrir la mythique transatlantique ! Pour eux, c’est donc un rendez-vous en terre inconnue dans cette course qui marque l’aboutissement d’un cycle de quatre ans. La Route du Rhum - Destination Guadeloupe, qui a bâti sa légende avec l’émergence des multicoques, reste le rendez-vous le plus prestigieux des Ocean Fifty. « Depuis ses débuts, la classe a toujours été pensée pour ces grands sprints océaniques, explique Mathieu Baule, directeur d’Ocean Fifty Sailing. Ça fait partie de son esprit initial, de son histoire et de son ADN. »
La saison est toujours divisée en deux temps distincts : une première partie dédiée aux Grands Prix, des courses en équipage dans des baies fermées qui permettent d’affiner les réglages et de monter en puissance avant une seconde partie consacrée au solitaire. Les skippers ont d’ailleurs débuté ce volet solitaire en participant début juillet à la Dhream Cup, où ils ont pu assurer leur qualification pour la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Ainsi, chacun continue de peaufiner ses réglages, d’affiner sa préparation et de ne rien laisser au hasard jusqu’au grand départ de la Route du Rhum, le 1er novembre prochain. Et tous ont une certitude : le match dans le match entre Ocean Fifty s’annonce palpitant de bout en bout !
Source : M Le Berrigaud
