Lorsque les Class40 quitteront Saint-Malo ce jeudi pour 24 heures de course entre la cité corsaire et les îles Anglo-Normandes, le calendrier aura déjà des airs de compte à rebours. Le 1er novembre, ils seront de retour au même endroit, cette fois pour mettre le cap sur la Guadeloupe. Difficile, dès lors, d’imaginer meilleur moment pour remettre les corps, les bateaux et les automatismes sous tension. Du 3 au 6 septembre, la sixième édition de la 40’ Malouine – La Trinquette réunira quînze équipages autour d’un programme aussi compact que complet : un offshore en double de 24 heures, puis deux journées de régates en équipage dans le cadre du Trophée LodiGroup. Une dernière confrontation officielle avant la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, mais surtout quatre jours pour naviguer, se jauger, valider le travail de l’été et reprendre possession d’un terrain de jeu qui sera bientôt celui du grand départ. À Saint-Malo, septembre aura décidément déjà un petit goût de novembre.
Vingt-quatre heures pour tout remettre en mouvement
Il ne faut parfois qu’une journée et une nuit pour beaucoup apprendre. C’est précisément toute la force de la 40’ Malouine – La Trinquette. Sur un parcours que la Direction de course dessinera en fonction des conditions en Manche, les duos devront composer avec les courants, les effets de côte, les changements d’allure et une succession de bords suffisamment courts pour maintenir les équipages en éveil permanent. Une course condensée, où les manœuvres s’enchaînent et où les écarts se lisent presque immédiatement. Pour Alexis Loison, qui disputera à cette occasion sa toute première compétition à bord de son nouveau Lift V3 Groupe REEL avec Pierrick Letouzé, le rendez-vous tombe à point nommé. « Pour une première course, c’est parfait. Sur 24 heures, avec des bords assez courts, on va rester au contact et pouvoir se comparer. On peut aussi espérer différentes allures, donc beaucoup d’enseignements à tirer. Et puis nous allons naviguer autour des îles Anglo-Normandes, quasiment dans mon jardin : il y avait vraiment toutes les raisons de venir ! » Après plusieurs semaines consacrées à mettre son nouveau Class40 en ordre de marche, le vainqueur de la Solitaire du Figaro 2025 vient surtout chercher ce que seul le chronomètre peut réellement offrir. « Le bateau commence à être prêt. Maintenant, j’ai envie de voir ce qu’il a dans le ventre. Je découvre encore beaucoup de choses, je n’ai pas tous les automatismes et je regarde encore beaucoup mes pieds, comme on dit. Naviguer avec Pierrick va m’aider à progresser plus rapidement. A plusieurs, on apprend forcément davantage. Mais l’idée, clairement, c’est aussi d’être dans le « game ». » Pep Costa partage exactement cette envie de retrouver l’intensité propre à la compétition. Avec Pablo Santurde del Arco, son fidèle co-skipper, le Catalan revient sur une épreuve dont le duo avait pris la deuxième place l’an dernier, malgré un offshore largement remanié en raison d’une forte dépression. Cette fois, il espère profiter pleinement du terrain proposé. « On peut faire beaucoup d’entraînements, mais c’est toujours compliqué de reproduire complètement une course. Là, on retrouve ce mode-là, avec la préparation des jours précédents, la rigueur qu’elle impose et l’intensité sur l’eau. Sur un format aussi court, avec beaucoup de manœuvres et différentes allures, on peut reprendre nos marques très vite et valider ce qui a été fait cet été. » Après plusieurs semaines consacrées à la fiabilisation de VSF Sports, le moment est idéal : assez proche du Rhum pour que chaque réponse compte, mais encore suffisamment éloigné pour conserver une marge de travail. « Aujourd’hui, je suis vraiment serein avec le bateau. Et si nous n’avons pas énormément de vent cette semaine, ce n’est pas plus mal : il faut naviguer, faire de belles régates, mais aussi prendre soin du matériel. L’objectif n’est pas de mettre le bateau dans le rouge avant le Rhum. »Des comptes à régler, des repères à engranger
Si la flotte est plus resserrée qu’espéré, elle ne manque ni de densité ni de motifs de comparaison. Les équipages présents arrivent avec des histoires, des configurations et des objectifs différents, mais tous savent qu’à deux mois du départ de la Route du Rhum, chaque confrontation vaut son pesant d’informations. Quentin Le Nabour et Thierry Chabagny en savent quelque chose. Troisièmes en 2025, les deux hommes repartent ensemble cette année à bord de Bleu Blanc Planète Location et ne cachent guère leurs ambitions. « L’an dernier, on avait terminé deuxièmes sur la grande course et troisièmes au général. Il ne reste donc plus que la première place à aller chercher ! », sourit Quentin Le Nab. Au-delà du résultat, le Malouin voit surtout dans l’épreuve une occasion presque idéale de joindre l’utile à l’agréable. « C’est une course sympa, à la maison, et elle coche énormément de cases. On peut valider les dernières modifications du chantier d’été, passer une nuit en mer au contact, peaufiner les réglages et, juste après, enchaîner avec un bloc d’entraînement prévu avec le centre Orlabay. À quelques semaines du Rhum, c’est exactement ce dont on a besoin. » Le terrain malouin ajoute évidemment une dimension supplémentaire à l’exercice. Courants puissants, îles, cailloux, transitions, mer parfois courte : il suffit de quelques heures pour transformer une régate apparemment compacte en véritable concentré de course au large. Quentin Le Nabour compte d’ailleurs sur Franck-Yves Escoffier pour ne pas laisser les équipages s’endormir. « C’est un super plan d’eau, avec énormément de choses à aller chercher. J’espère qu’il va nous sortir quelque chose du chapeau et qu’on aura presque le goût du sang dans la bouche à force de manœuvrer ! » Derrière la boutade se cache un intérêt très concret : ce sont aussi ces eaux que les solitaires retrouveront dans les premières heures de leur Route du Rhum. « Pouvoir multiplier les enchaînements de nuit, refaire des repères, travailler dans le courant et sur ce plan d’eau-là, c’est toujours bon à prendre avant un grand départ. » La présence de bateaux de générations et de configurations différentes ajoutera encore du relief à la confrontation. Pep Costa pourra notamment se mesurer à plusieurs unités comparables à VSF Sports, tandis que l’arrivée en compétition du Lift V3 d’Alexis Loison attirera forcément les regards. « Il n’y aura pas tout le monde, mais il y aura quand même de très bons clients », résume Pep. La formule dit assez bien l’essentiel. À ce stade de la saison, personne n’a besoin d’une flotte immense pour trouver des réponses : quelques adversaires bien choisis, un parcours exigeant et vingt-quatre heures menées pied au plancher suffisent largement à révéler ce qui fonctionne… et ce qui mérite encore quelques tours de clé.Saint-Malo en septembre, Saint-Malo en novembre
Il y a enfin ce que la 40’ Malouine offre de plus difficile à reproduire ailleurs : Saint-Malo lui-même. Deux mois avant la Route du Rhum, revenir dans la cité corsaire, s’amarrer dans les mêmes bassins, retrouver les courants, les alignements et les habitudes permet déjà de faire baisser d’un cran l’inconnu du mois de novembre. Pep Costa en parle avec une expression qui résume parfaitement l’esprit de cette semaine : « C’est une petite lichette de Rhum avant l’heure ! On reprend nos marques sur le plan d’eau, on enregistre les petits waypoints qui vont bien, on retrouve les lieux. Ce sont des détails, mais tout cela peut enlever un peu de pression lorsqu’on reviendra pour le village du Rhum. » Alexis Loison abonde : « Venir régater ici donne forcément un premier avant-goût. On prend nos marques et on retrouve Saint-Malo : c’est aussi pour ça que cette course est intéressante. » Ce lien avec le territoire fait également partie de l’ADN d’une épreuve créée en 2019 et portée depuis par la Société Nautique de la Baie de Saint-Malo. Pendant quatre jours, la course ne se contente pas de faire évoluer les Class40 au large. Une fois les 24 heures en double bouclées vendredi, changement de registre : samedi et dimanche, le Trophée LodiGroup prendra le relais avec des régates en équipage au cœur de la baie. Les skippers pourront alors embarquer partenaires, membres de leurs équipes ou proches, dans une séquence différente mais tout aussi importante pour les projets. Un moyen d’ouvrir les bateaux, de rapprocher ceux qui les font vivre et de prolonger à terre comme sur l’eau cette culture maritime profondément enracinée à Saint-Malo. Pour Quentin Le Nabour, dont le partenaire Bleu Blanc Planète Location est implanté localement, cette dimension compte pleinement : « C’est aussi une belle course parce qu’on peut faire naviguer nos partenaires le week-end. Pour nous, avec notre ancrage local, elle était forcément cochée au calendrier. » À moins de deux mois du grand saut vers Pointe-à-Pitre, personne ne viendra pourtant simplement faire acte de présence. Alexis Loison veut découvrir jusqu’où peut déjà aller son nouveau bateau. Pep Costa et Pablo Santurde del Arco aimeraient faire mieux que leur deuxième place de 2025. Quentin Le Nabour et Thierry Chabagny savent eux aussi quelle marche leur manque encore. Et tous savent qu’à deux mois du Rhum, il reste encore suffisamment de temps pour apprendre, mais plus beaucoup pour se tromper. La 40’ Malouine – La Trinquette n’est donc pas seulement la dernière course avant le Rhum. Elle est ce moment rare où l’on peut encore essayer, comparer, corriger, attaquer, puis rentrer au port avec quelques certitudes supplémentaires. Une dernière bataille avant la grande. Deux mois plus tard, au même endroit, il ne sera plus question d’essayer.Source : SNBSM
