Tom Laperche, Corentin Horeau, Basile Bourgnon, ... la course continue sur la Route du Rhum

 

Alors que les leaders doublent les Açores ce soir, les Class40 et les Vintage vont voir s’enrouler autour de l’archipel une dépression complexe dans la nuit du 4 au 5 avec des conditions de vent et de mer difficiles. Chaud devant et froid dans le dos, donc ! Au propre comme au figuré, les deux expressions vont comme un gant à cette Route du Rhum Destination Guadeloupe dont la météo n’a pas fini de nous surprendre.

Crédit : R Gladu



L’usure des premières 48 heures menées tambour battant et le passage du thalweg dans le Nord des Açores conjuguent leurs effets. En Ultim et Ocean fifty, l’élastique se tend. Chez les IMOCA, il claque. Le front s’est dérobé devant les étraves et a bloqué net la flotte. Seul rescapé, Corentin Horeau (MACSF) a pris la poudre d’escampette, c’est un premier tournant de la course…

Alors que les leaders doublent les Açores ce soir, les Class40 et les Vintage vont voir s’enrouler autour de l’archipel une dépression complexe dans la nuit du 4 au 5 avec des conditions de vent et de mer difficiles. Chaud devant et froid dans le dos, donc ! Au propre comme au figuré, les deux expressions vont comme un gant à cette Route du Rhum Destination Guadeloupe dont la météo n’a pas fini de nous surprendre.

Les Açores au centre du jeu

Connu pour la beauté de ses hortensias et la douceur de son anticyclone, l’archipel portugais ne fait pas de fleur aux concurrents de la 13ème Route du Rhum Destination Guadeloupe. Le front installé dans son Nord a été facilement passé par les Ultim et la tête de flotte des Ocean fifty. Mais derrière il se dérobe … « Jusqu’à 13 heures, le thalweg se déplaçait vers l’Est et on s’était positionné pour le franchir dans sa zone la plus étroite, au Nord. Et maintenant, il est reparti dans l’Ouest, je pense qu’on n’arrivera pas à le franchir. Ça va se finir au près… » raconte Yann Eliès, routeur d’Anne-Claire Le Berre (Upwind by Mer Concept). Le dernier trimaran à avoir pu franchir le phénomène est Sodebo Fifty en sixième position et ce sont clairement deux groupes qui vont concourir désormais. Les skippers qui ne peuvent pas passer de l’autre côté du phénomène pour accrocher le flux de Nord Ouest sont en effet condamnés à tourner les étraves vers le Sud, contre le vent donc.

La volte face du front fait néanmoins l’affaire des trois retardataires Le Rire Médecin Lamotte, Lazare X Hellio et La French Fab, qui avaient optionné sur la route directe au Sud dès ce matin. Ce deuxième paquet d’Ocean Fifty pourrait retrouver Up Wind by mer concept et se regrouper au niveau de la Zone Vigilance Cétacés, un large périmètre englobant les Açores, qu’ils aborderont par l’ouest dans 24 heures.

Tom Laperche toujours en tête en Ultim

En tête des Ocean Fifty, Basile Bourgnon, tient solidement les rênes de la course avec un matelas qui gonfle et dégonfle au fil des empannages. Il dégage une sensation de maîtrise tout en naturel. et la comparaison avec Tom Laperche en Ultim est tentante. Ces deux-là sont jeunes, et ont en commun de trouver du plaisir dans la difficulté de ces navigations sur le fil du rasoir, propres aux multicoques. « Tous ces enchaînements sont sympas, ça fait travailler les muscles, la tête et le feeling aussi. Je m’éclate ! » s’exclamait ce matin Tom Laperche, bonnet vissé sur le crâne dans le froid de sa capsule bien ballottée par la mer croisée.

Le skipper de SVR Lazartigue a construit en 48 heures une avance de plus 60 milles sur Banque Populaire XI. Louis Burton (Ultim Armand Thierry) a doublé Thomas Coville (Sodebo Ultim 3) qui a eu un petit souci technique. Ces deux-là sont maintenant relégués à plus de 200 milles.

L’affaire n’est pour autant pas réglée, tant le menu qui attend les Ultim est complexe : Ce soir les leaders loffent pour traverser une dorsale* et l’écart s’est déjà réduit. Derrière cette dorsale, ils vont trouver un vent de Sud-Ouest. Ce flux va leur permettre de se repositionner pour chercher un couloir de vent portant mieux organisé que celui dans lequel ils évoluent depuis la nuit dernière. « Il reste près de quatre jours de course, avec de nombreuses transitions et tout peut se passer » dit Sébastien Josse qui fait partie de la cellule routage du Maxi Banque Populaire XI. « Ce n’est pas forcément le premier qui sortira de la dorsale qui gagnera, même si i l’élastique va se retendre. Les conditions de mer sont difficiles avec 3,5 mètres de houle, le matériel peut fatiguer et il y a encore beaucoup d’enchaînements, avec même un finish dans l’arc antillais près du centre d’une dépression ! »

MACSF plein d’assurance !

Le phénomène décrit plus haut pour les Ocean Fifty s’est produit exactement de la même manière en IMOCA. Sauf que chez les grands monocoques, un seul concurrent s’est extirpé du thalweg. C’est Corentin Horeau (MACSF), en train de réaliser un joli hold up, et qui glisse désormais à plus de 20 noeuds sur la route, alors que ses concurrents sont stoppés net. Le compteur défile à toute vitesse et on ne sait pas quand va s’arrêter l’hémorragie - plus de 80 milles ce soir. Corentin a été bien inspiré d’aborder le système par le Sud. Sam Goodchild qui était décalé dans le Nord de la flotte est encore arrêté à 3 noeuds et a rétrogradé à la septième place. Quant à Sébastien Simon (Groupe Dubreuil Air Caraïbes), le plus septentrional des IMOCA est lui aussi au régime sec et cherche la sortie. Bonne opération au classement revanche pour Francesca Clapcich (11th Hour Raing) deuxième ce soir et Boris Herrmann (Malizia 4) qui remonte à la quatrième place !

Class40 : Chaud devant

La tête de flotte est encore très groupée puisque le 10ème Benoit Sineau ( Ekinox-Rhétorès) ne pointe qu’à 30 milles du leader Guillaume Pirouelle (Sogestran Seafrigo). Encore distants de 600 milles des Açores, les petits monocoques évoluent tours en bordure du vaste système de hautes pressions avec un vent irrégulier et une mer formée. Les gennakers vont bientôt remplacer les spis avec le vent qui va refuser. Chacun doit se creuser la tête sur les fichiers pour savoir comment aborder la dépression prévue dans 36 heures, un phénomène assez complexe et inhabituel selon Francis Legoff, le directeur de course : « Elle nait sur l’archipel et reste assez stationnaire, sans glisser dans l’Est. Elle peut générer des vents forts mais sur un laps de temps assez court pour ceux qui l’aborderont par l’ouest, au portant. On attend jusqu’à 4 mètres de mer et il faudra naviguer dans dans un autre état d’esprit que ces deux premiers jours pour se préserver, il ya déjà pas mal de fatigue… Pour permettre à chacun d’affiner au mieux sa trajectoire, nous avons ouvert la Zone de vigilance cétacés qui n’est plus une zone interdite »

Et pendant ce temps-là …

La deuxième partie de la flotte de cette Route du Rhum Destination Guadeloupe continue de glisser au portant avec un joli match en tête des Vintage Mono entre Kieran Le Borgne (Armor Lux-Le Finistère Assurances) qui a repris la tête, juste devant Sidney Gavignet (Le Cigare rouge). Troisième, Tanguy Caradec (Eurvad) mène la valse des trois 50 pieds open. Le dernier d’entre eux, Titouan Pilliard (Use It Again For Youth), a moins de quarante milles d’avance du Swan Alegria. A son bord, Jean Le Cam glisse proche du vent arrière, génois tangonné, minimisant le nombre de milles quand ses camarades de classe multiplient les bords de largue. « Bon rouleur, bon marcheur », dit Jean de son Alegria dans une vidéo. L’expression désignait dans un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre, les carènes creuses, qui se baladaient d’un bord à l’autre comme le contrepoids d’une comtoise. C’est parfois dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

* la dorsale est l’excroissance de l’anticyclone des Bermudes. Le vent s’inverse de part et d’autre d’un axe où il est très faible.

Source : Route du Rhum