La Solidaire du Chocolat / Top Départ de la 1ère édition de la Solidaire du Chocolat

Conditions idéales pour le coup de canon du départ de la première édition de la Solidaire du Chocolat : petite brise portante, mer belle, grand soleil, public nombreux sur les quais de Saint-Nazaire... Mais pour les vingt-quatre tandems qui se sont élancés pour 5 000 milles vers le Mexique à 17h50, les conditions météorologiques vont radicalement changer dès lundi soir...

Crédit : Franck Socha / La Solidaire du Chocolat

À 17h50, le coup de canon libérateur résonnait devant la jetée Est du port de Saint-Nazaire avec une foule compacte le long des quais pour saluer les vingt-quatre duos en route vers le Yucatan. Début de marée descendante et vent de secteur Est de cinq à huit noeuds plantaient un décor idéal pour embouquer le chenal de la Loire et glisser rapidement vers l’eau libre. Le tandem Tanguy de Lamotte-Adrien Hardy (Initiatives-Novedia) était le plus prompt sur la ligne suivi de près par le duo Bruno Jourdren-Bernard Stamm (Cheminées Poujoulat) : les deux équipages choisissaient de partir sous spinnaker tribord amure le long de la plage tandis que le gros de la flotte optait pour le spinnaker bâbord amure pour aller au milieu du chenal, peloton emmené par Damien Seguin et Armel Tripon (Cargill-MTTM) alors que les Chiliens Felipe Cubillos et Daniel Bravo Silva (Desafio Cabo de Hornos) étaient aussi dans le groupe de tête… Et dès ce dimanche soir, le rythme devrait s’accélérer avec le renforcement du vent par le Sud.

Saint-Nazaire en fête
Les premières 24 heures, il faudra en profiter parce que ce qui vient de Terre-Neuve n’est pas folichon… Une grosse dépression vient se caler au large des îles Britanniques et va sérieusement balayer le golfe de Gascogne et le proche Atlantique : au passage du front attendu pour la flotte dès lundi au coucher du soleil, il y aura plus de 35 nœuds de secteur Sud-Ouest avec rafales jusqu’à 50 noeuds, grains de neige, pluie abondante, faible visibilité et surtout mer forte et chaotique ! Et l’accalmie au lever du jour mardi (vingt nœuds d’Ouest) ne sera que de courte durée… Car cette perturbation océanique a la fâcheuse idée de stagner pendant deux jours entre les Açores et l’Irlande, ce qui bloque la situation et va imposer aux navigateurs de composer avec des vents contraires forts et une mer très formée, déferlante et désordonnée.

Crédit : Franck Socha / La Solidaire du Chocolat

Et sous cette dépression, un anticyclone est stabilisé entre les Açores et Madère : les vingt-quatre Class’40 vont donc devoir le contourner car au centre, c’est le calme complet. Et comme pour un obstacle, il y a deux voies : la face Nord jusqu’à l’archipel des Açores et la bordure Est jusqu’aux Canaries… Et avant même que les coureurs quittent le port de Saint-Nazaire en début d’après-midi, certains indiquaient clairement qu’ils « allaient suivre le chemin des barbares », c’est-à-dire viser la route directe qui devrait traverser l’archipel des Açores dès le week-end prochain, tandis que d’autres mettraient « le clignotant à gauche dès le cap Finisterre » paré ! Beaucoup éludaient la question, laissant entendre qu’ils avaient déjà une vision stratégique mais que les circonstances pouvaient aussi faire changer d’avis. Car dans une course, il n’y a pas seulement une définition claire de la route optimale, il y a aussi un suivi tactique qui incite à contrôler ses concurrents…

Choisir son camp
De fait, le choix est aussi fonction des qualités du bateau, certains comme les Pogo-40 ou les Ker-40 ou le Jumbo n’affectionnent pas particulièrement le près, les allures contre le vent et la mer, tandis que la dernière génération comme les plans Rogers, Verdier ou Owen Clarke possèdent la puissance nécessaire pour passer en force dans le mauvais temps. Et un autre paramètre à prendre en compte pour lever le doute sur ces deux options, reste la capacité à supporter des conditions très dures sans casser du matériel et sans éreinter les hommes… Car après le passage du front que toute la flotte va subir de plein fouet dans la nuit de lundi à mardi, la voie açorienne va imposer de tracer la route toute la journée de mercredi dans un flux musclé de plus de trente nœuds de Nord-Ouest : un bord de débridé qui fera naviguer travers à la lame, ce qui est très sollicitant pour les structures du bateau et le gréement. Pendant ce temps, les partisans de la route madérienne pourront glisser dans un régime d’Ouest d’une vingtaine de nœuds, une option plus rapide, plus paisible mais nettement plus longue ! Il faudra donc patienter jusqu’au week-end prochain pour établir une véritable hiérarchie, les uns peinant dans le vent fort et la mer dure au milieu de l’archipel des Açores, tandis que les autres glisseront déjà dans les alizés entre Madère et les Canaries. C’est ensuite que les choses se corsent : y aura-t-il réellement des brises portantes après les Açores ? Y aura-t-il vraiment une rupture des alizés au large des Canaries ? C’est l’incertitude du moyen terme…

Source : La Solidaire du Chocolat