ITW / 55 noeuds pour Armel Le Cléac'h, derrière on veut limiter les dégâts

Les deux leaders foncent à vive allure vers la première porte des glaces de l’océan Pacifique. En passant au sud des îles Auckland, le tandem Gabart – Le Cléac’h n’a pas hésité à traverser le plateau de Campbell. Au risque de rencontrer une mer défoncée. La raison en est simple : sur la limite ouest du plateau, les fonds remontent brusquement de plus de 3000 mètres à moins de 500 mètres. Derrière le duo de tête, l’objectif est avant tout de limiter les dégâts. Quant à Bernard Stamm, il rencontre encore des soucis avec son hydrogénérateur.


Bernard Stamm :"J'arrive en bout d'autonomie"
Credit : B.Stamm

De Jean-Pierre Dick (Virbac-Paprec 3), aux prises avec une mer qu’il qualifiait lui-même de particulièrement difficile, à Javier Sanso (Acciona 100% EcoPowered), tous vont devoir composer avec une mer croisée, ainsi qu’un régime général de vents orientés plein ouest, obligeant les uns comme les autres à multiplier les empannages.


Les marins racontent
Armel Le Cléac’h :"On est passé de 35 à 50 nœuds avec des rafales à 55 en quelques minutes"
"Le vent est toujours bien établi, la mer aussi. Des conditions un peu rock ‘n’roll ! On est passé pas très loin de l’île Auckland et avec la remontée du plateau continental la mer était bien croisée et le vent s’est renforcé ; on est passé de 35 à 50 nœuds avec des rafales à 55 en quelques minutes. Je savais que ça allait se renforcer sur mes fichiers. Quand le vent a commencé à rentrer et la mer à se former, j’ai barré quasiment une heure. Avec François (Gabart), on se voyait un peu dans le brouillard, il m’a envoyé un mail donc j’ai allumé ma VHF mais je n’ai pas réussi à le joindre non plus. On se surveille, je le vois à l’AIS mais ce n’est pas facile de communiquer en ce moment car les conditions sont quand même assez sportives. Mais on reste proche, un coup c’est lui devant, un coup c’est moi."

JP Dick :"Souhaitons que le Pacifique soit plus sympa que l'Indien"
« C'est tambour battant depuis le départ, nous sommes rentrés dans le match très rapidement. Je n'ai pas pris beaucoup de temps pour moi, j'ai lu 10 pages d'un bouquin, écouter un peu de musique mais pas tant que cela finalement. Je vais m'atteler à trouver le bon tempo dans le sud pour récupérer mes 500 milles qui me séparent de la tête de flotte. Ici, le vent est cisaillé et assez fort, je dose entre la prudence et l'excès de zèle. Souhaitons que le Pacifique soit sympa avec mon Virbac-Paprec 3, plus que l'Indien. »

Alex Thomson :"La course ne se gagne pas dans les mers du Sud, mais elle peut s’y perdre."
"Il fait plutôt froid en bas. J’ai un petit radiateur à bord mais il consomme du diesel et comme je suis en période d’économie d’énergie, l’utiliser n’est pas une bonne idée. C’est quand même une sorte de torture d’avoir les moyens de se réchauffer et de ne pas pouvoir le faire ! Ça va quand même pas mal avec toutes mes couches. Devant, la route est plutôt claire et je devrais passer la Nouvelle-Zélande d’ici Noël. Ensuite, ce sera le cap Horn. J’espère et je prie pour que son passage soit rapide, dans de bonnes températures et sans incident. Après mon démâtage à la moitié du Pacifique, je sais comme cette portion de mer isolée peut être dangereuse. L’astuce est de survivre et de passer le cap Horn en un seul morceau. La course ne se gagne pas dans les mers du Sud, mais elle peut s’y perdre."

Toujours en proie à des soucis d'hydrogénérateur, Bernard Stamm :"Ce n'est pas une bonne journée"
" J'ai ralenti un peu pour pouvoir charger avec l'hydrogénérateur. J'arrive en bout d'autonomie et du coup il faut vraiment que j'aménage des moments de charge. Pour moi c'est inquiétant depuis le large du Portugal. Mais c'est d'autant plus inquiétant que jusqu'à présent j'avais assez d'autonomie avec le fioul, mais par contre pas pour traverser le Pacifique. L'hydrogénérateur, passé 20 nœuds, il est prêt à s'arracher. Là je suis entrain de transformer un des hydrogénérateurs cassés pour pouvoir l'immerger à n'importe quelle vitesse, mais c'est loin d'être fait et loin d'être sûr. Aujourd'hui ce n'est pas une bonne journée, j'ai reperdu ma colonne de winch. Là je suis entre 16 et 22 nœuds, la mer est mauvaise. La houle est abrupte et courte. Le bateau part en vitesse avec la vague, mais ne passe pas la vague suivante ".

Dominique Wavre : "La mer est calme – toutes proportions gardées"
"J’ai empanné il y a quelques heures et le ciel est relativement dégagé. La mer est calme – toutes proportions gardées – par rapport à la région dans laquelle nous nous situons, mais ça avance bien. J’ai mis un peu de sud dans mon cap afin de me recentrer. Il y a eu comme on s’y attendait un phénomène d’accordéon avec Jean, Mike et aussi Javier. Nous sommes désormais quatre mousquetaires ; je ne peux pas dire tontons flingueurs car je vois mal quel caractère Javier Sanso interpréterait dans les dialogues de Michel Audiard…"

Classement à 16 h
1 - ARMEL LE CLEAC'H [ Banque Populaire ] à 11517,1 milles de l’arrivée
2 - FRANCOIS GABART [ Macif ] à 2.2 milles du leader
3 - JEAN-PIERRE DICK [ Virbac Paprec 3 ] à 543.9 milles du leader
4 - ALEX THOMSON [ Hugo Boss ] à 916 milles du leader
5 - BERNARD STAMM [ Cheminées Poujoulat ] à 919.8 milles du leader

Source : JP Dick / Dom Wavre / Poujoulat / Vendée Globe