vendredi 14 juin 2019

Abandons et soucis majeurs sur l'étape 2 en raison des puits de foils, l'équipe Bénéteau réagit - La Solitaire

Marquée par trois abandons consécutifs à des problèmes d’entrée d’eau par les puits de foils, cette deuxième étape de la Solitaire Urgo repose un problème qui avait émergé en avant-saison. D’ici dimanche, une équipe de douze techniciens dépêchée par Bénéteau reprend de façon systématique les trappes fautives pour que la course puisse se poursuivre dans les meilleures conditions. Etat des lieux avec Thomas Ruyant, contraint à l’abandon et Marc Vaillier, responsable du projet Figaro 3 chez Bénéteau, sur place à Roscoff.


Credit : Easy Ride


Retour sur les faits

Dans la nuit de lundi à mardi, sur le bord fumant de reaching au Sud de l’Angleterre, plusieurs concurrents ont connu d’importants problèmes d’étanchéïté des puits de foils. Cécile Laguette a été contrainte à l’abandon, ainsi que Thomas Ruyant et Martin Le Pape. Implantés en haut du bordé, les foils coulissent sous le pont à l’intérieur d’une double peau collée sur des cornières et pourvue de deux trappes.

Une grande rectangulaire munie de poignées qui donne accès à la cale arrière, réglable pour agir sur l’incidence. Une petite cylindrique (le même modèle que les trappes de visite des ballasts de Figaro 2) pour l’accès à la cale avant. A noter qu’en navigation, les skippers ne touchent jamais à ces trappes puisque les réglages des foils reviennent au cockpit.


Thomas Ruyant : "Une véritable colonne d’eau de 20 cm de diamètre rentrait dans le bateau"

C’est la fixation de la petite trappe cylindrique qui a posé problème comme le raconte Thomas Ruyant (Advens La fondation de la mer) : « Sur le bord de reaching bâbord amures le long de l’Angleterre, la trappe a commencé à fuir au niveau de son joint de collage sur la paroi. J’avais déjà eu le problème sur l’autre bord en début d’étape. A un moment, j’ai eu la chance de me trouver à l’intérieur sous pilote, la trappe a carrément sauté sous la pression. Comme un bouchon ! 

Ce n’était plus des fuites mais une véritable colonne d’eau de 20 cm de diamètre qui rentrait dans le bateau. Comme un trou dans la coque ! J’ai eu le temps de sortir, tirer la barre pour abattre en grand et limiter la pression en remettant le bateau à plat pour que l’entrée du puits de foil soit hors de l’eau. Martin (Le Pape) qui, lui, était à la barre lorsque c’est arrivé, s’est retrouvé dans une situation plus critique. Moi, le temps de sortir et d’abattre, j’avais déjà de l’eau jusqu’aux batteries qui sont juste en avant du mât »


Etait-ce réparable en mer ?

Plusieurs skippers comme Arthur Levaillant, Damien Cloarec ou Henri Leménicier ont eu aussi pas mal d’eau dans leur bateau mais ont continué leur route en limitant l’angle de gîte, ce qui n’est évidemment pas l’idéal en termes de performances. Avec uniquement du mastic dans la caisse à outil, refixer les trappes n’était pas envisageable sur les bateaux où elles ont carrément sauté puisque les vis avaient été arrachées de la paroi.



Quel est le protocole de réparation ?

Sur les pontons d’ici dimanche, une équipe de douze techniciens de Bénéteau stratifient l’angle entre la double peau et le bordé, recollent les trappes et remplacent les vis par des boulons. Cette opération chronophage est réalisée sur tous les bateaux, même ceux qui n’ont rencontré aucune difficulté. « A chaque modification dans le bateau, il faut qu’elle soit identique pour tout le monde, explique Marc Vaillier.

On a réussi le pari de la monotypie en matière de construction, de poids et de forme puisque les quelques 20 bateaux qui ont été scannés à leur livraison ont révélé des différences inférieures à la capacité de mesure des appareils. Donc, il faut rester à ce niveau d’ exigence. »

Il est probable que les réparations durent jusqu’à la mise en conformité dimanche matin.


Un usage extrême des foils a-t-il pu contribuer aux avaries ? 

L’augmentation de l’incidence du foil qui se fait en le braquant vers l’arrière, augmente en effet la pression de l’eau puisque ce réglage va ouvrir l’orifice au niveau la cale avant. Pour Thomas Ruyant, c’est un non sujet : « En monotypie, on doit pouvoir utiliser le bateau à son plein potentiel, sans se poser de questions de fiabilité » 


Le problème sera-t-il définitivement réglé dimanche ?

En début de saison, le problème d’étanchéité s’est focalisé sur les grandes trappes d’accès à la cale arrière. Une fois résolu, le fusible s’est visiblement déplacé sur les petites trappes avant. Marc Vaillier d’expliquer : « On n’avait pas imaginé les vitesses qu’ont enregistré les bateaux et on se retrouve avec des colonnes d’eau et des pressions qui n’étaient pas prévues. 

La réparation actuelle ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’évolution par la suite mais on s’emploie à sécuriser le système pour tous, afin de terminer la course dans de bonnes conditions. »

Source : La Solitaire