Ian Lipinski et Amélie Grassi prendront le départ de la 3e étape de la Globe40 ce samedi, 5120 milles entre La Réunion et Sydney (Australie). Requinqués physiquement, remontés moralement, les deux navigateurs du Class40 Crédit Mutuel partent pour trois semaines de mer avec l’envie de bien faire.
Après trois semaines d’escale à La Réunion, Ian Lipinski et Amélie Grassi s’apprêtent à prendre le départ de la troisième étape ce samedi 22 novembre à 13h00, direction Sydney. Pour le duo du Class40 Crédit Mutuel, leader encore à 15 milles de l’arrivée, bien mal servi par les jeux des dévents de l’île et du hasard et finalement troisième de l’étape et du classement provisoire, l’heure est à la reconquête. « On est bien énervé, Ian et moi, assène Amélie Grassi. Nous voyons bien les enjeux de cette étape, nous sommes bien chauds, bien motivés ! »
Le temps a fait son œuvre, tout comme l’équipe. Durant les trois semaines d’escale, les deux navigateurs ont privilégié le repos après 30 jours de mer. Il leur a fallu encaisser le coup, rude, d’une contreperformance comptable dans les derniers bords d’une étape de 6900 milles théoriques.
Resté à la Réunion depuis son arrivée le 1er novembre dernier, Ian Lipinski a privilégié le repos et l’accompagnement du travail de Sébastien Picault, le directeur technique du team Crédit Mutuel et de Camille Seasseau, préparatrice émérite. À la veille du départ, finalement, la fatigue avait changé de camp : « Moi ? Oh, je vais bien, s’en amuse Ian Lipinski. On en a bavé sur l’eau, Camille et ‘Pic’ en ont bavé à terre ! » Les deux techniciens n’ont traité pas moins de 92 sujets : réparations, changements de pièces, renforcements, contrôles et pointage de ce qui nécessite une vigilance particulière ont fait leur quotidien trois semaines durant. « Il y avait des sujets d’accastillage, de bouts, des points d’usure, des casses, un délaminage du pavois (partie émergée de la coque) consécutif aux battements d’une écoute (cordage de réglage de l’angle d’une voile), des petites questions d’électronique, de capteurs de vent et du boulot sur les voiles, énumère Ian Lipinski. Rien n’était vraiment très grave, mais il y avait beaucoup de travail à abattre… la sanction logique d’un mois de navigation engagée dans les mers du sud, finalement ». Il fallut aussi trouver une alternative au spi medium qui a fait défaut aux navigateurs dès l’entrée dans les mers du sud. Pour cela, la voile est repartie dans les bagages d’Amélie Grassi et une solution alternative a été trouvée, qui permet au duo d’avoir une garde-robe complète à l’heure d’entamer la troisième étape.
« Seb et Camille n’ont pas arrêté de travailler depuis leur arrivée pour remettre le bateau d’aplomb, poursuit le skipper. 8300 milles parcourus en réel sur une étape, ce n’est pas rien pour un Class40. C’est la première unité d’un nouveau plan qui n’a pas fait de Transatlantique (occasion rêvée pour tester la fiabilité d’un bateau), on s’est beaucoup entraîné, on n’a pas mal régaté… et le bateau est intègre. Mais, forcément, il y a de l’usure ».
Avancer et raison garder
Résolu à penser à long terme, un tiers des points seulement ayant été attribués au départ de la Réunion, Ian Lipinski ne compte pas prendre de risques qui compromettraient la fiabilité du bateau sur le long terme. Son credo est et reste tourné vers le maintien d’un rythme de marathonien, pas de sprinteur : « La problématique reste totalement d’actualité. À mesure qu’on avancera dans la course, les bateaux seront sollicités, donc usés, notamment les jeux de voiles. La densité, on la met en termes de manœuvres, d’investissement, de recherche de trajectoires. On n’a pas été fainéant sur l’eau. On continuera à chercher les bons bords, à ne pas se relâcher, mais on ne peut pas trop pousser le bateau : il faut le faire durer et on restera dans l’état d’esprit qui nous anime depuis le départ. Le travail que Seb et Camille font à chaque étape est une partie importante de la performance, et je pense que la course se jouera aussi sur ce travail de remise en état. On est loin de l’arrivée et l’entretien du bateau, la détection de ce qui peut survenir est au moins aussi primordial que de tirer les bons bords sur l’eau. Sportivement, ça bataille sur l’eau, mais plus ça va aller, plus il va y avoir des choses techniques qui vont infléchir le classement ».Quant aux quatre points de retard sur le leader Belgium Ocean Racing – Curium et son demi-point concédé au team allemand Next Generation Boating – around the World, ils ne bousculent pas la philosophie du skipper : « Je préfère envisager l’étape comme une nouvelle course, avec la volonté de la gagner, comme à chaque fois. Je n’ai pas envie d’adopter la posture du joueur qui a perdu au casino et qui mise plus fort pour rattraper ses pertes. Évidemment, les trois scows sont devant. J’ai le sentiment que, sauf problèmes techniques, la hiérarchie fait qu’il y a, devant, l’équipage belge et nous, et les Allemands juste derrière. Ils pourraient jouer devant, mais j’ai l’impression que ce n’est pas si simple pour eux de tenir les vitesses moyennes que nous affichons. Le Class40 Belgium Ocean Racing – Curium est un très beau bateau, très bien mené. Nous avons, nous, le potentiel pour être devant. Il n’y a pas quarante bateaux à surveiller sur cette course, mais il suffit d’un bon adversaire pour que cela pousse à élever le niveau ».
À 13h00 ce samedi, les huit équipages vont couper la ligne de départ dans un vent de nord qui promet quelques heures de belle glissade au portant avant de s’étioler. C’est par le contournement de l’Australie via les mers du sud que la flotte va progresser. « L’objectif premier sera sans doute de faire du sud pour aller choper les vents du sud, résume Ian Lipinski. Nous sommes bien au nord des systèmes de dépressions du grand sud. On va probablement avoir d’abord des conditions anticycloniques qu’il faudra traverser pour aller récupérer ces dépressions qui circulent autour de l’Antarctique». En théorie, le Class40 Crédit Mutuel et ses rivaux ont à parcourir une route de 5120 milles nautiques, soit 9482 kilomètres. Soit environ trois semaines de mer. « Cela représente plus de temps en mer que les transats qu’on dispute tous les ans, souligne Amélie Grassi. Il va falloir trouver un petit rythme et braver le froid puisque la limite de la zone des glaces descend très bas, jusqu’au 48°S au plus bas. C’est excitant parce que ça va nous mener à des endroits où je ne suis jamais allée : traverser l’océan Indien, passer le cap Leeuwin, glisser sous l’Australie… C’est stimulant !»
Source : EL'DO
