Départ de la Trin'40, Pep Costa, Mikaël Mergui et Guillaume Pirouelle tirent leur épingle du jeu en ce début de course

 

Grand soleil, ciel bleu… On se serait cru en vacances ce vendredi 24 avril au matin sur les pontons trinitains ! Il était pourtant grand temps de partir au turbin pour les 30 marins engagés sur cette première course en solitaire de la saison 2026, dont le départ a été donné à 14 h en baie de Quiberon. Au programme : un parcours de 702 milles vers la chaussée de Sein puis le golfe de Gascogne, et surtout quelques nœuds au cerveau et peu de sommeil en prévision vu la légèreté des conditions annoncées sur les deux premiers jours !

Crédit : M Le Guen


Des jolis bolides alignés dans la baie de Quiberon, une ribambelle de pilotes affutés prêts à attaquer pied au plancher… mais impossible de passer la seconde ! C’est en effet dans un vent d’Est évanescent que les trente concurrents de la Trin’40 se sont élancés, vendredi 24 avril, au ralenti par rapport aux cadences auxquelles ils nous habituent d’ordinaire. Et il va falloir s’habituer à cet éloge de la lenteur, puisque c’est bien sous le signe de la pétole qu’est placée cette première partie de course, ce qui a même obligé la direction de course à raccourcir le parcours pour éviter de voir les trente solitaires s’éterniser en mer.

Mais absence de vent ne signifie pas chômage technique pour les marins, bien au contraire ! Car il va justement falloir régler sans cesse sa monture pour exploiter le moindre souffle, et être particulièrement vigilant sur la lecture du plan d’eau. A la grande loterie d’Eole, il suffit parfois d’un petit décalage astucieux pour toucher un filet d’air qui permet, ô joie, de tendre un peu les voiles et d’allonger la foulée !

A ce petit jeu de patience, l’Espagnol Pep Costa (VHF Sports), mais aussi Mikaël Mergui (Centrakor-Hirsch) ou encore Guillaume Pirouelle (Sogestran-Seafrigo) semblaient tirer leur épingle du jeu en ce début de course, affichant fièrement un petit 0,2 milles d’avance sur le reste de la flotte – c’est peut-être un détail pour vous, mais pour ceux qui triment ça veut dire beaucoup !

Le premier défi de cette Trin’40 sera donc de sortir de la baie de Quiberon, et de garder ses nerfs pour ne pas perdre le fil de la régate ! D’autant plus lorsque les problèmes techniques s’invitent à bord, comme pour Pierre Leboucher (Yelcho) qui, à peine 20 minutes après le départ de la course, signalait déjà quelques soucis d’électronique et un peu de bricolage en cours… mais rien de conséquent visiblement pour le récent détenteur du trophée Jules Verne, qui poursuivait sur sa lancée et tentait lui aussi de s’extirper en direction de la pointe de Quiberon !

Pour les marins, l’épreuve de patience devrait se maintenir tout au long de l’ascension vers la chaussée de Sein, en espérant qu’un petit vent thermique décide au passage de se lever pour abréger un peu leur supplice ! « L’enjeu sommeil va être important sur cette course, résumait ainsi Sasha Lanièce (Alderan) quelques minutes avant le départ, parce qu’il y a vraiment aucun moment où on peut dormir, à part à la fin peut-être, et là on ne dormira pas très bien parce qu’il y aura beaucoup de vent et ça va beaucoup taper ! Donc on verra bien ! »

Une quête du rythme qui va être un sujet particulièrement crucial pour les marins, qui font tous leur retour en solitaire, et même leurs grands débuts pour neuf des trente marins engagés. « Ce sera ma première course en solo sur le bateau, même si je le connais bien puisque j’attaque ma quatrième saison dessus, expliquait ainsi Achille Nebout, skipper d’Amarris et pilier de la Class40. C’est toujours un exercice particulier, et il va falloir être particulièrement vigilant à trouver les bons moments pour s’occuper du bonhomme, parce que ça va monter crescendo et qu’il faudra avoir de l’énergie tout au long de la course ! »

Un constat partagé, même parmi les marins plus aguerris. L’expérimenté Corentin Douguet (SNSM, faites un don !) en plaisantait d’ailleurs quelques heures avant de s’élancer : « Ca fait quatre ans que j’ai pas navigué en solitaire donc je vais voir si je sais encore faire ! Mais l’avantage de mon grand âge c’est que j’ai quelques milles en solitaire au compteur donc je ne suis pas trop inquiet là-dessus, il va falloir trouver les bons moments pour aller se reposer, mais c’est une bonne entrée en matière pour cette saison 2026. »

Une fois la pointe bretonne enfin conquise, les marins pourront alors mettre le cap vers la bouée Assureurs Conseils Bru-Le Merdy, placée par la direction de course dans le golfe de Gascogne. Les conditions vont se renforcer progressivement, jusqu’à atteindre les 25 nœuds en rafale à l’approche de l’Espagne – une zone de navigation toujours piégeuse pour les marins qui s’y aventurent, et requerront, assurément, toute la vigilance nécessaire pour faire les bons choix stratégiques, tout en évitant le trafic maritime.

Alors, seulement, il sera temps de remettre le clignotant vers la maison, pour un bord de près qui s’annonce humide et cahoteux, pour le plus grand plaisir de nos solitaires qui retrouveront le goût de la vie penchée. Cerise sur le bateau, un nouveau front instable pourrait bien mettre à nouveau la pagaille dans les girouettes, et amener, là encore, son lot de pétole à l’approche de la Trinité-sur-Mer. Patience et longueur de temps dont plus que force ni que rage, dit le poète, qu’on aimerait tout de même mettre au défi de faire du solitaire dans cette galère !

Source : F Pouder