Le Tour Voile met le cap vers Larmor Plage demain, Paul Loiseau : « Avant le dernier départ, on avait fait les calculs »

 

Comme la veille, les neuf équipages du Tour Voile ont longtemps scruté la baie de Camaret-sur-Mer dans l'espoir de voir le vent enfin se décider. Les minutes se sont étirées, les bateaux sont restés immobiles et, fait suffisamment rare pour être souligné, les marins ont même reçu l'autorisation exceptionnelle de la Direction de course, en accord avec le corps arbitral, de piquer une tête en attendant que la brise se lève. Puis le scénario a basculé. Le thermique s'est progressivement installé, d'abord timidement, puis avec suffisamment de constance pour transformer la physionomie de la journée. Les spis se sont de nouveau gonflés, les Figaro Beneteau 3 ont retrouvé de la gîte et les équipages ont renoué avec le matossage. La dernière manche, disputée dans près de quinze nœuds de vent, a même offert les conditions les plus soutenues rencontrées jusque-là en parcours inshore. Un véritable régal… sans pour autant rendre le jeu plus lisible.

Crédit : JM Liot

Quand le thermique redistribue les cartes

Au programme figuraient deux parcours construits puis un côtier de onze milles entre Camaret-sur-Mer, la pointe Saint-Mathieu et les Fillettes, à l'entrée du goulet de Brest. Finalement, la Direction de course a préféré remplacer ce dernier par un troisième parcours construit. Le choix s'est révélé payant. Disputée dans une belle brise de nord, cette ultime manche a offert un tout autre visage que les deux premières, longtemps marquées par les oscillations, les différences de pression et une lente rotation vers la droite. Pour autant, le retour du vent n'a pas remis de l'ordre dans la flotte. Bien au contraire. Trois manches, trois vainqueurs différents. Dunkerque – Kiloutou est même passé d'une dernière place à une victoire quelques heures plus tard, illustrant parfaitement la difficulté d'enchaîner les performances dans des conditions aussi évolutives. « Il a fallu s'adapter en permanence. Les parcours étaient régulièrement ajustés, les marques déplacées… Il y avait du match partout et les leaders changeaient quasiment à chaque tour » , a relaté Pierrick Evenou (Dunkerque – Kiloutou). Même constat du côté du team La Réunion. « Dans ce genre de conditions, il se passe toujours quelque chose. Les positions changent sans arrêt et il faut aller chercher les meilleures zones de pression. C'est passionnant », a raconté Lorenzo Palazzi. Dans ce contexte, la vitesse ne suffisait pas. Il fallait aussi accepter de prendre des risques et savoir jouer les bonnes risées au bon moment. « La deuxième manche en a été le parfait exemple », a poursuivi le marin. « On est partis quasiment derniers. On a vu davantage de pression sur la droite, alors on a décidé de jouer ce côté à fond. Si on n'avait pas tenté ce coup-là, on ne serait jamais revenus. Aujourd'hui, il fallait savoir saisir les opportunités. »

Une hiérarchie qui se dessine… sans jamais se figer

Au-delà des trois manches disputées, cette journée a surtout confirmé une tendance : le niveau général continue de grimper. Les rotations d'équipage produisent tous leurs effets, les automatismes se mettent en place et chaque régate se joue désormais à quelques mètres, parfois à quelques secondes. Avec davantage d'air, certains imaginaient que les différences techniques permettraient enfin de creuser les écarts. Il n'en a rien été. Depuis le départ de Cherbourg-en-Cotentin, jamais la flotte n’a semblé aussi homogène. « On sent que tout le monde est désormais parfaitement dans son « Tour » », a observé Paul Loiseau (Région Bretagne – CMB Espoir). « À chaque manche, c'est hyper compact. À chaque bouée, il faut se battre pour gagner une place. Tout le monde navigue super bien. » Le retour d'une quinzaine de nœuds a également changé la mécanique à bord. Après plusieurs jours passés dans les petits airs, plusieurs équipages ont retrouvé un Figaro Beneteau 3 plus physique, qui gîte davantage. Le matossage a ainsi refait son apparition sur plusieurs bateaux, redevenant un élément à part entière de la performance. « Nous, on est restés un peu feignants... On n'a pas déplacé les poids à bord, alors que les Réunionnais l’ont fait » a commenté Paul Loiseau. « Ça explique peut-être pourquoi ils allaient aussi vite au près... Il va falloir arrêter de se reposer sur nos lauriers ! » La plaisanterie fait sourire, mais elle en dit long sur l'état d'esprit qui règne en tête de flotte. « C'est ça qui est génial : les vainqueurs changent d'une manche à l'autre. On est encore loin de pouvoir faire les comptes. »

Un Grand Prix joué jusqu'au dernier bord

Pendant deux jours, Région Bretagne – CMB Espoir et La Réunion se sont rendus coup pour coup. Au moment de faire les comptes, les deux équipages se sont retrouvés à égalité de points. Il a donc fallu les départager grâce à leur résultat dans la dernière manche. Grâce à leur victoire dans cette ultime régate, les Bretons se sont finalement adjugés le Grand Prix de Camaret-sur-Mer. « Avant le dernier départ, on avait fait les calculs », a raconté Paul Loiseau. « On savait qu'il fallait finir devant. À la dernière bouée au vent, ils étaient encore devant nous. Les gars et Lola (Billy) ont fait un énorme boulot sur le dernier portant et on a réussi à les passer juste avant l'arrivée. C'est ce qui nous offre la première place. » Cette victoire permet également à Région Bretagne – CMB Espoir de conforter son leadership au classement général provisoire. Derrière, la lutte reste particulièrement serrée. Dunkerque – Kiloutou conserve la deuxième place, mais PAPREC by Normandy Inshore Program reste au contact. À ce stade de l’épreuve, chaque manche peut encore peser très lourd. « Il va falloir rester concentrés jusqu'au bout, bien récupérer et continuer à prendre le moins de points possible », a ajouté Pierrick Evenou. La meute n'aura d'ailleurs guère le temps de souffler. Sauf évolution des prévisions, la Direction de course prévoit de donner demain à 10h30 le départ de la quatrième et dernière étape de ralliement. Au menu : 168 milles entre Camaret-sur-Mer et Larmor-Plage, via la tourelle de La Plate, dans le raz de Sein, Belle-Ile et puis Groix. Une distance bien différente, un autre exercice… mais sans doute la même histoire. Depuis le départ, le Tour Voile s'applique à déjouer les pronostics. Chaque journée dessine une hiérarchie provisoire avant de la bousculer le lendemain. Rien ne dit que celle-ci fera exception.

Le programme du jeudi 9 juillet 2026

09h45 Appareillage des bateaux
A suivre Signal d’avertissement
10h30 Départ de l’étape CAMARET-SUR-MER - LARMOR-PLAGE

Source : J Cornille