Mi-parcours sur le Tour Voile, journée de repos, "ça fait du bien de souffler un peu"

 

Après vingt courses disputées depuis Cherbourg-en-Cotentin, dont deux étapes de ralliement, les concurrents du Tour Voile ont déjà connu une remarquable diversité de situations : courants à dompter, effets de site, petits airs, longues journées sur l'eau et plans d'eau rarement faciles à lire. Ils ont enfin marqué une pause. Ce samedi 4 juillet, à Plérin, l’heure était au repos, aux réparations, aux échanges à terre et aux premiers bilans. Une parenthèse bienvenue au cœur de la Fête Maritime du Légué, autant pour les marins que pour les bateaux, sollicités sans relâche depuis le coup d’envoi de cette 47e édition. À mi-parcours, Région Bretagne – CMB Espoir mène toujours la danse devant Dunkerque – Kiloutou et PAPREC by Normandy Inshore Program, mais personne n’imagine l’affaire entendue. Il reste une semaine de course, de nouveaux sites, de nouveaux équipages à mettre en place et encore beaucoup de milles à parcourir. Sur le Tour Voile, la première moitié ne sert jamais à couronner un vainqueur. Elle sert surtout à éprouver les certitudes.

Crédit : JM Liot


Une pause, mais pas un arrêt

Sur les pontons, le mot est revenu partout : cette journée off tombait au bon moment. Après une première semaine particulièrement dense, les équipages ont profité de quelques heures sans départ, sans briefing météo immédiat et sans contrainte d’écluse à négocier. « Aujourd’hui, ça fait du bien de souffler un peu, de dormir, de profiter des activités à terre, de discuter avec tout le monde et de faire un premier bilan », a résumé Alexandre Declerck (APCC Centre de Formation). « On est quasiment à mi-course, on a plutôt bien commencé, mais ça commence à piquer un peu. On est contents d’avoir du sang neuf qui arrive pour la suite. » Même constat pour Aurélien Barthélemy (La Réunion), vainqueur la veille du Grand Prix Saint-Brieuc Armor Agglomération. « Ce day-off était presque indispensable. On vient d’enchaîner plusieurs jours à se lever très tôt et à se coucher très tard, avec le jeu des écluses et des marées. On en a profité pour dormir toute la matinée et bien manger. » Une pause sportive, mais aussi une escale différente, au cœur d’un port en fête. « On est arrivés pendant la Fête Maritime du Légué. C’est sympa de découvrir la vie de la ville où l’on s’arrête et de donner de la visibilité à notre sport auprès d’un autre public. » Pour Nils Palmieri (CER – Ville de Genève), cette respiration a aussi permis de s’occuper des machines. « Depuis le début, les bateaux sont hyper sollicités et on n’a jamais vraiment eu le temps de réparer correctement ce qu’il y avait à réparer. Là, ça fait du bien d’avoir une journée avec un peu moins d’horaires à respecter. » Sur le Tour Voile, le repos ne signifie jamais immobilité totale. On dort, on recharge, mais on bricole, on vérifie, on anticipe déjà la suite.

Une flotte qui élève son niveau de jeu

Depuis Cherbourg-en-Cotentin, la flotte a déjà traversé plusieurs décors, plusieurs régimes de vent et plusieurs formes de course. Les marins ont enchaîné les parcours construits, les côtiers, les longues navigations vers Saint-Malo puis Plérin, avec à chaque fois des paramètres différents : courant, effets de site, cailloux, petits airs, vent plus soutenu, arrivées tardives et départs matinaux. De quoi fatiguer les organismes sans jamais entamer l'envie de régater. « Les conditions météo ont été top globalement : du soleil, du vent, des situations variées, du courant à jouer, des cailloux… », a apprécié Alexandre Declerck. « Dans notre team, nous venons davantage du match race, donc les côtiers et les offshores sont un peu moins notre domaine de prédilection. C’est de la découverte, et c’est là que l’expérience transmise par ceux qui ont déjà fait le « Tour » devient précieuse. Pour nous, c’est du bonus et beaucoup d’expérience acquise. » Maé Cottereau (Seiko – Les Étoiles Filantes – Takhys), dont c’est l’anniversaire aujourd’hui, partage ce sentiment d’un début d’épreuve aussi exigeant que stimulant. « Ça s’est sacrément enchaîné depuis le départ. On commence tous à être fatigués, mais c’est aussi pour ça qu’on est venus. La flotte est vraiment groupée, il y a du match, c’est chouette. Nous, on progresse au fur et à mesure du « Tour », et on a encore du sang neuf qui arrive. » À bord de LGC Sailing – Bretagne Plaisance, Noah Guichoux voit lui aussi une flotte plus dense que jamais. « C’est super fascinant d’enchaîner les courses comme ça. Le soir, on est bien fatigués et on dort bien. Mais on progresse ensemble, et c’est aussi le but de l’épreuve. Cette année, il y a peut-être un peu moins de vent que l’an dernier, mais le niveau est beaucoup plus élevé, surtout plus homogène. Ça promet une belle bagarre jusqu’à la fin. »

Des équipages qui se renouvellent pour tenir la distance

À mi-parcours, les rotations deviennent un enjeu à part entière. La fatigue s’installe, les Figaro Beneteau 3 réclament de l’attention, les équipages doivent transmettre les informations, intégrer de nouveaux marins et retrouver très vite leurs automatismes. « La dernière semaine va se jouer sur le temps long », a insisté Alexandre Declerck. « Il faut que les nouveaux arrivants trouvent immédiatement leurs marques. Sur le Tour Voile, on est quatre par étape, donc il faut transmettre les bonnes infos, les petits points de vigilance, les réparations à suivre à ceux qui prennent le relais ou restent à terre. » Du côté de La Réunion, la deuxième moitié de course s’annonce avec ambition. « On a eu un début de « Tour » en demi-teinte, en dessous de nos attentes, mais on sent qu’il y a un gros potentiel de performance pour la suite », a expliqué Aurélien Barthélemy. « Maintenant, il faut muscler notre jeu, augmenter le niveau d’exigence à bord et continuer à bien dérouler à terre pour préserver les équipes. » Du côté de Seiko – Les Étoiles Filantes – Takhys, l’arrivée de nouveaux équipiers est vécue comme une vraie bouffée d’énergie. Et un nom attire forcément l’attention : Corentin Horeau, vainqueur du Tour de France à la Voile en 2018 et de La Solitaire du Figaro 2023, attendu pour le dernier offshore. « On a des nouvelles petites boules d’énergie qui arrivent et on a hâte !», s’est réjouie Maé Cottereau. « Corentin va nous rejoindre pour le dernier offshore. Il y aura plein de choses à nous apprendre et on est trop contents. C’est clairement un gros atout. » Une arrivée qui illustre parfaitement l’esprit du Tour Voile : compétition, transmission, partage et mélange des expériences.

Cap sur Camaret-sur-Mer

La pause n’aura duré qu’un jour. Dès demain, les neuf équipages remettront le pied à l’étrier avec la troisième étape de ralliement de cette 47e édition : 118 milles entre Plérin et Camaret-sur-Mer. Le départ est programmé à 11 heures en baie de Saint-Brieuc. Reste une inconnue de taille : le vent, annoncé très faible en matinée. Si les conditions ne permettent pas de lancer la flotte dans de bonnes conditions, la Direction de course prévoit d’avancer sur le parcours afin de donner le départ dès la première occasion raisonnable. Une chose est sûre : après cette respiration à mi-parcours, le Tour Voile peut désormais reprendre son cours. La seconde moitié de l'histoire commence. Devant, Région Bretagne – CMB Espoir, Dunkerque – Kiloutou et PAPREC by Normandy Inshore Program ont pris une légère avance. Derrière, les écarts restent faibles et les ambitions intactes.

Le programme du dimanche 5 juillet 2026

10h Appareillage des bateaux
10h10 SAS de sortie
11h Départ de l’étape de ralliement entre Plérin et Camaret-sur-Mer

Classement


Source : J Cornille