La première édition de The Ocean Race Atlantic restera dans les mémoires pour les conditions brutales des cinq premiers jours de course, qui ont vu le tout nouveau Malizia 4 dominer, avant de céder la tête de flotte à 11th Hour Racing.
Crédit : B Sellier - Wind4Production / DMG Mori
Ce sprint transatlantique de 3 200 milles nautiques, parti d'une ligne virtuelle à 120 milles au large de New York, entre désormais dans sa seconde phase, avec 1 200 milles restant à parcourir pour les leaders. Le vent fort et la mer formée d'une dépression atlantique rencontrés durant les premiers jours de course laissent maintenant place à des conditions plus légères et donc techniquement plus complexes, à mesure que les leaders abordent une zone anticyclonique qui va dominer jusqu'à l'arrivée à Lorient, en Bretagne.
Ce matin, Francesca Clapcich et son équipage sur 11th Hour Racing bataillent fort contre Paul Meilhat et son équipe sur United by the Ocean. En effet, ces derniers ont réussi à réduire l'écart dans un vent plus léger et sont maintenant au coude à coude pour prendre la tête du classement.
Sur le tracker, les deux bateaux sont pratiquement l'un sur l'autre, avec le nouveau DMG Mori Global One, dessiné par Guillaume Verdier, qui réduit peu à peu l'écart à seulement une vingtaine de milles derrière. Team Malizia, skippé par Boris Herrmann et handicapé suite à une collision, profite lui aussi d'un flux d'air plus soutenu : à 50 milles du leader, mais six nœuds plus rapide.
Si ces quatre bateaux se disputent encore la victoire, un fossé d'environ 300 milles sépare le groupe de tête d'Embrace the Challenge, l'IMOCA d'Oliver Heer, victime hier d'une avarie de grand-voile lors d'une prise de ris dans la tempête. Plus loin encore, à environ 110 milles, Conrad Colman et son équipage néo-zélandais sur MSIG Europe, seul bateau à dérives de la flotte de six bateaux, semble voir une occasion de s'emparer de la cinquième place.
Après un bref épisode de petit temps au départ, la course a été dominée par du reaching sous vent fort, dans une mer de plus en plus formée. Parmi ceux qui suivent cette bataille figure Sam Goodchild, actuel leader des IMOCA Globe Series, vainqueur de la 1000 Race en ouverture de saison et deuxième de la Vendée Arctique.
Marin expérimenté, Sam Goodchild a lui-même été marqué par la dureté de cette course pour les hommes et les machines. « Ce qui frappe, en regardant depuis la terre, c'est à quel point ça a l'air impitoyable, et ça l'a été », a-t-il confié à la Classe. « Du vent fort en continu, et une intensité rare. »
Sam Goodchild connaît ce parcours : il y a établi un record de distance en 24 heures en 2023, lors de la leg 5 de The Ocean Race, sous les couleurs de Holcim-PRB. Mais selon lui, cette traversée a été bien pire. « On dirait qu'ils ont eu des conditions particulièrement difficiles par rapport à la normale. Un vent très instable devant le front météo, et une mer très dure d'après ce qu'on en dit. Sur la transat qu'on avait faite avec Holcim-PRB, on avait une mer plate et des conditions magnifiques. »
En attendant son nouveau bateau aux couleurs de MACIF, un plan Guillaume Verdier dont la mise à l'eau est prévue au printemps prochain, Sam Goodchild suit de près la performance des deux nouveaux IMOCA de la flotte : Malizia 4 et DMG Mori Global One. Il se montre particulièrement impressionné par Malizia 4, dernier-né du cabinet d'Antoine Koch.
« Malizia a été très impressionnant depuis la mise à l'eau, c'est leur deuxième bateau neuf. Ils ont une équipe très organisée, ils préparent ça depuis longtemps, et ils ont fait un travail remarquable pour être opérationnels tout de suite et régler les petits soucis au fur et à mesure », explique-t-il.
« À bord, c’est aussi l'un des équipages IMOCA les plus expérimentés de la flotte, avec Justine Mettraux, Julien Villion et Cole Brauer aux côtés de Boris Herrmann, donc les voir devant n'a rien d'une surprise. Leur bateau est une évolution de ce qu'on navigue depuis cinq ou six ans, ils ne sont pas en train de découvrir comment le faire fonctionner. On voit qu'ils savent faire. Dans ce cas-là, on peaufine les détails, mais 95% du travail est déjà acquis. Donc les voir en tête ne m'étonne pas. »
Pas de surprise non plus, selon lui, à voir 11th Hour Racing à l'avant de la flotte après le repli de Malizia 4, avec un équipage mené par Francesca Clapcich. Avec Will Harris, équipier à bord, ils avaient terminé deuxièmes l'an dernier sur la Transat Café L'OR. Quant à Paul Meilhat sur United by the Ocean (l'ex-Biotherm), le skipper franco-britannique le décrit comme un « métronome », résumant ainsi sa régularité au plus haut niveau, course après course.
Concernant DMG Mori Global One, Sam Goodchild reste prudent sur le potentiel du bateau. L'équipage mené par le Japonais Kojiro Shiraishi, avec Nico Lunven et Sam Davies, a démarré la course en retrait sur ce nouveau plan Verdier doté d'une bosse de carène sur toute la longueur de la coque, mais a progressivement trouvé son rythme et pourrait encore jouer la victoire.
Maintenant que les vitesses chutent et que la tête de flotte entre dans la bordure anticyclonique, Sam Goodchild pense que le mode survie va laisser place à une vraie course, ce qui devrait donner une meilleure idée des performances relatives des bateaux.
« Ça ne va pas rester un largue tribord amure jusqu'à l'arrivée », dit-il, « donc il va se passer plus de choses. On pourrait commencer à voir davantage d'écarts de performance, parce que jusqu'ici, dans une certaine mesure, c'était un peu du mode survie, "on va à la même vitesse que les autres et on ne casse rien" plutôt que "on met la gomme et on voit ce qui se passe." Donc quand la mer et le vent vont baisser, on devrait voir un peu plus de différences dans les moyennes. »
Source : IMOCA