Barcelona World Race / Du dur avant le "cap dur"

À 1150 milles du cap Horn au dernier classement, Virbac-Paprec 3 suivi de près par MAPFRE qui n’est toujours pas localisé, a entamé sa grande descente vers le rocher mythique au pas de charge. L’approche de la prestigieuse et redoutable sentinelle de la Terre de Feu ne fait pas mentir sa réputation : c’est bien au rythme et au ton de deux tempêtes que les deux équipages vont se libérer des griffes du Pacifique pour rejoindre les eaux du détroit de Drake. De l’autre côté du plus vaste océan, Forum Maritima Catala, en approche du cap Farewell, peine à se libérer des calmes de la mer de Tasmanie pour rejoindre Wellington où il est attendu demain matin pour une escale de 48 heures…

Crédit : Groupe Bel

Slalom entre deux tempêtes pour le schuss final
Propulsés actuellement par un fort flux de sud-ouest généré sur le talon gauche d’une dépression en poste au large des côtes chiliennes, les deux leaders dévalent à un train d’enfer les latitudes qui séparent l’ultime porte de sécurité du Pacifique du légendaire rocher noir situé par 55° Sud et 67° Ouest. Flashés à 20 nœuds sur le dernier classement, Jean-Pierre Dick et Loïck Peyron, à l’instar de leurs poursuivants, ont en effet entamé une course-poursuite avec un troisième adversaire de taille : un second centre dépressionnaire très actif, qui se forme actuellement dans leur sud-ouest sous les latitudes extrêmes de l’Antarctique. Selon les prévisions, cette tempête musclée doit débouler au large de la Terre de Feu dans 72 heures, à l’heure où ces deux premiers bateaux sont attendus pour saluer le cap mythique et planter leur étrave au nord. Avec des vents soutenus de nord-nord-ouest, il s’agit donc pour eux de rester à l’avant de cette copieuse dépression conforme aux tempêtes qui lèvent des vagues énormes et font toute la légende du cap Horn – le « cap dur » ou le « cap tempête » comme on l’appelle aussi - à la frontière du Pacifique et de l’Atlantique.
À bord de Virbac-Paprec 3, Jean-Pierre Dick tenant du titre après sa victoire sur la première édition de cette grande régate planétaire aux côtés de Damian Foxall - sauf retour en force des champions olympiques de MAPFRE dont la capricieuse balise se plaît à entretenir le suspense - s’apprêtent encore à goûter à la primeur des honneurs du rocher mythique. Pour mémoire, le skipper niçois avait laissé le grand désert liquide et le continent blanc dans son sillage après 59 jours 18 heures et 20 minutes de course. Sur cette édition, le parcours est rallongé de 600 milles par les portes de sécurité qui ont évité aux équipages de progresser au milieu des icebergs. En ce 59è jour de course, et après deux escales dont une de 48 heures à Wellington, on mesure donc que Virbac-Paprec 3 n’a décidément pas traîné en si bon chemin depuis le départ, le 31 décembre dernier, de Barcelone.

Renault ZE redémarre
En milieu de flotte et du Pacifique Sud, le vaste anticyclone qui avait pris ses quartiers au niveau des 140° Ouest et sur lequel butait, depuis hier, Renault ZE s’affaiblit. Aux prises avec des vents plus légers, Pachi Rivero et Tonio Piris, ont vu leurs poursuivants revenir dans leur tableau arrière comme en témoignent les 44 milles qui les séparent de Neutrogena, ou encore les belles moyennes de Mirabaud, qui a profit de son décalage au nord pour réduire les écarts. Pour autant, après ce resserrement de la flotte sur un air d’accordéon, des vents de nord-ouest et ouest vont permettre à tout ce petit monde de rallonger, sur un tempo plus soutenu, la foulée dans les heures à venir.
Dans ces quartiers océaniques, Groupe Bel et Estrella Damm ont désormais repris du poil de la bête dans des vents de nord d’une vingtaine de nœuds. Kito de Pavant et Sébastien Audigane viennent de s’acquitter de leurs obligations quant à la deuxième porte de sécurité. Ils sont suivis, 60 milles derrière, par Pepe Ribes et Alex Pella qui ont dû cravacher pour accrocher le même système. Plus au nord, et depuis leur sortie de la tempête Atu, l’écart d’une cinquantaine de milles reste aussi assez stable entre Gaes Centros Auditivos et Hugo Boss.

Sur la Méditerranée des antipodes…
Si tous les équipages profitent aujourd’hui de conditions favorables pour avaler les milles, ce n’est pas la même histoire dans l’ouest de la Nouvelle-Zélande où règne des petits airs majoritaires. La note est salée pour Forum Maritima Catala, dont le speedo peine à dépasser les 7 nœuds dans les dernières longueurs qui le séparent du détroit de Cook et de Wellington où il doit faire escale. Même topo et même punition pour Central Lechera Asturiana. Juan Merediz et Fran Palacio, qui ont parcouru 84 milles sur les dernières 24 heures, n’ont que le souffle de leur exaspération pour gonfler leurs voiles au beau milieu de la mer de Tasmanie. À l’instar de Groupe Bel et Estrella Damm, ils connaissent le pire dans les calmes lancinants de la mer de Tasmanie, décidément très capricieuse. Après la pétole molle qui met les nerfs de ces deux équipages à très rude épreuve, elle promet de montrer qu’elle aussi elle sait passer d’un extrême à l’autre avec l’arrivée d’une dépression très active venue de l’ouest australien avec son cortège de vents d’ouest-nord-ouest. De quoi propulser demain We are Water vers la pointe de Farewell à belle cadence. De la molle pour les uns, un coup de vent pour les autres : à croire que cette mer de Tasmanie… c’est la Méditerranée des antipodes !

Ils ont dit
Ryan Breymaier (Neutrogena) : « Je pense que nous avons profité de la brise montant derrière nous, tandis que devant Renault ZE avait sans ans doute un vent moins fort que nous. Mirabaud a fait la même chose que nous. La pression devrait diminuer sur la route et dans les prochaines 3 ou 4 heures nous devrions tous avoir le même vent. C’est super d’avoir finalement rattrapé nos amis espagnols ; Je pensais que nous allions les avoir lorsque nous avons quitté Gibraltar, mais non ils se son envolé, je m’arrachais les cheveux ! Du coup là c’est vraiment bon d’être de retour ! Il fait froid et le vent a donc prévu de monter un peu et de tourner plus à l’ouest. Cela nous donnera une bonne vitesse vers la porte de glaces. Nous n’avons plus de problème avec le dessalinisateur. On verra si on reproduit notre petit rituel du passage de l’équateur pour fêter le passage du Cap Horn. Un cigare, un peu de whisky. Nous avons également des déguisements aussi, des fusées. Nous sommes prêts ! »

Ludovic Aglaor (FMC) : « Nous sommes à 60 milles de la pointe de Farewell et ensuite à une bonne centaine de milles avant d’arriver au détroit. Nous devrions toucher un peu plus d’air et devrions arriver demain midi en Nouvelle-Zélande. On ne sent pas la terre car le vent vient de la mer malheureusement. Mais dans la nuit on va bien se rapprocher de la pointe. Pendant les 48 heures d’escale, on va faire le tour du bateau avec Stew qui est un Néo-Zelandais qui fait partie de l’escuderia à Barcelone. Ensuite nous allons nous attaquer au problème de désalinisateur et à la drisse de grand voile. Le but c’est d’avoir un bateau totalement revisité et refait. Une bonne sieste va primer en arrivant, c’est vraiment l’urgence. En nourriture ça va. On va refaire le plein surtout en café, le lait en poudre, du thé. Des choses comme ça. J’ai encore un peu de tabac, ça va, mais plus de feuilles. Alors j’ai fabriqué une pipe, faite avec une aiguille à épisser et une tête de clé à mollette. Elle est tout simplement superbe et fonctionne très bien d’ailleurs, par contre je ne fume jamais à l’intérieur du bateau de toute manière. »

Kito de Pavant (Groupe Bel) : « Nous nous concentrons sur la suite ! Cela va vite cette nuit, nous avons 25 nœuds de Nord et Groupe Bel progresse entre 18 et 20 nœuds sous grand voile et trinquette. Cela mouille beaucoup sur le pont. A ce rythme-là, nous devrions être dans 8-9 jours au Cap Horn qui est à moins de 3000 milles. Ce cap est un vrai mythe, mais je me rends compte que c'est surtout la route pour y arriver que c’est difficile ! Ensuite, il restera 7000 milles vers Barcelone. Il sera temps de saisir quelques opportunités, il y aura peut-être des coups à jouer en Atlantique

Classement du 28 février à 15 heures (TU+1) :
1 VIRBAC-PAPREC 3 à 8027,3 milles de l’arrivée
2 RENAULT ZE à 1423,7 milles du leader
3 NEUTROGENA à 1467,8 milles
4 MIRABAUD à 1607,5 milles
5 GROUPE BEL à 1922,8 milles
6 ESTRELLA DAMM à 1980,9 milles
7 HUGO BOSS à 2294,9 milles
8 GAES CENTROS AUDITIVOS à 2350,7 milles
9 FORUM MARITIM CATALA à 3677,5 milles
10 CENTRAL LECHERA ASTURIANA à 4128,8 milles
11 WE ARE WATER à 4656,8 milles
NL MAPFRE
ABD FONCIA
ABD PRESIDENT

Explications concernant l’impossibilité de géo-localisation de MAPFRE :
Il y a deux principaux systèmes de localisation. Le principal qui est automatique, est envoyé par une balise iridium qui génère un signal toutes les 30 minutes. C’est le système primaire. Chaque bateau a, à son bord, trois balises iridium qui possèdent une source d’énergie totalement indépendante du système d’énergie du bateau (via batterie). Le second système de localisation est le Sat C qui peut être interrogé indépendamment en remplacement du système principal, il est branché au système d’alimentation du bateau. A l‘heure actuelle, MAPFRE a des problèmes sur le système iridium et leur système de position par le Sat C n’envoie qu’un signal intermittent.
L’équipage espère remplacer son émetteur rapidement.
Aux dernières nouvelles, ils devraient réapparaitre au classement de 20h.

Source : Barcelona World Race