JO / Pas de planche à voile en 2016, place au Kite Surf

C’est un coup dur pour le monde de la planche à voile. La Fédération Internationale de Voile (ISAF) réunie pour son Mid-Year Meeting en Italie a voté aujourd’hui par 19 voix contre 17 l’éviction de la planche à voile au profit du kite surf, que ce soit chez les hommes ou chez les femmes. Ce changement dans les séries olympiques sera effectif dès les Jeux Olympiques de Rio en 2016. « Nous n’étions pas opposés à l’arrivée du kitesurf, mais pas si vite, et surtout pas à la place de la planche à voile » tempête Jean-Pierre Champion, Président de la FFVoile qui milite pour la diminution du nombre de dériveurs. 

Le kitesurf, sport en plein développement frappe depuis longtemps à la porte de l’ISAF mais une nouvelle pratique - quelque soit le sport - est souvent d’abord admise en observation pour permettre à chacun de s’y adapter et il est rare qu’un choix soit fait de manière aussi brutale. Dans les faits, les planches à voile seront exclues, dès l’année prochaine, de la Sailing World Cup et remplacées par les ailes de kite, notamment sur l’étape française de la Coupe du Monde : la SOF. Les Neil Pryde RS :X, planches à voile olympiques depuis Pékin 2008, ont donc perdu, aujourd’hui même une grande partie de leur valeur. Cette décision est lourde de conséquence pour la France, nation du windsurf par excellence.

Depuis 1984 et l’arrivée de la Windglider aux Jeux de Los Angeles (uniquement pour les hommes), les véliplanchistes tricolores ont rapporté deux médailles d’or, une médaille d’argent à la France et un nombre incalculable de titres et de podiums planétaires. Médaillé d’argent et champion du monde en titre, Julien Bontemps est un peu abasourdi par cette décision. Il pense aux clubs et aux pôles d’entraînement qui investissent depuis 30 ans dans la planche à voile. « C’est une sacrée claque pour toutes ces structures » explique Julien, avant de conseiller aux jeunes qui avaient Rio en ligne de mire de « rebondir très vite ». A 32 ans, le Nantais n’envisage pas de se convertir au kitesurf alors que certains, à l’image de Faustine Merret, ne désespèrent pas que cette décision soit remise en question un jour ou l’autre : « J'espère que comme le catamaran Tornado sorti il y a quatre ans mais qui revient avec un support différent la planche retrouvera sa place » explique la championne olympique de 2004.

La décision de l’ISAF soulève une autre question, celle de la délégation de l’Etat. Depuis près de 10 ans, le kitesurf, considéré comme un cousin du parapente, est sous la tutelle de la Fédération de Vol Libre (FFVL). La FFVoile a toujours contesté ce choix unique au monde qui se révèle aujourd’hui problématique puisqu’elle est la seule, en tant que membre de l’ISAF, à pouvoir sélectionner les athlètes aux Jeux Olympiques.

Au-delà de cette annonce importante, ce mid-year meeting a permis de confirmer des décisions prises plus tôt. Le Star, quillard à deux équipiers, réalisera lui aussi son dernier tour de piste à Londres au même titre que l’Elliot (match race féminin) alors que deux nouveaux supports entrent en lice : le Mackay FX et le Nacra 17. Le premier est un skiff féminin et n’est autre qu’un 49er avec un gréement plus raisonnable alors que le Nacra 17 est un catamaran de 17 pieds dédié aux équipages mixtes. Du côté de la FFVoile, on a déjà acheté de quoi naviguer en Mackay et on passera commande, dès lundi, de Nacra 17 pour permettre aux tricolores de préparer, dès aujourd’hui, les Jeux de Rio.

Interview de Jean-Pierre Champion, Président de la FFVoile :
« Nous ne sommes pas contents car nous n’étions pas opposés à l’arrivée du kitesurf, mais pas si vite et pas de cette manière. Nous n’envisagions surtout pas que le kitesurf remplace la planche à voile. On va maintenant rentrer dans une phase de réflexion. Nous allons conserver nos championnats de France et les régates internationales de planche à voile mais le graal olympique n’est plus au bout du chemin. Qu’allons-nous donner à nos jeunes talents ? Pour Julien et Charline (Bontemps et Picon, sélectionnés en planche à voile, ndlr), la préoccupation doit rester d’obtenir une médaille aux Jeux et je ne me fais pas de soucis pour eux, ils sont talentueux. Mais c’est plus gênant pour les jeunes à l’image de Louis Giard, Thomas Goyard, Louis Benoit-Hug ou Hélène Noesmen chez les filles. C’est l’ensemble de la pratique qui est à revoir. Il y a quelques grands clubs dédiés à la planche à voile. Que fait-on pour eux ? On va discuter avec les autres grands pays du windsurf comme l’Italie, la Grande Bretagne, etc…

Le kite est de la voile, c’est donc à l’Etat de réfléchir à ce qu’il a fait en le laissant à une fédération de montagne (la FF Vol Libre, ndlr). Il faut que la fédération en charge du kite soit affiliée à l’ISAF et il n’y a que la FFVoile. Dans les autres pays, la question ne se pose pas et le kite dépend de la fédération nationale de voile. En France, cette décision a été purement politicienne.
»

Interview de Julien Bontemps :
« C’est décevant pour toutes les structures en place en France et pour les jeunes. Economiquement, ça va être très dur. C’est une sacrée claque. La planche à voile correspond à 30 années d’investissement et certains sites ont été aménagés pour la planche et ne pourront pas s’adapter au kite. A La Rochelle ou à Brest, les planchistes sortent dans le port, on ne peut pas envisager ça avec le kite et des fils de 40 mètres de long. A titre personnel, je n’avais pas évacué de participer aux Jeux de 2016 mais ce ne sera certainement pas en kite. C’est vraiment une grosse surprise ».

Les supports olympiques aux Jeux de Rio en 2016 :
Kitesurf Homme
Kitesurf Femme
Dériveur Solitaire Masculin – Laser
Dériveur Solitaire Féminin – Laser Radial
Dériveur Solitaire Masculin (Lourd) – Finn
Dériveur Double Masculin – 470
Dériveur Double Féminin – 470
Skiff Masculin – 49er
Skiff Féminin – 49er FX (ou Mackay FX)
Multicoque double mixte – Nacra 17


Source : Effets Mer / FFV