Le point Vendée Arctique de Yoann Richomme : « Franchir le cercle polaire, un véritable casse-tête pour les skippers »

 

Alors que la troisième édition de la Vendée Arctique bat son plein et que les leaders de la flotte approchent désormais du point de passage situé sur le cercle polaire arctique, Yoann Richomme, skipper de Paprec, suit avec attention l’évolution de la course.

Crédit : J Champolion



L’ancien dauphin du Vendée Globe s’est particulièrement penché sur les conditions météorologiques qui attendent les concurrents dans cette phase décisive de l’épreuve. Selon lui, plusieurs options stratégiques pourraient s’offrir aux marins une fois le cap du cercle polaire franchi et le retour vers Les Sables-d’Olonne engagé.L’ancien dauphin du Vendée Globe s’est particulièrement penché sur les conditions météorologiques qui attendent les concurrents dans cette phase décisive de l’épreuve. Selon lui, plusieurs options stratégiques pourraient s’offrir aux marins une fois le cap du cercle polaire franchi et le retour vers Les Sables-d’Olonne engagé.

Après trois jours de mer, Sam Goodchild, à bord de MACIF Santé Prévoyance, conserve les commandes de la flotte. Le franco-britannique n’est plus qu’à environ 260 milles nautiques du cercle polaire et dispose d’une avance d’une cinquantaine de milles sur sa poursuivante immédiate, Élodie Bonafous (Association Petits Princes-Quéguiner).

Derrière ce duo de tête, Violette Dorange (Initiatives-Cœur) occupe la troisième place à 67 milles d'Elodie Bonafous. Ambrogio Beccaria (Allagrande MAPEI) pointe au quatrième rang, à 33 milles, soit 161 milles derrière le leader. Francesca Clapcich (11th Hour Racing) complète le Top 5, à seulement sept milles de l’Italien. Après deux journées éprouvantes passées à haute vitesse dans un flux soutenu d’ouest-nord-ouest, les conditions se sont quelque peu assagies. Les leaders en profitent pour récupérer alors qu’ils naviguent entre les îles Féroé et les Shetland.

Plus au sud, Arnaud Boissières (April Marine-Recherche Co-Partenaires) et Nico d’Estais (Café Joyeux) viennent de dépasser la pointe nord de l’Irlande, tandis que Manuel Cousin (Coup de Pouce), huitième, remonte encore la côte irlandaise.

Une dépression au cœur des stratégies

Selon Richomme, ces conditions plus maniables devraient se maintenir dans les prochains jours. La progression vers le cercle polaire puis le retour vers la France seront largement dictés par une dépression quasi stationnaire positionnée à l’ouest de la Norvège.

« Dans l’ensemble, ils devraient bénéficier de conditions relativement confortables, même si les premiers pourraient connaître une journée ou une demi-journée à près de 35 nœuds avant d’atteindre le cercle polaire », explique-t-il.

La particularité du parcours réside dans la liberté laissée aux skippers quant au point exact de franchissement de la ligne du cercle polaire. « Comme ils peuvent la couper où ils le souhaitent, cela ouvre de nombreuses possibilités. Mais, à première vue, il semble plus simple de la franchir à l’est », poursuit-il. « Ils devront choisir soigneusement leur point de passage, enchaîner quelques virements de bord et changements de voiles afin de trouver la meilleure trajectoire pour le retour. »

Reste que la traversée de la zone dépressionnaire demeure difficile à anticiper. « Ils vont naviguer à proximité du centre de la dépression avant de repartir vers le sud. Certains pourraient même redescendre par son flanc ouest. Mais la réalité, c’est que la météo reste très incertaine, même à 48 heures », souligne le skipper de l'IMOCA Paprec. « Les modèles divergent sensiblement et la position exacte du centre de la dépression reste floue. Cela aura une influence directe sur les choix stratégiques du retour. »

Le Canal du Nord*, raccourci tentant mais piégeux

C’est précisément là que la course pourrait devenir particulièrement intéressante. Pour Yoann Richomme, une descente vers le sud par l’est de l’Écosse et la mer du Nord paraît peu réaliste. L’option privilégiée devrait donc être un retour par l’ouest des îles Britanniques, avec toutefois une alternative séduisante : emprunter le Canal du Nord*, entre l’Irlande du Nord et le sud-ouest de l’Écosse, avant de plonger dans la mer d’Irlande. « Au premier regard, on est naturellement tenté de passer à l’intérieur du Canal du Nord. C’est beaucoup plus court que de contourner l’Irlande et quasiment en ligne droite », analyse-t-il.

Mais ce raccourci comporte aussi son lot de pièges. « En y réfléchissant davantage, certains pourraient finalement préférer l’éviter à cause du trafic maritime, des zones de dévent ou encore des bancs de sable. Il y a beaucoup d’éléments à gérer. En revanche, si la flotte se scinde entre plusieurs options, ce sera passionnant à suivre. »

Élodie Bonafous impressionne
Parmi les marins qui ont retenu son attention, Richomme cite volontiers Élodie Bonafous, actuelle deuxième. « Je trouve qu’Élodie réalise une très belle course, au moins depuis le passage de l’Irlande. Avant, c’était plus mitigé. Mais depuis, elle a clairement accéléré le rythme, notamment depuis hier après-midi. J’espère que nous assisterons à un vrai duel avec Sam avant l’arrivée. »

Le plongeon spectaculaire de Beccaria

Autre épisode marquant de cette Vendée Arctique : l’intervention spectaculaire d’Ambrogio Beccaria mardi après-midi. Le skipper italien a dû plonger au pied de sa quille afin de dégager un casier à homard ou un filet de pêche qui immobilisait son bateau. Une opération intégralement filmée par plusieurs caméras embarquées.

« C’est une manœuvre particulièrement délicate », rappelle Richomme. « Le bateau reste retenu par le cordage et le filet, eux-mêmes ancrés au fond. On ressent alors fortement les effets du courant. Rejoindre la quille puis remonter à bord n’a rien d’évident. C’est une situation potentiellement dangereuse, mais parfois on n’a pas d’autre choix. »

Avant de saluer les qualités du navigateur italien : « Ambrogio est quelqu’un de formidable et un excellent marin. Il ne brille pas encore totalement aujourd’hui, mais il finira par atteindre le plus haut niveau. »

L’abandon de Corentin Horeau suscite des interrogations

Richomme a également suivi de près l’avarie qui a contraint Corentin Horeau (MACSF) à abandonner. L’incident concerne la fixation de l’amure sur l’étai du J3, un point structurel du bateau, anciennement connu sous le nom de Paprec Arkéa, que Richomme a lui-même mené en course.

Le skipper se dit surpris et déçu par ce qu’il considère comme une défaillance structurelle. « Cela ne nous est jamais arrivé lorsque nous naviguions sur ce bateau, mais j’ai le sentiment que nous avons eu de la chance », confie-t-il. « Cela ressemble à une rupture liée à la fatigue du matériau, mais je pense surtout que cette pièce n’était peut-être pas correctement conçue dès l’origine. » Il prévoit d’ailleurs d’examiner lui-même les dégâts afin de mieux comprendre les causes exactes de la casse.

Source : IMOCA