Clarisse Cremer dans le Pot-au-Noir, 12e du Vendée Globe : "je n’ai jamais eu envie d’abandonner"

Après 74 jours de mer, Banque Populaire X continue sa progression vers les Sables-d’Olonne qu’il devra atteindre dans une quinzaine de jours. Alors que Clarisse Cremer - 12e sur le Vendée Globe - doit affronter le Pot-au-Noir, elle évoque les conditions du moment et revient sur son plaisir de naviguer et de se rapprocher du but. Confidences.

 

Crédit : BPCE


Ses préoccupations du moment 

Clarisse Cremer : « Actuellement, je me bats avec mes aériens. J’en ai deux là-haut dans le mât que je ne peux pas utiliser car j’ai un problème de câblage. Et le troisième de secours, qui est à l’arrière du bateau, a pris l’eau et je tente de le faire sécher. La conséquence, c’est que je ne sais pas d’où vient le vent mais rien de grave, ça ne va pas perturber ma progression. Pour l’instant, même si le vent oscille bizarrement, le Pot-au-Noir est plutôt clément. »

 

Ce que représente 74 jours seule en mer 

« Après deux mois et demi en mer, j’ai l’impression qu’il n’y a que l’océan qui existe. Je pense que je suis un peu chamboulée psychologiquement et en même temps, je sens que l’arrivée se rapproche de jour en jour. Là, je suis normalement à une quinzaine de jours des Sables d’Olonne. J’ai une partie de moi qui commence à se raccrocher à l’idée de redevenir terrienne. C’est pas mal d’émotions qui se mélangent même si je suis très fière et contente d’être arrivée jusqu’ici. »

 

Ce qu’elle apprend au fil de l’eau 

« Ce qui me fascine avec la course au large, c’est la richesse que cela offre en matière d’expérience. Plus on navigue, plus on s’améliore, plus on s’enrichit, plus on peut tirer des conclusions pour une prochaine fois. J’ai l’impression de m’améliorer de jour en jour. C’est un sport qui est une affaire constante de compromis et je pense avoir trouver le bon rythme pour tenir dans la durée, préserver mon bateau et aller vite malgré tout. J’ai enfin l’impression de connaitre mon bateau. Quand j’ai pris le départ, je le connaissais peu. Désormais, c’est mon meilleur ami. »

 

Ce que l’aventure a déjà changé 

« J’ai en tête toutes les dates des passages mythiques : le premier passage de l’équateur, le Cap de Bonne Espérance, le Cap Leeuwin et bien sûr le Cap Horn. Quand on le vit, c’est une aventure unique, un autre monde, comme si on n’allait jamais revenir sur la terre. En devenant ‘cap-hornière’, j’ai l’impression d’avoir gagné mes galons de marin. C’est un instant dont je me souviendrai toute ma vie. »

 

Cette force mentale pour tenir 

« Quand j’ai vécu des coups de moins bien psychologiquement, je n’ai jamais eu envie d’abandonner. À aucun moment cette sensation m’a traversé l’esprit. Dans ces moments-là, j’ai appris à éteindre mon cerveau, à continuer à avancer, à m’alimenter, à essayer de dormir. D’autre part, l’adrénaline aide à tenir. J’ai beaucoup appris sur moi, appris à me ménager et à maîtriser mes émotions. Et je reste convaincue en permanence qu’il y a toujours des jours meilleurs. »

 

Ce qui lui manque 

« Bien entendu, ce sont ma famille, mon mari, mes amis, mes proches. Mon équipe aussi, le Team Banque Populaire : je n’oublie jamais que je suis arrivée ici grâce à eux. J’ai une grande envie de retrouver de la chaleur humaine. Je n’ai pas souffert de la solitude mais j’ai envie de partager des sourires. Et puis je ne peux pas cacher l’envie de retrouver des produits frais, une bonne douche qui dure des heures et un lit qui ne bouge pas ! »

 Source : D Gallais