À 13h02 ce dimanche, les neuf skippers de la Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne se sont élancés vers le cercle polaire arctique. Après des semaines de préparation et plusieurs jours passés aux Sables d'Olonne, les marins ont quitté les pontons pour rejoindre la ligne de départ avant de mettre le cap vers le Grand Nord. Première course en solitaire du cycle de qualification du Vendée Globe 2028, cette édition emmènera les concurrents jusqu'à 66° Nord, sur un parcours libre et sans assistance. Quelques instants avant de s'élancer, chacun vivait encore ce moment particulier où l'excitation, les doutes et l'impatience se mêlent avant de laisser place à la course.
Crédit : E Stichelbaut - polaRYSE / Nefsea / SAEM Vendée
LES REGARDS DÉJÀ TOURNÉS VERS LE LARGE
Pour Alain Leboeuf, président de la Vendée Arctique, du Vendée Globe et du Département de la Vendée, cette nouvelle formule doit offrir davantage de liberté stratégique aux skippers tout en constituant un terrain d'expérimentation idéal en vue du Vendée Globe 2028.
« On va leur souhaiter belle mer et une merveilleuse édition. Il nous fallait changer la formule. Là, on a voulu leur donner beaucoup plus de latitude puisqu’ils vont devoir aller franchir le cercle polaire et revenir. Franchir le cercle polaire là où ils l’auront décidé en fonction des conditions météo. On peut imaginer des trajectoires peut-être totalement différentes. Ce sera vraiment très agréable à regarder, voir la stratégie des marins. On est vraiment dans la préparation du Vendée Globe 2028. »
Quelques heures avant le départ, les skippers se projetaient déjà dans les premiers jours de course. Entre météo encore incertaine, choix stratégiques à venir et conditions attendues dans le Grand Nord, chacun affinait sa lecture du parcours tout en se préparant à s'adapter à un scénario encore largement ouvert.
Pour Nicolas d'Estais, les prochains jours s'annonçaient particulièrement intenses, entre conditions soutenues et forte incertitude météorologique pour la suite du parcours. « Il va y avoir du travail. Jusqu'en Irlande, on ne va clairement pas s'ennuyer. À partir de mercredi, la météo est loin d'être figée. Beaucoup de choses peuvent encore changer. »
Manu Cousin insistait surtout sur la vigilance que réclamera cette première partie de course, marquée par un trafic maritime dense et des périodes de repos limitées. « On traverse des zones où il y a énormément de trafic. Des cargos, des pêcheurs, les autres IMOCA. Les temps de sommeil seront forcément très courts. »
LES PREMIERS DEFIS DEJA IDENTIFIES
Corentin Horeau se projetait déjà sur les premiers choix stratégiques et les conditions attendues dans les jours à venir, avec une attention particulière portée à la remontée vers l'Irlande. « Il y a déjà deux routes qui se dessinent. Une plutôt au large, une autre plus près de la côte. C'est un peu du tricotage pour commencer. On va assez vite entrer dans le vif du sujet. Dès cette nuit, le vent va commencer à rentrer. Ensuite, les fichiers montrent les conditions les plus soutenues entre la Manche et l'Irlande. Je pense qu’on est tout surtout focalisés sur ce qui se passe jusqu'à l'Irlande. Les fichiers sont plutôt cohérents jusque-là. Après, il faudra reconstruire l'analyse au fur et à mesure, parce que là-haut, les scénarios évoluent vite. »
Sam Goodchild soulignait à la fois le renforcement attendu des conditions au large de l'Irlande et les nombreuses incertitudes qui subsistent sur la météo de la seconde moitié du parcours. « C'est probablement à l’ouest de l’Irlande que les choses vont commencer à se corser. On pourrait avoir entre 25 et 30 nœuds de vent et une mer bien formée. Ce ne sont pas des conditions exceptionnelles pour nos bateaux, mais elles demandent tout de même beaucoup d'attention. Les modèles sont très différents. Ils changent tous les jours depuis une semaine. »
Ambrogio Beccaria mettait en avant les défis techniques de ce début de course, où il faudra composer avec des conditions évolutives pour trouver les bons réglages. « Entre les variations de vent et la houle qui va progressivement se mettre en place, trouver la bonne vitesse du bateau ne sera pas forcément évident. »
Élodie Bonafous abordait ce début d'épreuve avec pragmatisme, privilégiant l'adaptation aux conditions réelles plutôt que les scénarios élaborés à terre. « Hier encore, il y avait quelques trous de souris clairement identifiés à exploiter. C’est moins vrai aujourd’hui. Sur l'eau, il faut surtout faire avec ce qu'il y a. Faire avancer le bateau et aller chercher le vent quand il tourne. »
Arnaud Boissières se réjouissait de prendre le départ d'une course qui emmènera les skippers vers des latitudes rarement explorées en IMOCA. Entre découverte, engagement et préparation à l'imprévu, le Sablais abordait cette aventure avec enthousiasme. « J’ai l’impression qu’on part comme des précurseurs. J’attends de la course des conditions toniques, des paysages inconnus. J’amène 12 jours de nourriture avec une journée en plus, je préfère être assez large, ça permet de prévoir l’imprévisible. »
Violette Dorange profitait pleinement de l'ambiance du départ tout en se projetant déjà sur les premiers défis du parcours. Entre des conditions calmes au large des Sables d'Olonne et un renforcement attendu dès la nuit suivante, la jeune navigatrice se disait prête à entrer dans le vif du sujet. « C’est un matin qui est chouette pour un départ, les conditions sont assez calmes, un petit départ tranquille avec toute ma famille présente, ce sont de bons moments à partager. Je me sens prête, le bateau est bien préparé et j’ai hâte maintenant d’aller en mer. On a de quoi s’amuser avec ce parcours, les conditions qu’on va avoir. Sur le début c’est très mou mais ça va vite rentrer cette nuit. Et demain on va attaquer le premier front de la course. On va être vite dans le vif du sujet. Je pense que je couperai le cercle polaire à l’est de l’Islande. »
Francesca Clapcich mettait en avant l'importance de bien préparer le début de course tout en restant capable de s'adapter à des conditions appelées à évoluer rapidement. « Les conditions météo vont être exigeantes : beaucoup de vagues, pas beaucoup de vent... Il faut surtout avoir un plan pour les 36 premières heures afin de pouvoir se concentrer pleinement sur la vitesse du bateau et sa conduite, sans avoir à tout recalculer en permanence. Tout sera très dynamique là-haut. Même si j'aime avoir un plan, je reste très adaptable. »
L’EMOTION AVANT LE DEPART
Au-delà des considérations météorologiques et stratégiques, les heures qui précèdent le départ restent toujours un moment à part pour les skippers. Après des mois de préparation, l'impatience de prendre la mer se mêle aux dernières émotions vécues à terre. Certains retenaient encore un peu le temps auprès de leurs proches quand d'autres n'attendaient plus qu'une chose : franchir la ligne de départ. Entre excitation, appréhension et envie d'en découdre, tous décrivent ce moment où la course devient soudain très concrète. Une fois les derniers préparatifs achevés, il ne reste plus qu'à accepter l'incertitude et se lancer vers le Grand Nord.
CAP SUR LE GRAND NORD
Depuis 13h02, les émotions du départ ont laissé place aux premières décisions de course. Dans des vents légers au moment du coup d'envoi, les neuf IMOCA ont entamé leur remontée vers l'Atlantique Nord avec déjà plusieurs options stratégiques à étudier.
Devant eux, 3 500 milles théoriques à parcourir, des systèmes météorologiques complexes, des conditions susceptibles de se durcir rapidement et, surtout, un objectif commun : franchir le cercle polaire arctique avant de revenir aux Sables d'Olonne.
L'attente est désormais terminée. La Vendée Arctique – Les Sables d'Olonne 2026 est lancée.
Source : Vendée Arctique
