Région Bretagne-CMB Espoir remporte la 47e édition du Tour Voile, « La copie est vraiment propre » dixit Paul Loiseau.

Pendant près de trois semaines, le Tour Voile 2026 n'aura jamais vraiment autorisé le moindre relâchement. Les leaders ont imposé leur rythme, mais leurs poursuivants n'ont cessé de les pousser dans leurs retranchements. Cette 47e édition s'est refermée dimanche en rade de Lorient comme elle avait commencé à Cherbourg-en-Cotentin : dans une lutte permanente, où chaque mètre gagné s'est payé au prix fort. Portés par un vent de nord-est oscillant entre 8 et 15 nœuds, les équipages ont conclu l'épreuve par deux parcours construits et un côtier de 12 milles d'une rare intensité. Trois dernières manches qui ont une nouvelle fois confirmé l'extraordinaire homogénéité du plateau.



Crédit : JM Liot

 



Si Région Bretagne – CMB Espoir et Dunkerque-Kiloutou avaient déjà sécurisé leurs première et deuxième places au classement général, la bataille pour la troisième marche du podium est, elle, restée totalement ouverte jusqu'aux derniers bords. Sous la pression constante de La Réunion, PAPREC by Normandy Inshore Program a résisté sans jamais céder. De son côté, CER – Ville de Genève a conclu son Tour en fanfare avec deux victoires de manche, s'offrant au passage le Grand Prix de Larmor-Plage. Une ultime démonstration de la densité d'une flotte où, jusqu'au bout, chacun est resté capable de battre tout le monde.

Une troisième place gagnée sous pression

S'il ne fallait retenir qu'une image de cette dernière journée, ce serait peut-être celle de deux Figaro Beneteau 3 qui ne se quittent plus. Avant même de quitter le ponton, PAPREC by Normandy Inshore Program savait qu'il lui faudrait défendre son bien jusqu'au bout. Avec seulement un demi-point d'avance sur La Réunion au classement général, la moindre erreur pouvait coûter une place sur le podium. Dès le premier départ, le match s'est installé. Marquage permanent, attaques, contre-attaques, regards rivés sur le concurrent direct : pendant trois manches, les deux équipages se sont livré une véritable partie d'échecs à haute vitesse. « Nous sommes partis avec énormément de pression », a reconnu Noa Geoffroy. « La première manche nous a permis de reprendre un peu d'air. Ensuite, les Normands sont revenus au score. Avant le côtier, tout restait possible. Heureusement, nous avions deux spécialistes du match race à bord. Ils ont parfaitement géré les situations de contact et nous ont permis de sécuriser cette troisième place. On est surtout très soulagés ! »

Le soulagement des uns fait naturellement écho à l’amertume des autres. Après un début de compétition plus délicat, les Réunionnais avaient progressivement recollé aux avant-postes. Ils auront tout tenté jusqu'au bout sans parvenir à renverser la situation. « On termine le côtier avec le sentiment d'avoir tout donné », a expliqué Aurélien Barthélemy. « La déception est énorme, mais elle ne vient pas d'aujourd'hui. Elle trouve surtout son origine dans notre début de Tour. Nous avons mis trop de temps à entrer dans notre compétition. Depuis une semaine, nous naviguons très bien, mais un Tour Voile se construit sur l'ensemble de l'épreuve, pas sur une seule manche. » Au fond, ce duel raconte parfaitement cette édition 2026. Rien ne s'y est jamais joué sur un seul coup. Les écarts se sont forgés au fil des jours, des départs, des choix tactiques, des manœuvres et d'une régularité qui aura souvent fait la différence autant que les victoires de manches. « Franchement, je ne m'attendais pas à un niveau aussi homogène », a poursuivi Noa Geoffroy. « Chacun avait ses points forts, certains sur les parcours construits, d'autres sur les ralliements. De plus, tout le monde a énormément progressé. Au niveau des manœuvres, de la vitesse, de la connaissance du bateau... c'était impressionnant. Pour moi qui découvrais le Tour Voile, c'est un format génial. »

Le poids de la régularité

Au classement général, Région Bretagne – CMB Espoir pouvait aborder cette dernière journée avec une certaine sérénité. Le travail avait été fait auparavant. Avec neuf victoires de manches et trois Grands Prix remportés, les Bretons avaient déjà assuré l'essentiel. Leur dimanche est d'ailleurs resté plus discret. Une prestation sans éclat particulier, mais sans conséquence. Car si leur avance finale peut donner l'impression d'une domination nette, la réalité vécue sur l'eau est tout autre. « La copie est vraiment propre », a commenté Paul Loiseau. « Quand on regarde le classement général, on pourrait croire qu'on a largement dominé. Mais, sur l'eau, ça a toujours été accroché. Il n'y a jamais eu un moment où l'on a navigué tranquillement. Les vainqueurs changeaient tout le temps et il fallait sans cesse rester concentrés. » Cette régularité aura finalement constitué leur plus grande force. Conçu quelques semaines seulement avant le départ, l'équipage a su exploiter les qualités de chacun selon les formats, tout en conservant une remarquable cohésion. « Nous avions imaginé une configuration un peu différente entre les régates et les ralliements, mais finalement nous avons réussi à être performants partout. Je crois que c'est surtout notre constance qui a fait la différence. Et puis il y avait une super ambiance à bord. Même dans les journées plus compliquées, nous sommes toujours restés soudés. Ça a énormément compté. »

 

Bien plus qu'un classement

Le dernier Grand Prix de la saison est finalement revenu à CER – Ville de Genève, auteur de la meilleure journée grâce à deux victoires de manche. Une manière idéale de conclure une édition où chaque équipage aura, à un moment ou à un autre, trouvé l'occasion de se mettre en lumière. « Finir comme ça, c'est vraiment génial », a savouré Théo Gonin. « Il y avait enfin du vent et ça faisait du bien. On a gagné le premier parcours construit, puis le côtier pour terminer : la cerise sur le gâteau. Il y avait beaucoup de pression aujourd'hui, mais on est restés attentifs à tout ce qui se passait autour de nous et ça a payé. On ne pouvait pas rêver meilleure manière de terminer l’épreuve. »

Derrière les résultats, c'est pourtant un autre bilan qui revient le plus souvent dans les discours des marins. Tous soulignent l'intensité sportive de cette 47e édition, mais aussi la richesse d'un format qui oblige chacun à sortir de sa zone de confort et accélère la progression des équipages. Deuxième du classement général pour la deuxième année consécutive, Dunkerque – Kiloutou quitte ainsi Larmor-Plage avec une légère frustration sportive... mais surtout avec une furieuse envie de revenir. « Il y a eu du match jusqu'au bout », a résumé Arthur Meurisse. « On s'est vraiment amusés sur l'eau et je pense que tout le monde a appris de tout le monde. On a disputé 32 manches et, jusqu'à la dernière, la plus petite erreur pouvait coûter plusieurs places. Franchement, à tous les Figaristes, je n'ai qu'un message : venez ! C'est une épreuve fantastique. C'est hyper intense et tout le monde en ressort avec le sourire... et en ayant énormément progressé. »

Au moment où les équipages rangent les voiles et que les trophées changent de mains, c'est sans doute cette idée qui résume le mieux cette édition 2026. Pendant près de trois semaines, le Tour Voile n'a pas seulement consacré des vainqueurs. Il a aussi confirmé ce qui fait sa force : un rendez-vous où la performance nourrit l'apprentissage, où la transmission et la mixité s'expriment naturellement, où les générations se croisent et où chaque escale offre un nouveau terrain d'expression. Une compétition exigeante, spectaculaire et profondément formatrice, qui continue, année après année, de cultiver une place à part dans le paysage de la course au large.

Classement général


Source : J Cornille