À quelques jours du départ de la Route du Rhum – Destination Guadeloupe, dimanche 1er novembre à 13h02, Baptiste Hulin savoure les derniers instants à terre. À bord de son Ocean Fifty Viabilis Océans, le skipper s'apprête à relever un défi qu'il prépare avec méthode depuis trois ans. Serein et impatient, il peut compter sur une solide équipe à ses côtés, dont Thomas Rouxel et Gilles Favennec au routage. Avec une météo particulièrement clémente pour le départ de Saint-Malo, mais un Atlantique qui pourrait réserver bien des surprises, tous les ingrédients sont réunis pour une course intense.
Ils seront 115 solitaires à s'élancer dimanche, cap sur Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Parmi eux, dix skippers engagés en Ocean Fifty, ces trimarans de 15 mètres aussi rapides que volages. Après avoir profité de l'effervescence malouine, le skipper de Viabilis Océans se recentre sur l'essentiel : son bateau, la météo et la course.
« Je mets tout en place pour être à 200 % »
« Pour la première fois hier, j'ai pris le temps de faire le tour du village, j'en avais des frissons. Ça fait quelque chose d'être amarré ici pour prendre le départ de la Route du Rhum ! » confie Baptiste Hulin. Pour le skipper choletais qui vit à Saint-Malo depuis 5 ans, évoluer à domicile est aussi une chance : « J'arrive à avoir des moments off, dans ma bulle, dans mon quotidien. Cela me permet de lâcher prise. »Près de 200 clients et collaborateurs de Viabilis, dont le siège est situé au nord de Rennes, sont venus découvrir le trimaran. « Je voulais vivre le truc à fond. Mais cela demande beaucoup d'énergie si on veut être disponible pour les visiteurs et les partenaires. » sourit le skipper de 29 ans.
Désormais, Baptiste entre dans sa bulle. Sans changer ses habitudes, il poursuit sa préparation avec son coach sportif et son préparateur mental. « Je mets tout en place pour être à 200 %, je ne veux rien regretter. Je suis du genre à bien dormir la veille du départ. Le sommeil, c'est comme une batterie, je charge à bloc avant de partir. »
Cette sérénité ne doit rien du hasard. Tout a été préparé avec une rigueur millimétrée : dix jours de nourriture, une quarantaine de litres d'eau et six voiles embarquées comme le prévoit la jauge. « Tout est hyper orchestré jusqu'au top départ. Chacun sait ce qu'il a à faire avant de quitter le bateau. Tout est carré. C'est de la charge mentale en moins. Le bateau est prêt, je pourrais partir aujourd'hui. J'ai hâte ! »
Un départ de rêve, un Atlantique loin d'être simple
Dimanche, un flux de nord-est de 10 à 15 nœuds devrait offrir aux concurrents un début de course au portant, spectaculaire pour le public comme pour les marins. La sortie de Manche pourrait ensuite s'effectuer à vive allure, dans un vent atteignant une vingtaine de nœuds.« La météo annoncée est incroyable. Un départ de course au large au portant dans ce genre de conditions, c'est rare ! On sera vite dans un rythme et une cadence effrénés dès le départ. Il faudra être tout de suite devant. Ce sera un beau spectacle, c'est sûr. » se réjouit Baptiste.
Mais derrière cette entrée en matière idéale, le scénario atlantique s'annonce inhabituel. Pas d'alizés bien établis pour pousser les trimarans vers les Antilles. Les premières projections privilégient une route proche de l'orthodromie, la trajectoire la plus courte vers la Guadeloupe, avec un passage potentiellement au nord des Açores. Les dépressions, notamment tropicales, pourraient ensuite redistribuer les cartes. « Je commence vraiment à me projeter car le schéma se dessine. La route jusqu'aux Açores est à peu près tracée, avec quelques positionnements stratégiques. Mais on voit aussi des dépressions tropicales qui varient en nord-sud, donc ça va être hyper intéressant. Ce ne sera pas simple. »
À terre, un duo aux aguets
Sur ces trimarans de 15 mètres aussi rapides que volages, le routage à terre répond avant tout à un impératif de sécurité. Il permet au skipper de rester pleinement concentré sur la conduite du bateau. Pour Baptiste, ce sont Thomas Rouxel et Gilles Favennec qui assureront cette mission. Un atout précieux : Thomas connaît intimement Viabilis Océans, avec lequel il a remporté la Transat Café L'Or aux côtés de Baptiste l'an dernier.Le tandem travaillera au rythme des fichiers météo actualisés à 6 h et 18 h. Chaque matin, un roadbook détaillé sera transmis au skipper pour les prochaines 24 heures, puis les échanges se poursuivront afin d'ajuster les choix stratégiques aux conditions réellement rencontrées en mer.
Thomas Rouxel entrevoit une course aussi rapide qu'incertaine : « Le début de course devrait être assez rapide, mais l'enchaînement derrière est très incertain. Sans alizés, il faudra potentiellement jouer avec les dépressions à partir des Açores. Si tout s'enchaîne bien, la traversée pourrait être très rapide et le record en Ocean Fifty probable. »
Les trimarans pourraient rejoindre les Açores en trois jours et demi environ, avant d'affronter de nombreuses transitions météo et des changements de rythme brutaux. « Ce n'est pas une route si simple, avec beaucoup de manœuvres et de zones de transition. Passer de la molle à des conditions plus musclées, physiquement, ça va être dur. » prévient Thomas, qui mesure aussi la responsabilité du routage : « On prend beaucoup de stress, au moins autant qu'en mer, avec l'appréhension des choix que l'on fait. Mais c'est excitant à 100 % ! »
Dimanche, malgré ce précieux soutien à terre, Baptiste sera seul pour mener son trimaran, enchaîner les manœuvres, gérer sa fatigue et prendre les bonnes décisions. Fort de l'expérience acquise et d'une préparation minutieuse, tant pour le bonhomme que pour le bateau, il aborde ce rendez-vous avec une sérénité nouvelle : « Je me sens capable de réaliser le défi qui m'attend. Il y a quatre ans, je partais dans l'inconnu. Là, ce projet s'est construit sur les trois dernières années. C'est à moi de jouer. Je ne me mets pas de pression pour autant. Je sais qu'il y a évidemment des inconnues, que je ne peux pas tout contrôler. Et je suis à l'aise avec ça. »
Source : Rivacom
