La Route du Rhum, la dernière course à bord de Charal pour Jérémie Beyou, "Le contrat prend fin le 31 décembre"

 

Jérémie Beyou n’est pas du genre à afficher ses ambitions avant d’une grande course. Mais à l’approche de la Route du Rhum-Destination Guadeloupe, dont le départ sera donné le 1er novembre à Saint-Malo, le skipper de Charal ne cache pas que l’occasion est belle : ajouter une nouvelle victoire à un palmarès déjà remarquable en IMOCA.

Crédit : M Le Roux



À 50 ans, Jérémie Beyou s’apprête à disputer sa dernière course à bord de Charal 2. Après dix années de partenariat, le contrat de sponsoring avec le groupe français de produits carnés arrive à son terme. Une page se tourne, mais le marin breton entend bien la refermer en beauté. Depuis le début de cette aventure, il a décroché sept victoires et signé douze autres podiums. De quoi nourrir de sérieuses ambitions avant ce dernier rendez-vous sous les couleurs de Charal.

Les raisons d’y croire ne manquent pas. L’an dernier, sur ce même bateau, Jérémie Beyou et Morgan Lagravière avaient survolé la Transat Café L’OR, au terme d’une course parfaitement maîtrisée. Depuis, Charal 2 a bénéficié d’importantes évolutions, notamment au niveau de l’étrave, avec l’objectif d’accroître encore son potentiel de performance.

Reste un défi de taille : la Route du Rhum échappe toujours à Beyou. En quatre participations, il n’a jamais réussi à s’imposer. Cette fois, le skipper entend bien franchir le dernier cap et s’offrir enfin la victoire qui manque à son palmarès.

« Je connais vraiment le bateau par cœur. J’ai apporté des modifications qui me semblent pertinentes et qui devraient me donner davantage de chances de jouer la victoire », explique-t-il depuis Lorient, où il est basé.

Avant d’ajouter, avec une pointe d’excitation : « Je pense que, comme lors de la Transat Café L’OR l’an dernier, des surprises pourraient nous attendre. J’espère qu’elles seront bonnes, mais je suis certain qu’il y en aura. »

Un podium en 2022, la victoire en ligne de mire

La Route du Rhum n’a pas toujours souri au skipper de Charal. Contraint à l’abandon en 2006 puis en 2018, il avait pris la deuxième place en 2014 avant de monter sur la troisième marche du podium en 2022, derrière Thomas Ruyant, sur LinkedOut, et Charlie Dalin, à la barre d’Apivia.

Lors de cette dernière édition, Jérémie Beyou découvrait encore Charal 2, fraîchement mis à l’eau. Ses deux rivaux, eux, maîtrisaient déjà parfaitement leurs machines. Quatre ans plus tard, le contexte est tout autre : le skipper connaît désormais son IMOCA dans ses moindres détails et a pu l'optimiser pour en exploiter tout le potentiel.

Mais pour s’imposer sur les 3 540 milles nautiques séparant Saint-Malo de Pointe-à-Pitre, il faudra venir à bout d’une concurrence particulièrement relevée. Sam Goodchild, sur MACIF Santé Prévoyance, l’Italien Ambrogio Beccaria, à bord d’Allagrande MAPEI, ou encore Sébastien Simon, engagé sur le nouveau Groupe Dubreuil-Air Caraïbes, figurent parmi les sérieux candidats à la victoire.

Charal 2 a progressé, mais la bataille s’annonce serrée

Après plusieurs sessions d’entraînement à Port-la-Forêt et le Défi Azimut 48 Heures, Jérémie Beyou se montre prudemment optimiste quant au potentiel de son bateau, un plan Sam Manuard qui a fait l’objet d’importantes modifications.

Face au MACIF Santé Prévoyance de Sam Goodchild, le skipper estime que les écarts se sont resserrés, notamment dans certaines conditions de navigation au près.

« Je pense que nous sommes plus proches de lui au près, en particulier dans le vent moyen à assez soutenu. Au reaching, c’est-à-dire au vent de travers, nous sommes désormais, du moins je l’espère, aussi rapides que lui. En revanche, je pense qu’il a progressé au portant depuis la Transat Café L’OR. »

Pour Jérémie Beyou, les deux bateaux se tiennent désormais de près. La différence se fera donc autant sur les performances pures que sur la capacité des skippers à exploiter leur machine sans relâcher la pression, du départ jusqu’à l’arrivée.

Le duel avec Ambrogio Beccaria s’annonce, lui, plus dépendant des conditions météorologiques. « Ambrogio est très rapide au portant, mais moins performant au près. Tout dépendra donc de la météo des premiers jours. Je pense qu’il a fait un pari avec les choix architecturaux de son bateau. C’est un excellent marin, capable de pousser très fort lui aussi. Mais, concernant son bateau, tout dépendra vraiment des conditions rencontrées. »

Après Charal, l’avenir reste ouvert

Si la Route du Rhum marque la fin de son aventure avec Charal, elle ne signifie pas pour autant que Jérémie Beyou compte tourner le dos à l’IMOCA.

Le skipper a confirmé que son prochain objectif pourrait être de rejoindre le circuit des ULTIM. Mais il entend aussi poursuivre l’aventure en IMOCA et prépare déjà la suite : il souhaite s’associer à un co-skipper pour défendre son titre à la Transat Café L’Or l’année prochaine.

Un retour sur le Vendée Globe reste également dans un coin de sa tête. Beyou a déjà pris le départ de l’épreuve à cinq reprises, avec une troisième place en 2016 comme meilleur résultat. Une nouvelle participation n’est toutefois pas envisagée à court terme : l’horizon 2032 semble plus réaliste.

« Non, absolument pas », répond-il lorsqu’on lui demande si cette Route du Rhum sera sa dernière course en IMOCA. « Ce sera ma dernière course avec Charal. Le contrat prend fin le 31 décembre. Après dix ans, c’est terminé : je n’ai plus de bateau, puisqu’il appartient à Charal. Mais tout reste possible. Je suis libre de faire ce que je veux et ce qui me plaît. Pour l’instant, je ne prépare pas la construction d’un nouveau bateau, mais j’envisage de naviguer sur d’autres unités l’année prochaine. »

Son intention est claire : rester dans le jeu en IMOCA et se donner les moyens de gagner.
« Je ne veux pas quitter la classe IMOCA et je veux défendre mon titre à la Café L’Or. Je discute donc avec d’autres équipes pour rejoindre un bateau et un projet capables de gagner. Ensuite, ce sera peut-être le Figaro, peut-être un ULTIM, ou peut-être un retour sur le Vendée Globe. Mais pas lors de la prochaine édition : rien n’est préparé. Et j’aime que les choses soient bien préparées. Je ne veux pas me précipiter. »

Une dernière bataille à livrer sous les couleurs de Charal

Avant de penser à la suite, Jérémie Beyou a toutefois un objectif immédiat : jouer la victoire sur cette Route du Rhum et quitter Charal sur un dernier grand résultat.

Pour atteindre la plus haute marche du podium, il devra notamment devancer Sam Goodchild et Ambrogio Beccaria, mais aussi résister aux autres ténors de la flotte, parmi lesquels Boris Herrmann sur Malizia 4, Élodie Bonafous sur Association Petits Princes Quéguiner et Corentin Horeau sur MACSF.

Le skipper de Charal se dit prêt à affronter les pièges de l’Atlantique Nord en novembre. Une traversée exigeante, où les conditions météorologiques, la gestion du bateau et les choix tactiques pèseront lourd dans la balance.

« Quoi qu’il arrive, ça ira », assure-t-il. « Je ferai face. »

Une chose est sûre : pour sa dernière course avec Charal, Jérémie Beyou n’a pas l’intention de se contenter d’un rôle de figurant. Il connaît son bateau, croit aux évolutions apportées et sait ce qu’il lui reste à accomplir. La Route du Rhum lui offre une nouvelle occasion de transformer une décennie de travail en un ultime coup d’éclat.

Source : V Hamon