À moins d'une semaine du départ de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe, l’effervescence monte à Saint-Malo et les sollicitations se multiplient autour de Pep Costa. Entre rendez-vous partenaires, interviews, rencontres avec le public et derniers préparatifs à bord de son Class40 VSF Sports, le Catalan de 27 ans découvre toute l’intensité de l’avant-course.
Depuis près d’un an et demi, Pep travaille avec Joaquin Dosil, préparateur mental espagnol habitué à accompagner des sportifs de très haut niveau, notamment en MotoGP. Un travail de fond qui prend aujourd’hui tout son sens, à l’heure où l’excitation, la pression et les émotions montent d’un cran.
L’enjeu ? Profiter pleinement de cette première Route du Rhum sans se laisser happer par l’événement, préserver son énergie et surtout garder son « flow », cette dynamique précieuse qui doit lui permettre d’aborder le 1er novembre avec toute sa lucidité et son envie d’en découdre.
La Route du Rhum ne commence pas vraiment au coup de canon. Pour les marins, elle débute bien avant, lorsque les pontons se remplissent, que les rendez-vous partenaires, les médias, le public, les briefings et les ultimes détails s’enchaînent à un rythme qui ne laisse guère de répit. Pour un bizuth comme Pep Costa, qui découvre pour la première fois, en tant que compétiteur, l’effervescence du village malouin et tout ce qui entoure un départ de cette ampleur, le défi est aussi de ne pas se laisser happer. Un défi qu’il avait parfaitement identifié avant même de rejoindre Saint-Malo. « La préparation mentale est un vrai sujet. On sait que les sollicitations avant la course, notamment à Saint-Malo, vont être nombreuses. Il va falloir réussir à rester dans ma bulle, et ce n’est pas simple. La gestion du village et des derniers jours est ultra importante parce qu’elle va aussi déterminer mon état d’esprit au début de la course. »
Pas question pour autant de traverser ces journées avec des œillères. Le skipper de VSF Sports veut voir ses partenaires, partager avec ceux qui l’accompagnent et goûter pleinement à cette première. Toute la subtilité consiste justement à trouver le bon curseur. « Je veux profiter de tout ce que l’on va vivre, du village, des moments avec les partenaires, mais en restant concentré, sans me laisser trop emporter par les émotions. Et puis, le 1er novembre, on passe les écluses et une fois que c’est parti… c’est parti ! »
Pour apprivoiser ce moment, Pep a travaillé en amont avec Joaquin. Ensemble, ils ont anticipé le déroulement de la période malouine, organisé leurs échanges et imaginé les différentes situations auxquelles le skipper pourrait être confronté. Un travail de projection destiné à lui permettre d’aborder plus sereinement cette séquence si particulière. « Avec Joaquim, on s’est projeté dans ce qui allait se passer ici à Saint-Malo pour que la réalité ne me prenne pas de court. Eviter la surprise afin que je conserve mon énergie pour l’essentiel.»
Une façon de rendre un peu plus familier ce qui, forcément, ne le sera jamais complètement.
Un entraînement qui ne se voit pas Ce travail n’a rien d’un vernis appliqué à l’approche du grand rendez-vous. Pep Costa et son préparateur mental collaborent depuis près d’un an et demi. Si Joaquin se familiarise avec les spécificités de la course au large aux côtés du skipper de VSF Sports, Pep profite, lui, de l’expérience d’un homme qui connaît les ressorts de la haute performance et a notamment travaillé avec des pilotes de MotoGP.
Deux univers éloignés en apparence, mais qui réclament une même faculté à rester performant lorsque l’intensité monte. « J’ai beaucoup de chance de pouvoir travailler avec lui grâce au projet VSF. Il découvre la voile avec moi, mais il connaît très bien la pression et l’engagement du sport de haut niveau. Et surtout, aujourd’hui, il me connaît bien. Il sait où je peux progresser, comment m’aider à mieux faire certaines choses. Tout est devenu très naturel entre nous. »
Le champ de travail dépasse d’ailleurs largement la seule gestion du stress en course. Un projet de course au large se vit toute l’année, bien loin du seul temps passé sur l’eau. Il faut mener une équipe, composer avec les impératifs sportifs et techniques, répondre aux partenaires, prendre des décisions, encaisser les contretemps et passer rapidement au problème suivant. « Ces projets sont parfois lourds à porter parce qu’il se passe énormément de choses. L’organisation de tout cela est importante, mais aussi celle des idées : la manière de réfléchir, d’agir avec les autres, de gérer ce qui arrive. Quand on fait du sport de haut niveau, il faut avoir cette capacité à rebondir vite. »
Et Pep a eu matière à exercer cette faculté depuis le début de son projet. Au fil des courses, des chantiers, des satisfactions et des journées plus compliquées, le travail mental s’est construit en parallèle du reste. Pas comme une solution à dégainer lorsque quelque chose va mal, mais comme une composante permanente de la performance.
Arriver sur la ligne avec les devoirs faits À une semaine de sa première Route du Rhum, c’est peut-être là que réside le principal bénéfice de ce travail au long cours : Pep n’aborde pas l’échéance en cherchant soudainement une recette pour maîtriser la pression. Les outils existent, les automatismes aussi, et la relation avec Joaquin a eu le temps de se construire. « On arrive au bout de la piste avec le sentiment d’avoir fait les devoirs. Il reste toujours des choses à améliorer, évidemment, mais on est là où l’on voulait être. Et puis ce sera notre premier Rhum à tous les deux : on va encore découvrir énormément de choses et tout ce que l’on apprendra nous permettra d’être meilleurs ensuite. "
Pour autant, rien n’est jamais définitivement acquis. « C’est quelque chose qu’il faut travailler depuis le début et qui ne s’arrête jamais. »
Le 1er novembre, lorsque VSF Sports quittera Saint-Malo, il restera à transformer ce travail invisible en quelque chose de beaucoup plus concret : rester lucide, décider, s’adapter. Et, enfin, régater.
Source : C Muller
