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La Solitaire / Les mots des vainqueurs

Après ce finish incroyable et ces arrivées en rafale, voici les premiers mots des vainqueurs en Irlande, à Dingle : le grand vainqueur Jérémie Beyou (Bernard Paoli), Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles), encore deuxième et Nicolas Lunven premier au classement général.

Jérémie Beyou (Bernard Paoli), vainqueur de l’étape : « ça se joue à rien»
«Il y a eu comme une nouvelle ligne de départ repositionnée à l’entrée de la baie de Dingle ! Je gagne, je suis content, voilà, même si je préfère évidemment la manière de l’étape précédente gagnée à Saint Gilles Croix de Vie. Je n’ai pas écouté mon fils Achille qui m’avait dit avant de partir : ‘papa faut que tu arrêtes de gagner, il faut en laisser pour les autres’… comme quoi il ne faut pas toujours écouter les enfants ! J’ai bien dormi cet après midi, justement pour être lucide sur la fin, on sait tous qu’ici ça peut terminer comme ça, tous groupés dans la pétole et qu’il faut un peu de réussite… Après… j’en ai perdu tellement des étapes qui finissaient comme ça que je prends cette victoire avec plaisir, c’est pour toutes les fois où je me suis fait avoir (rires)! J’ai fait un joli coup sur la ligne d’arrivée, voilà, c’est tout, je grappille quelques minutes au classement général sur Nicolas Lunven et c’est toujours bon à prendre. Physiquement, elle était dure cette étape, je suis cramé, au bout du bout du bout. Dans le final, entre Suzuki Automobiles et Koné Elevators, c’était à celui qui ne ferait pas claquer son spi, à celui qui déventerait l’autre… le mien n’a pas claqué… ça se joue à rien ! Et en même temps c’est symptomatique de La Solitaire : un marathon qui se termine par un sprint dans la pétole. Vraiment, il pouvait se passer mille choses. Maintenant, le jeu reste grand ouvert au classement général pour la dernière étape. Il va falloir bien se reposer et être d’attaque pour la dernière manche vers Dieppe. »

hierry Chabagny (Suzuki Automobiles) 2e de l’étape : « la première fois que Dingle me réussit »
« Je viens de passer la ligne d’arrivée, et oui, j’ai le sourire ! Quelques centaines de mètres avant la ligne j’étais placé idéalement, mais il faut bien l’avouer, c’était un peu par hasard ! En même temps, c’est la première fois que la baie de Dingle me réussit, c’est inespéré. Les six dernières heures dans la pétole, c’était un peu la punition quand même ! La baie était complètement plate… à chaque fois qu’on vient ici c’est un peu la kermesse comme on dit, mais cette fois, ça paie pour moi, tant mieux ! Il y a eu un paquet de redistributions des cartes pendant cette étape. Pour Armel Le Cléac’h et Antoine Koch qui ont fait une navigation remarquable, je trouve que c’est dur, car ils méritaient mieux. Heureusement, ils ne perdent pas de temps. De mon côté, peut-être que je grignote un ou deux bateaux au classement général, je n’en sais rien encore car c’est très serré. Mais il est clair que désormais, on remet les compteurs à zéro pour la dernière étape vers Dieppe. »

Nicolas Lunven (CGPI) : "Pas la peine de trop cogiter"
« J'aurais préféré arrêter le classement à l'entrée de la baie de Dingle ! Mais bon, je suis content de mon étape. J'ai bien navigué, j'étais dans le coup. Ce qui me réjouissait c'est qu'enfin, il aurait pu y avoir des écarts. Malheureusement, ça s'est passé autrement. Donc, on en est toujours au même stade : c'est celle d'après qui sera décisive et ça fait trois étapes qu'on dit ça ! Pourquoi je marche bien ? Je suis vraiment motivé et je me fais plaisir à naviguer. Je me suis bien préparé, comme les autres, je crois qu'il ne faut pas aller chercher plus loin que ça. J'ai aussi beaucoup de réussite cette année. Ca ne durera peut-être pas tout le temps, donc, je profite. Je suis encore jeune, j'ai encore plein de choses à apprendre…donc, il ne faut pas tirer de conclusions trop vite. Le classement s‘est beaucoup resserré devant. On verra bien sur la dernière étape… il ne faut pas que je me mette plus de pression que ça. Pas la peine de trop cogiter. Je n'ai rien à perdre. Je n'étais pas venu pour gagner La Solitaire du Figaro, je suis en tête au général, c'est super, mais si je fais 3e ou 5e à Dieppe je serais quand même très content. »

Classement général :
1 Lunven Nicolas CGPI en 212h 50min 23s
2 Elies Yann GENERALI à 04'59'
3 Le Cleac'h Armel BRIT AIR à 11'17'
4 Beyou Jérémie BERNARD PAOLI à 12'24'
5 Duthil Fréderic BBOX BOUYGUES TELECOM à 21'16'
6 Morvan Gildas CERCLE VERT à 24'52'
7 Chabagny Thierry SUZUKI AUTOMOBILES à 26'47'
8 Desjoyeaux Michel FONCIA à 30'46'
9 Berenger Nicolas KONE ELEVATORS à 31'59'
10 Tabarly Erwan ATHEMA à 34'56'

Crédit : Marmara - Vialeron / Le Figaro
Source : La Solitaire

Transat BPE / Lâchez les chevaux…

Les vitesses se sont accélérées sensiblement au sein de la flotte des Figaristes… Visiblement, les spinnakers sont de sortie. Le plus au nord, Thierry Chabagny semble bénéficier d’un meilleur angle que ses compagnons de route situés près de 80 milles plus au sud. Ce n’est sûrement pas le grand confort à bord. Les plus prévoyants auront pensé à faire le plein de sommeil, à se nourrir convenablement.


Pendant quelques heures (une bonne dizaine, selon les prévisions de Météo Consult), tous seront collés à la barre, l’écoute de spi à la main enroulée autour du winch au vent, la manivelle à poste. Lâcher des mètres quand le bateau ralentit et que le vent apparent forcit, en reprendre au moment du départ au surf. Et la même manœuvre va être répétée des dizaines et des dizaines de fois de suite. Malgré les vagues qui viendront déferler régulièrement sur le pont du bateau, malgré les paquets de mer qui couleront inévitablement dans le cou, il y a fort à parier sur certaines bonnes suées chez ceux qui auront voulu débrider leur monture.

Ils ont dit :
Gérald Véniard – Macif – 2ème au classement de 15h
« Moi, je pense que Thierry Chabagny a fait le bon choix, si j'avais pu, j'aurais fait comme lui. Je suis tout de même content de ma position, mais je n'ai pas non plus inventé le fil à couper l'eau chaude! Il y avait un front à aller chercher, j'y suis allé à temps mais il n'y a rien de définitif à tout ça. Vu de l'intérieur, sachez qu'il n'y a pas grand-chose qui fonctionne comme je le voudrais, mais je suis super content d'être là. Je me repose, je fais des petites siestes en m'accrochant bien à la bannette. Demain, on devrait pouvoir envoyer un spi. Mais c'est une allure assez serrée encore pour quelques jours ; donc ça va continuer à mouiller fort, mais comme on n'a pas trop le choix, on va attaquer ! »

Adrien Hardy – Agir Recouvrement – 7ème au classement de 15h
« C'est très physique, chaque déplacement est un gros effort qui demande beaucoup d'énergie. Le bateau tape vraiment beaucoup, heureusement que le Figaro Bénéteau est un bateau costaud. Vivement que le bateau soit à plat, que je puisse me faire de bons petits plats ! »

Trophée AG2R La Mondiale de la performance solidaire
François Gabart (Espoir Région Bretagne), 153 milles en 24h.


Source : Transat BPE

Transat BPE / Les jeux sont faits, rien ne va plus.

Cap à l'ouest. Thierry Chabagny (Suzuki Automobiles) n'a finalement été que le précurseur d'un mouvement général en pointant son étrave vers le large. Petit à petit, toute la flotte s'éloigne des côtes de Galice en profitant d'un retour de vent au sud-ouest pour progresser sur la route. Si les hommes du sud goûtent de profiter de conditions plus clémentes, les partisans de l'option nord espèrent recueillir les fruits d'une navigation compliquée dans des vents forts et une mer formée en bénéficiant plus tôt d'une première bascule des vents au nord-ouest. Calé légèrement dans le sud de Thierry Chabagny, Gérald Véniard (MACIF) s'est emparé de la tête du classement provisoire


© AFP / Marchel Mochet

Visiblement, il faudra encore attendre avant de retrouver des ambiances sèches. Depuis maintenant plus de deux jours, les solitaires de la Transat BPE sont soumis au régime du perce-vague. Escalader les crêtes, anticiper l'instant où l'étrave va retomber mettant à mal le gréement et la vitesse du bateau ; trouver le bon compromis entre cap et vitesse dans des conditions qui, si elles n'ont rien de dramatiques, usent bonhomme et matériel. La tentation est grande alors, de mettre un peu de sud dans son cap, de tenter de gagner au plus vite en latitude pour espérer accrocher les alizés. Mais pour les durs au mal, le salut passe peut-être par l'ouest. En acceptant de se faire balloter par une mer de plus en plus formée, les tenants de cette option tablent sur une arrivée du front froid salvateur qui annoncera derrière la bascule des vents au secteur nord-ouest à nord. Mais les conditions attendues ne peuvent pas encore faire espérer un air de vacances : les skippers vont devoir négocier des vents plus portants mais toujours très forts et une mer en conséquence. Ce ne sera plus le rythme lancinant des allures de près, mais une folle cavalcade où la conduite du bateau tient plus du rodéo sur un taureau sauvage que d'une longue glissade sans embuche. Un temps où il faut savoir trouver le bon rythme entre tempérament d'attaquant et préservation du bonhomme. Où il faudra compter avec les déferlantes qui attaquent le franc-bord, les à-coups dans la barre et les inévitables départs au lof. Autant dire, que le temps des bons petits plats chauds, des siestes réparatrices au soleil et des heures de lecture n'est pas encore venu.

Face nord ou sud ?

A peine plus de 25 milles séparent le premier et le dixième au classement général, quand l'écart latéral entre Thierry Chabagny, le plus au nord et François Gabart (Espoir région Bretagne), le plus au sud, atteint déjà 150 milles. Autant dire que dans ces conditions, bien malin qui pourra prétendre avoir raison. Même s'ils disposent d'outils similaires (fichiers de vent, logiciels de routage), on voit bien que l'intuition et la sensibilité du navigateur peuvent amener des choix radicalement différents. Et c'est peut-être ce qui fait le charme de ces courses océaniques. Le marquage à la culotte laisse souvent place à des options radicales où chacun à tour de rôle peut prétendre jouer à qui perd gagne. Pour l'heure, les hommes du sud gardent la main même si les classements, calculés par rapport à l'orthodromie, donnent encore l'avantage aux hommes du nord. Mais pour peu que les Chabagny, Véniard, Hardy (Agir Recouvrement) et Livory (CINT 56) touchent la bascule plus tôt et tout peut être chamboulé. Dans le langage des solitaires du circuit Figaro Bénéteau, prendre une « Troussel » signifie qu'on a laissé s'échapper un concurrent isolé dans une option radicale. Mais jusque là, le détenteur du brevet a toujours joué la carte du sud… La bande des quatre larrons partis à l'assaut du front froid, aimeraient bien à leur tour pouvoir revendiquer la paternité d'une formule aussi efficace en passant par la face nord. Les mythes ne sont-ils pas édifiés pour être, un jour, battus en brèche ?


Ils ont dit :

Thierry Chabagny – Suzuki Automobiles – 2ème au classement de 15h
« Cette option, je l'avais envisagée avant le départ selon la façon dont tous les phénomènes allaient se configurer. Le danger avec mon option c'est de se retrouver collé. Il faut que j'essaie de ne pas m'arrêter trop près de l'anticyclone des Açores. Mais attention, la course ce n'est pas que les choix stratégiques, c'est aussi faire marcher le bateau parce qu'il n'y a pas que le vent, il faut gérer les vagues et son repos aussi. Non, je ne tente pas une Troussel par le nord : une Troussel, c'est toujours par le sud. C'est peut être une Chabagny, par le nord… On verra si ça marche. »

Nicolas Troussel – Financo – 8ème au classement de 15h
« Ça va, on est encore au près mais ça va se terminer un jour! C'est humide et ça gigote dans tous les sens, donc on commence à avoir hâte que ça se termine. Voir les côtes de Galice, ça me rappelle de bons souvenirs de l'été dernier, en particulier une des étapes du Figaro. En tous cas la mise en jambe a été assez musclée, ça n'a pas été facile. Même si le Figaro Bénéteau est un bon bateau, on n'est pas forcément confortable et l'intérieur est exigu. Mais on est tous dans le même bateau ! Ca va faire du bien de sécher un peu. J'ai hâte de changer mes chaussettes ! Vivement la vie des alizés. »

François Gabart – Espoir Région Bretagne – 9ème au classement de 15h
« Mon option prise près du cap Finisterre semble bien marcher D'autant que le début de course à Belle-Ile a été difficile puisque j'ai perdu 4 a 6 milles dès les premières heures. Mais finalement j'ai fait un bon dégolfage, c'est mon premier et je suis content que ça se soit bien passé, c'est satisfaisant. En tous cas, quand on a Erwan Tabarly ou Gildas Morvan pas très loin, c'est rassurant Je suis ravi d'être là, très content de ce début de Transat. Je suis aussi ravi d'aller plus loin qu'une étape du Figaro et de pouvoir continuer après le golfe. »

Trophée AG2R de la performance solidaire
Gérald Véniard (Macif), 126,5 milles en 24h.

Source : Transat BPE