Après un finish haletant sur la Vendée Arctique, le temps de l’émotion et du recueillement​, "une arrivée très particulière" dixit Elodie Bonafous

 

La première course menant des skippers IMOCA jusqu’au cercle polaire a livré son verdict dans la nuit de lundi à mardi. À l’issue d’une sacrée bataille, le grand vainqueur, Ambrogio Beccaria (Allagrande Mapei), et ses trois poursuivants, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance, 2e), Violette Dorange (Initiatives-Cœur, 3e) et Élodie Bonafous (Association Petits Princes - Quéguiner) ont eu les honneurs de la remontée du chenal ce mardi matin. Mais au-delà des rebondissements et du scénario à couper le souffle, c’est le souvenir de Charlie Dalin qui était partout, le long du chenal, sur les bateaux et les pontons. Un hommage fort et pudique, où les visages et les regards ont dit bien plus que les mots.

Crédit : E Stichelbaut


Au nom de Charlie

L’ambiance était lourde, un peu après 7 h 30 quand Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) a débuté la remontée du chenal. Après être longtemps resté avec les siens et quelques membres de l’équipe, c’est en silence, avec le seul bruit de la bannière noire qui claquait au vent, que MACIF Santé Prévoyance traversait le chenal.

Le public, venu en nombre, observait le même silence, hommage pudique, sincère et émouvant à Charlie Dalin, disparu tragiquement jeudi dernier. Il y a moins de deux ans, un matin là encore, le même bateau remontait le chenal avec Charlie sur le pont à l’issue d’un incroyable tour du monde.
À son arrivée sur les pontons, Sam Goodchild contenait comme il le pouvait ses larmes. Des sanglots dans la voix, il s’est adressé aux journalistes : « On ne pense qu’à Charlie et à sa famille. C’est un moment dur pour l’équipe, pour ses proches, pour tous ceux qui ont vécu des moments avec lui. Cette arrivée aux Sables-d’Olonne, sur le bateau MACIF Santé Prévoyance, c’est très fort. Il y a beaucoup d’émotions. La course, ce n’est pas un sujet, mon esprit est forcément ailleurs. »

Ambrogio Beccaria, au bout de l’envie

Emmitouflé dans un sweatshirt, les yeux rongés par la fatigue, Ambrogio Beccaria est le premier à avoir eu les honneurs du chenal. Après avoir embrassé sa compagne, il a pris le temps de saluer les spectateurs venus en nombre saluer les marins. Ambrogio vient de réaliser un sacré tour de force. Après avoir accumulé les galères (il a dû plonger sous la coque au large de l’Irlande) et bataillé à l’arrière de la flotte, il s’est offert une incroyable remontada, dépassant Sam Goodchild en début de soirée et filant vers la victoire. Pour sa première course en solitaire sur Allagrande Mapei, il s’offre une incroyable victoire. Malgré la fatigue et la répétition des efforts, la joie est bien là : « Je ne suis pas aussi lucide qu’avant. Le chenal, c’est très émouvant, ce n’est pas quelque chose qui t’arrive tous les jours. L’accueil était magnifique. Si je suis aussi mesuré, c’est que la victoire n’était pas un objectif dans notre déroulé. C’est la seule fois de ma vie que j’ai dit que le résultat n’était pas important ! Sam a fait une course incroyable, j’ai juste été capable d’être opportuniste au bon moment. »

Violette Dorange, un sourire et des promesses

Violette Dorange est la 3e à s’être amarrée sur le ponton des Sables-d’Olonne. La jeune navigatrice avait franchi la ligne seulement 1 heure et 1 minute après Ambrogio Beccaria. Il s’agissait de sa plus longue course en solitaire à bord de ce bateau, Initiatives-Cœur dont elle a montré une sacrée maîtrise dans les conditions délicates que la flotte a traversées. En somme, la jeune femme poursuit son apprentissage et continue à gravir les échelons avec l’enthousiasme qui la caractérise. C’est donc avec un large sourire que Violette est revenu sur sa course : « Je savais que mon bateau pouvait terminer dans le top 5 et c’est au-delà de nos objectifs. J’ai bien navigué, j’ai appris énormément. J’ai l’impression d’avoir fait presque un petit tour du monde ! Il s’est passé plein de choses, il y a eu plusieurs coups de vent et c’était très intense. J’ai découvert des paysages, les îles Féroé, le cercle polaire… Je n’étais jamais montée autant au Nord. J’ai adoré cette course !»

Élodie Bonafous, frustrée mais soulagée !

La navigatrice d’Association Petits Princes – Quéguiner a quant à elle franchi la ligne au petit matin mardi à 8 h 09 min, prenant donc la 4e place. Élodie Bonafous a réalisé une course solide en étant quasiment tout du long 2e derrière Sam Goodchild. Malheureusement, elle a écopé d’une pénalité de 12 heures pour avoir traversé une zone interdite (DST), ce qui l’a empêché de disputer le sprint final. Malgré la déception, la jeune femme s’est remobilisée pour finir la course en donnant tout. Au ponton, elle exprime, avec lucidité : « C'est une arrivée très particulière. Je suis extrêmement contente de la course que j'ai réalisée. Je crois sincèrement que c'est la course la plus intense que j'aie jamais disputée. On a tout connu en huit jours et pourtant, je me suis sentie incroyablement bien à bord. Même dans les moments les plus engagés, même lorsque ça tapait très fort, j'avais le sourire ! »

Francesca Clapcich complète le « top 5 »

L’Italo-Américaine a bouclé sa course à 9 h 03. La navigatrice d’11th Hour Racing a réalisé une course complète, elle qui n’avait jamais disputé de course aussi longue en solitaire. Fransesca n’a pas démérité, en se mêlant toujours à la bataille dans le « top 5 ». Elle poursuit ainsi sa progression, elle qui s’était offert un podium éclatant à la Transat Café L’Or au côté de Will Harris (2e). A son arrivée, Francesca fait l'objet d'une pénalité de 30 minutes pour rupture de plomb. Son temps de course est désormais de 8 jours 20 heures 31 minutes et 11 secondes. Néanmoins, elle a tenu à revenir sur sa course : « Je suis très fatiguée, je n’ai pas dormi depuis près de 24 heures. J’ai essayé de rattraper mon retard jusqu’au bout. Ce qui compte, surtout, c’est que j’ai gagné en confiance en moi et dans mon bateau. C’est un très bon apprentissage dans une course très particulière. C’était très spécial d’atteindre le cercle polaire, de se rendre dans cet endroit étrange avec du froid, du brouillard et l’impression étrange de s’y sentir extrêmement seule. »

Source : Ch Hamonic